Lecture / Ecriture
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Désolations de David Vann

David Vann
  Sukkwan Island
  Désolations
  Impurs
  Dernier jour sur terre
  Goat Mountain
  Aquarium


David Vann est un écrivain américain né en Alaska, en 1966.

Désolations - David Vann

Ben c'est moi qui suis désolé...
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   Titre original : Caribou Island
   
   Gary et Irene vivent ensemble depuis 30 ans, mais leur couple n'est pas au beau fixe. Gary décide de construire une cabane sur Caribou Island, un îlot isolé pour y vivre, mais Irene n'envisage ni la vie là-bas, ni la vie sans Gary. De leur côté, leurs enfants, Mark et Rhoda peinent à entrer réellement dans la vie. Si Mark pêche et se défonce au cannabis avec sa copine Karen, Rhoda, assistante vétérinaire se pose des questions sur le couple qu'elle forme avec Jim, le dentiste du coin. Toutes ces interrogations sont exacerbées par le climat et le rythme inhérents à l'Alaska.
   
   Vais-je oser? Me mettrais-je à dos la quantité de lecteurs de David Vann depuis son formidable succès de "Sukkwan Islan"d ? Bon, je me lance: je n'ai pas aimé! C'est lent, c'est long, c'est prévisible! Ouf! Voilà, c'est dit. Maintenant je pars en courant (je suis un grand sportif) de peur de recevoir des cailloux.
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   Voilà, c'est bon? Je peux revenir? Vous avez bien vidé vos mains et jeté les projectiles qu'il vous restait Sûr? pas un qui traîne encore ici ou là?
   
   J'argumente : j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre et pourtant j'avais un a priori très positif eu égard au roman précédent de l'auteur, qui malgré des longueurs, là aussi m'avait emballé. Las, je retrouve ici, en encore plus fort ce que je n'avais pas aimé dans l'autre. L'intrigue de départ est peu ou prou la même et le déroulement pareil. Le paysage est ressemblant: j'aime bien lorsque les auteurs se renouvellent, mais là ce n'est pas le cas.
   
   J'ai été vraiment agacé par les les questionnements des personnages: toujours les mêmes tout au long des 300 pages; ils n'évoluent quasiment pas, sauf dans les toutes dernières pages; c'est redondant et longuet.
   
   "Si Irene avait pu comprendre tout cela à temps, elle aurait peut-être quitté Gary à l'époque où cela était encore possible. Mais il lui avait fallu plusieurs décennies pour découvrir la vérité, pas seulement à cause de son travail et des enfants, mais parce que Gary était un excellent menteur, toujours enthousiaste à l'idée d'une nouvelle entreprise." (p.98)

   Il a fallu des décennies à Irene pour comprendre, moi, en 100 pages j'avais compris qu'on tournait en rond. Pareil pour Rhoda et Jim qui se tournent l'un autour de l'autre: nous marions-nous? Pourrais-je être infidèle?
   
   J'aime bien la lenteur et les paysages dans mes lectures, mais il faut que le style de l'auteur m'accroche, que j'aie du plaisir à lire ses phrases, l'enchaînement de ses mots. J'ai toujours du mal à parler style littéraire avec des ouvrages traduits, ce qui est de l'auteur, ce qui est de la traductrice (Laura Derajinski) et d'autant plus pour David Vann que son écriture n'a rien d'extraordinaire. Pas désagréable, certes non, mais point exceptionnelle non plus, avec même ça et là des phrases bizarres comme celle ci que j'ai repérée, celle du milieu: "Elle était la plus belle femme qu'il fréquenterait jamais. Elle était certain (sic). Il n'y aurait jamais rien de mieux et il avait pourtant encore la moitié de son existence devant lui." (p.167)
   
   Je suis un peu dur, sûrement, mais ma déception est la mesure de ce que j'attendais de ce livre. Je l'ai fini en diagonale, vite fait pour tenter de ne rien rater, mais pour ce qui est du raté, je pense que c'est David Vann qui a commencé!
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critique par Yv




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Une nature et un avenir incertains…
Note :

   Gary a toujours rêvé de s’installer sur une île, et ce projet peut enfin devenir réalité lorsqu’il se retrouve à la retraite. Il va partir vivre en Alaska au milieu de la nature. Seul bémol, mais de taille, sa femme est beaucoup moins emballée que lui par cette idée, d’autant qu’elle pense que c’est un moyen pour Gary de se séparer d’elle. C’est du moins ce qu’elle confie à leur fille Rhoda. De plus, elle souffre d’horribles maux de tête, et personne n’arrive à trouver un traitement pour la soigner. Rhoda, de con côté, aimerait que Jim, son compagnon, l’épouse mais ce dernier la trompe, ce qu’elle ne sait pas…
   
