Lecture / Ecriture
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La belle amour humaine de Lyonel Trouillot

Lyonel Trouillot
  Yanvalou pour Charlie
  Rue des Pas-Perdus
  Bicentenaire
  La belle amour humaine
  Les enfants des héros
  Parabole du failli

Lyonel Trouillot est un auteur haïtien né le 31 décembre 1956.

La belle amour humaine - Lyonel Trouillot

Et aussi l'amour d'une île
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   Anaïse cherche le père qu'elle n'a pas connu. Thomas la conduit vers l'Anse-à-Foleur, là où tout s'est noué. Mais les réponses ne sont jamais tout à fait celles que l'on attend.
   
   On pourrait penser trouver dans ce roman le récit d'une quête des origines avec par-dessus le marché un petit choc des civilisations et un brin de compassionnel humanitaire, mais voilà, Lyonel Trouillot, lui, raconte une terre dans toute sa beauté, sa violence et sa poésie. Deux voix, une terre, et une plume qui conte plus qu'elle raconte, avec drôlerie, sagesse, sérénité, amour, Haîti. "La belle amour humaine", c'est un long monologue, celui de Thomas qui prépare à sa manière Anaïse à ce qu'elle va trouver là-bas, dans ce village un peu hors du temps. Thomas qui raconte son pays, Port-au-Prince la bouillonnante et son envers, l'Anse-à-Foleur, ces riches touristes venus se donner à bon compte des sensations, ses amis artistes. "La belle amour humaine" c'est la voix d'Anaïse entre deux cultures.
   
    A l'origine de cette rencontre, deux meurtres: les deux maisons jumelles du colonel Pierre André Pierre et de l'homme d'affaire Robert Montès, chacun à leur manière malfaisants et violents sont parties en fumée, et avec elles leurs propriétaires. Qui est coupable? Un habitant du village où chacun aurait eu une raison de vouloir en finir avec ces deux tyrans? Sa femme? Son fils si longtemps étouffé? Et quand bien même, ne méritaient-t-ils pas de mourir pour que l'harmonie du village soit préservée? Pas de réponse puisque ce n'est au fond pas sur ces morts qu'Anaïse est venue chercher des réponses. Ce qu'elle veut, elle, c'est donner une âme à l'absent, quitte à se confronter à ce pays si différent de tout ce qu'elle connaît.
   
   J'avais aimé, sans être transportée "Yanvalou pour Charlie", là, c'est autant la très belle plume de Lyonel Trouillot que son discours et ses personnages qui m'ont conquise. Il déploie pour son lecteur la beauté d'Haïti, de ses habitants, tout en dénonçant sans pesanteur ce que la pauvreté, la dictature, le tourisme ont fait à son pays, rendant, en ce qui me concerne, son discours bien plus fort que tout ce que j'ai pu lire ou entendre jusqu'à présent sur cette île dévastée.
    ↓

critique par Chiffonnette




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Une langue merveilleuse
Note :

   "Tu viens chercher la vérité. Sur quoi? Sur qui? Eux, toi, nous, ton père? Le sable? La mer? Ce qui meurt et ce qui demeure? Ce qu'il faut laisser à l'oubli? Ou ce que, patiemment, l'on doit reconstituer pour donner un sens à ses pas? Et qu'est-ce que la vérité? Remarque. Moi, je n'y perds rien. Tu veux aller là-bas. Je te conduis là-bas." 
   
   C'est donc le chauffeur qui parle, il conduit la visiteuse occidentale jusqu'au village de Anse-à-Fôleur (nom incroyable mais vrai) qu'il connait bien, où il a vécu lui-même, car elle cherche à comprendre la mort de son grand-père bien longtemps auparavant, dans l'incendie de sa maison. Au début du récit, les choses sont un peu confuses, le lecteur ne comprend pas tout, puis la vision se précise, les choses se mettent en place, on y est.
   
   Le grand-père, requin de la finance, s'était retiré là avec son ami indéfectible, "Le Colonel", requin de la force armée. Ils s'y étaient fait construire deux maisons absolument identiques, proches du village ("Les Belles Jumelles"). Ils y vivaient en despotes sans se préoccuper des villageois. Un jour, les deux maisons ont brûlé ainsi que le Colonel et l'homme d'affaire. La femme et le fils de ce dernier sont partis chacun de leur côté. Le fils deviendra plus tard le père de la visiteuse d'aujourd'hui puis disparaîtra à nouveau. C'est sur cette filiation qu'elle enquête.
   
   Le jour où les Belles jumelles ont brulé avec les deux requins, les villageois n'ont rien vu, ni rien entendu. Ils ne savent pas ce qui s'est passé et n'y sont mêlés en rien. Toutes les enquêtes menées à ce sujet n'ont pu battre en brèche cette version des faits. Il faut dire que les villageois sont des gens tout particulièrement paisibles et bons. C'est même, il faut bien le dire, un monde idyllique que L. Trouillot nous décrit là, une société comme on n'en voit qu'en rêve, mais que ces rêves sont agréables!
   "Tout ce qui compte, c'est le bonheur. Le reste, c'est des entraves."
   
