Lecture / Ecriture
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Intermittence de Andrea Camilleri

Andrea Camilleri
  La Démission de Montalbano
  La Voix du violon
  La Concession du téléphone
  Le tour de la bouée
  La forme de l'eau
  Le voleur de goûter
  La peur de Montalbano
  La patience de l'araignée
  Chien de faïence
  L'excursion à Tindari
  Privé de titre
  La couleur du soleil
  Un été ardent
  Petits récits au jour le jour
  Les Ailes du Sphinx
  La Pension Eva
  Pirandello, biographie de l’enfant échangé
  Le coup du cavalier
  Intermittence
  La lune de papier
  Le garde-barrière
  Le neveu du Négus

Andrea Camilleri est un écrivain et metteur en scène italien, né en Sicile en 1925.

Intermittence - Andrea Camilleri

Thriller économique ?
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   "La Manuelli, l’une des plus grandes entreprises d’Italie, est à un tournant: ses dirigeants préparent la fermeture de certains établissements en même temps que l’absorption d’une autre société, l’Artenia. A cette occasion, les cruels jeux du pouvoir et de l’argent vont voir s’affronter le vieux Manuelli, père fondateur, tout imprégné de son importance historique, son fils Beppo qu’il méprise, De Blasi, directeur, vrai patron de la société et requin impitoyable, sa secrétaire Anna, amoureuse d’un gigolo, la très troublante et ambitieuse Licia, fille du fondateur de l’entreprise absorbée, un sous-secrétaire d’Etat avide et bigot, des ouvriers en grève et des hommes de main sans scrupules." (4ème de couverture)
   
   Brrr, qu'elle est glaçante cette plongée dans le monde économique! Magouilles, prises illégales d'intérêts, manipulation et donc manipulateurs-manipulés et vice-versa.
   
   Andrea Camilleri -plus connu pour ses polars avec le désormais célèbre commissaire Montalbano- s'essaie au thriller économique qui n'a rien à envier au bon vieux thriller classique avec ses tueurs en série, ses flics désabusés et ses coulées d'hémoglobine. De rebondissements en retournements de situation, il nous trimballe gentiment dans le monde des requins de la grande entreprise.
   
   Les personnages ont quasiment tous un double visage: le patron, beau gosse, habile, à qui tout réussit, d'un cynisme exacerbé et insupportable, le vieux capitaine d'industrie, peut-être pas si amoindri que cela; même les femmes ne sont pas épargnées: la femme docile, belle et un peu nunuche -en apparence- et la jeune femme ambitieuse et prête absolument à tout pour en tirer profit. Alors, loin de moi et loin de l'auteur -enfin, là je m'avance, parce que je ne le connais point du tout, et donc j'imagine, je devine que...- l'idée de dire "tous pourris" ou "tous les mêmes"; il y a bien sûr des gens honnêtes, mais pas sûr qu'il faille les chercher dans les plus hautes sphères de la société civile ou politique. Alors, clichés? Stéréotypes? Caricatures? Peut-êtr ! Sûrement même! Mais de la même façon qu'il y a quelques années, un coureur du Tour de France disait qu'on ne pouvait pas gagner une course aussi difficile sans tricher, je me demande si l'on peut parvenir aux sommets totalement propre. Sûrement certains y réussissent-ils! (Ne voyez dans ma comparaison avec la bicyclette aucune tentation de faire allusion à qui que ce soit. Ce n'est pas mon genre.)
   
   Très largement dialogué, ce roman se lit sans mal et c'est dans ces passages que l'on reçoit en pleine face le cynisme et l'absence totale de scrupules des protagonistes envers ceux qu'ils licencient ou qu'ils spolient en en claquement de doigts.
   "- J'ai trouvé un accord avec Pennachi [le sous-secrétaire d'Etat]
   - Je n'en doutais pas, dit Marsili.
   - On va fermer l'établissement de Nola.
   - Et nous laisserons tourner ceux de Gallarte et Saronno, complète Marsili.
   - Naturellement.
   - Et pour les réductions d'effectifs ?
   - Cinq cents unités, saupoudrées ici et là.
   - On n'avait pas dit huit cents ?
   - Oui, mais Pennachi veut limiter les dégâts. En échange, il va nous aider dans l'opération Artenia. Il m'a formellement garanti que le gouvernement ne ferait pas d'histoire.
   - Comment comptes-tu procéder ?
   Toi, tu convoques qui tu dois convoquer et tu officialises la chose. Et prépare-toi à l'attaque des syndicats et aux aboiements des journalistes qui vont monter en épingle les assemblées, les banderoles de protestation, les manifs, les quatre connards qui vont monter sur une grue." (p.40)

   
   Andrea Camilleri distille des infos deci delà qui questionnent le lecteur et qui trouvent leur explication dans le final, méthode usitée et efficace dans le polar; l'écriture est simple, classique: mais on ne lit pas Camilleri pour l'exercice stylistique. Ce roman manque néanmoins d'un peu de souffle qui le propulserait sur les hauteurs des 40 PAL (Piles A Lire) les plus courues (là, j'ai tenté une petite blague avec PAL 40 et CAC 40, mais je crains qu'elle ne fasse flop, que ce ne soit un krach abyssal).
   
   Cependant, ce qui est intéressant, c'est l'angle par lequel l'auteur aborde son thème: ses personnages principaux sont des dirigeants sans vergogne, corrompus, véreux. C'est donc un anti-roman social: les ouvriers trinquent, mais on ne les voit pas; un parti-pris original qui fait de son roman un premier du genre "thriller économique" comme le qualifie l'éditeur.

critique par Yv




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