   Voilà un roman où la nature est mise en valeur et sert une intrigue qui met en place différents personnages, dont la vie vacille. L’auteur prend son temps pour mettre en place petit à petit les différents fils de l’histoire, les mensonges de Jim, les frustrations de Rhoda et les interrogations de sa mère. Avec au centre une nature incertaine, à l’image de l’avenir qui attend les personnages. L’auteur fait monter habilement le suspens, la tension est palpable et on se demande quel va être le futur des différents protagonistes: si un traitement va pouvoir aider Irène à venir à bout de ses migraines, si Gary va réussir à finir sa cabane, si Jim va quitter Rhoda…
   
   Je n’ai pas (encore) lu "Sukwann Island" (Prix Médicis Etranger 2010), le premier roman de cet auteur qui fut un choc si j’en crois les critiques. J’ai donc pleinement gouté et aimé celui-ci même si je lis un peu partout qu’il n’équivaut pas le premier dont il reprendrait les recettes, à savoir une nature omniprésente et des destins contrariés. Mais alors que le premier parlait d’un père et de son fils, au premier plan de celui-ci on retrouve des couples en crise, celui de Gary et sa femme, mais aussi celui de Rhoda et Jim, ou encore celui de son frère Mark et de sa femme Karen.
   
   La nature est soit transcendée, soit détestée et vécue comme un danger, et fait tout l’intérêt de ce livre. Il appartient sans nul doute à ce nouveau genre appelé «Nature writing», faisant de ces paysages le fil rouge du récit et leur donnant une épaisseur particulière, la force de l’environnement semblant inter agir sur la tragique destinée des personnages.
    ↓

critique par Éléonore W.




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Un remake de « Sukkwan Island »?
Note :

   "Sukkwan Island" rôdait encore dans le conscient, l’inconscient ou le subconscient de David Vann, quelque part en tout cas dans sa tête, quand il a écrit "Désolations".
   
   Même personnage masculin inaccompli qui s’est mis en tête de rejouer le pionnier de l’ouest et veut reconquérir un territoire alaskaïen inhabité, même personnage d’accompagnateur qui, à la fois n’a pas trop le choix et subit les errements du premier. Une île, là encore. Un projet mal ficelé là encore qui peut finir tragiquement s’agissant des conditions extrêmes de l’Alaska… Beaucoup ; beaucoup de points communs. Et une violence commune des faits décrits, du tragique au sens propre. Et puis cet amour de la nature encore vierge, indomptée – et on le pressent, indomptable – très bien célébrée par David Vann.
   
   Comme pour "Sukkwan Island" enfin, il vaut mieux être en bonne forme psychologique pour l’aborder, sous peine de dégringoler au trente-sixième dessous.
   
   Gary, qui n’a pas vraiment brillé dans sa vie d’homme, arrivé à l’automne de cette même vie, enfants élevés, s’est mis en tête d’aller conquérir un îlot inhabité, d’y construire une cabane en rondins, à l’instar des pionniers, et d’y mener le restant de sa vie. Irene, sa femme, est plutôt désemparée. Elle vient d’accéder à la retraite de sa vie d’institutrice, un tournant pour elle. Elle n’a plus guère que Gary, elle va donc jouer le jeu et bien que consciente de l’aspect mal ficelé – pour ne pas dire pas ficelé du tout – du projet, elle va tenter de l’accomplir avec lui. Mais voilà, c’est en Alaska que nous sommes, l’hiver arrive quand la cabane n’est même pas terminée – mais un Gary peut-il seulement terminer une cabane, ou quelque chose d’autre? – et on s’embarque dans du tragique inéluctable.
   
   En contrepoint David Vann se livre à une étude fouillée sur ce que peuvent être des relations de couples, le couple Gary – Irene, Rhoda leur fille et son dentiste de futur mari, … Brrr! Se lancer dans une aventure en couple après avoir lu ça?
   