   Et le chauffeur parle... C'est un bavard incorrigible et sa passagère ne dit pas un mot. Il développe peu à peu toute une philosophie de la vie qui est la sienne et celle des habitants de Anse-à-Fôleur, une vision du monde qui diffère essentiellement de la vision occidentale sans rien condamner ni rejeter, sans jeter l'anathème sur les autres modes de vie. Le narrateur est un philosophe et un sage parmi ceux-ci, un poète aussi dont les images nous charment et nous sommes nous aussi à l'arrière de cette voiture, nous l'écoutons et découvrons ce monde et ce grand-père (le nôtre?) disparu. A la fin, nous saurons peut-être ce qui s'est passé, et pourquoi. Mais à ce moment-là, peut-être qu'on s'en fichera un peu car il nous aura convaincus qu'en fait la seule question qui mérite d'être posée est "Quel usage faut-il faire de sa présence au monde?"
   
   Et le tout est écrit dans une langue merveilleuse. J'ai été totalement séduite.
    ↓

critique par Sibylline




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Couleurs et odeurs
Note :

   Anaïse est venue d’Europe en Haïti chercher la vérité sur la mort de son grand-père, survenue il y a neuf ans dans un incendie. Il s’était installé dans un village de pêcheurs, à Anse-à-Fôleur, avec son ami "le colonel". Leurs maisons mitoyennes "Les belles jumelles" avaient brûlé toutes les deux avec leurs occupants. L’enquête n’avait rien donné. Acte criminel ou accident? Les deux hommes étaient liés par un passé d’exactions.
   
    Tout au long du trajet qui l’emmène de l’aéroport à Anse-à-Fôleur, Thomas, le taximan, lui dévoile, dans un long monologue, une réalité qui n’a rien d’idyllique : la brutalité de ces deux hommes, leur complicité malsaine, la jeunesse de son père qui avait quitté l’île après l’incendie...
   
    Un roman de couleurs et d’odeurs, loin du misérabilisme né de la dernière tragédie haïtienne.
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critique par Michelle




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Dommage que ce soit si court …
Note :

   Premier ouvrage de Lyonel Trouillot pour ma part et vraie séduction. J’ai toujours un peu peur de la littérature sud-américaine ou caribéenne, et de leur part d’onirisme, de décrochage perpétuel de la réalité, au ton souvent empathique… Rien de tout cela dans "La belle amour humaine".
   
   Lyonel Trouillot ne nous raconte pas d’histoire, il nous brosse plutôt le contexte de ce qui pourrait être des histoires et qui constitue la réalité, étalée sur plusieurs années, du village haïtien excentré, loin de tout, de Anse-à-Fôleur. D’ailleurs c’est mieux que cela encore puisqu’il fait raconter ces bases d’histoire, ce tissu de relations humaines qui fondent une société, par Thomas, guide-chauffeur haïtien qui conduit Anaïse, jeune femme venue d’Occident vers ce village où mourût un grand-père qu’elle ne connût pas et dont elle ignore l’essentiel.
   
   Thomas conduit donc et raconte, raconte… Anaïse, elle, est saoulée de ces propos incessants, de ces pistes ouvertes et jamais poursuivies, et nous avec. A grands coups de propos, de relations de faits qui ne semblent pas forcément avoir un lien entre eux, on entrevoit ce que Thomas et la population d’Anse-à-Fôleur se refusent à expliciter concernant l’incendie de la maison et la mort du grand-père d’Anaïse. Et ce n’est pas misérabiliste, ce n’est pas non plus un vautrage dans le malheur… A l’image d’Haïti, ça parvient à conserver de la lumière et de la vie malgré un environnement plombé comme peu de pays le sont. Anaïse va vivre une belle expérience pour une occidentale, une sorte d’initiation à la "Haïti attitude".
   
   C’est en plus magistralement écrit et souvent plein de poésie. C’était mon premier Lyonel Trouillot, sûrement pas le dernier…
   
   "Ce n’est pas un asile que je cherche. Je veux mieux comprendre et connaître ce qu’a laissé ou fui cet homme qui fut mon père. Je l’ai si peu connu, lui. Il avait une santé fragile, et il nous a quittés très tôt. J’étais une enfant. Je sais par ma mère qu’il ne parlait jamais de son pays d’origine. Sauf une fois. Il avait mentionné un lieu : Anse-à-Fôleur. J’ai appris, par mes recherches, que mon grand-père, Robert Montès, est décédé à Anse-à-Fôleur. J’ai essayé en vain d’entrer en contact avec des membres de sa famille. Je n’ai jamais eu de réponse. Alors j’ai décidé de venir vers cet inconnu."

critique par Tistou




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