   Les études de caractères sont justes, les personnages fort crédibles, la Nature est bellement décrite… N’empêche, ça fait redite quand même. En plus redite bien noire…
   
   Soyons franc. J’y ai néanmoins trouvé du plaisir!
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critique par Tistou




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Ma cabane en Alaska
Note :

   Impressionné comme beaucoup par "Sukkwan Island" j'ai attendu un peu pour aborder "Caribou Island". Ça me rappelle une jolie chanson qui s'appelle J'irai jamais sur ton island. Parce que les islands vues par David Vann c'est pas de la tarte. Le premier livre était assez désespéré. Le second, "Désolations" -pour une fois le titre français n'est pas trop mal vu- serait plutôt désespérant. C'est pire.
   
   D'abord David Vann a le chic pour nous présenter des personnages médiocres, inintéressants, souvent pas mal beaufs, vaniteux. Inintéressants? C'est pas sûr finalement. Un homme n'a qu'une obsession, bâtir une cabane de rondins dans une île paumée en Alaska. On ne sait même pas vraiment pourquoi. Son couple est en train de sombrer, sa femme malade traîne un boulet freudien lourdissime. Et puis l'Alaska n'est pas la Floride, on finit par s'y geler les neurones. Tous deux manipulent billes de bois péniblement transportées sur un bateau besogneux. Douleurs articulaires et blessures aux mains assurées.
   
   Ils ont bien eu deux enfants, adultes. Enfin, adultes, ça se discute. Le fils n'est vraiment lui-même que camé ou bourré. Le type même du gars qu'on n'a pas envie d'avoir comme ami. Il y en a comme ça. Les cadences péremptoires de la pêche au saumon, industrielle, en haute saison ne tendent certes pas vers la poésie mais cet homme n'a manifestement pas grand -chose à foutre de ses parents. Sa sœur, physiothérapeute (mais ce n'est pas par confraternité que je la sauve), très mal attelée avec un dentiste menteur comme un arracheur de dents, a bien conscience du malaise grandissant puis culminant chez ses parents. Elle fera ce qu'elle pourra mais chez David Vann, jusqu'à présent car il n'y a que deux romans, toute grâce semble vouée à l'échec.
   
   Ainsi donc le mari et la femme, j'ai oublié leur prénom et rendu le livre, n'échangent plus que des efforts harassants pour bâtir cette odieuse cabane, entre insultes et mépris. D'évidence ce ne sera pas "Home, sweet home". "Désolations" est un bon livre, fort bien documenté sur la nature alaskane d'une clémence relative. Je veux bien go West mais pas à ce point-là. Pour vous remonter le moral ne comptez pas sur David Vann. Pour une lecture de qualité mais réfrigérante, si. Pour voir une ébauche de label Vann, eh, peut-être.
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critique par Eeguab




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Sombres héros de l'amer
Note :

   Certains romans sont agaçants de béatitude, dégoulinants de bons sentiments, leurs héros nous écœurent de leur manque de défauts. Voici le strict inverse. Des anti héros torturés et totalement antipathiques. Pas un pour rattraper l'autre.
   
   Gary, la cinquantaine bien tassée a décidé de construire une cabane sur une île un peu plus loin, un peu plus isolé que son lieu de vie déjà très bien retiré. Il embarque dans son désir d'isolement extrême sa femme Irène. Cette dernière, migraineuse, minée par la peur d'être délaissée, reste près du mari et, bien que sceptique, l'aide dans son projet suicidaire. En effet, les conditions géographique et météos associées au peu des compétences de constructeur de Gary rendent la tache compliquée. Gravitent autour de ces deux-là, Rhoda la fille, fiancée de Jim dentiste inconséquent, Mark fils indépendant et détaché du marasme familial grâce à une consommation conséquente de cannabis, Carl et Monique, amis du fils, jeunes adultes légèrement paumés. Le personnage de Monique vous fera détester les pourries gâtées de son acabit.
   
   Si j'ai eu envie de me lancer dans cette lecture, c'est comme beaucoup, suite à la lecture du fameux "Sukkwan island", aux personnages peu rassurants également mais dans lequel la surprise était au rendez-vous. L'adolescent de ce roman était au moins attachant. Ici le déroulé des événements est malheureusement trop prévisible. L'atmosphère, très ressemblante au précédent opus, Alaska, île perdue, adversité des éléments, bien qu'oppressante à souhait, ne suffit pas à rendre l'ensemble crédible à mes yeux.
   
   Voilà le topo, peu de réjouissances pour un livre tout en langueur, en souffrance larvée, trop en longueur. Un livre bien moins réussi et qui ne prend pas le risque de varier beaucoup par rapport au succès du précédent. Espérons que le prochain Vann saura nous embarquer vers d'autres cieux plus surprenants.

critique par OB1




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