Lecture / Ecriture
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La question Finkler de Howard Jacobson

Howard Jacobson
  La question Finkler
  Pour faire l'amour

La question Finkler - Howard Jacobson

La question juive ?
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   "Julian Treslove et Sam Finkler se connaissent depuis l'enfance, Libor Sevcik est leur ancien prof d'histoire. Au fil des ans, la vie les a séparés sans qu'ils se perdent tout-à-fait de vue. La mort des épouses de Finkler et de Libor va les réunir de nouveau ; Treslove, veuf honoraire, passe quelques heures délicieusement pénibles avec ses deux amis, à se rappeler le passé. Or, ce soir-là, en rentrant chez lui le coeur lourd, il est victime d'une banale agression qu'il passera des jours à décortiquer. Peu à peu, une certitude s'impose à lui : on l'a pris pour un juif.
   Et s'il l'était vraiment ?"

   
   Je ne me serais pas risquée à faire moi-même un résumé du livre, tellement il offre plus que ce que je pourrais en dire. Tout d'abord, il est drôlissime. Les trois hommes ont des personnalités affirmées et manient l'humour et la dérision avec dextérité.
   
   Treslove qui est le personnage mis le plus en avant a une trajectoire sentimentale pas piquée des hannetons. Aucune femme n'a pris véritablement place dans sa vie (on les comprend) et pourtant il a deux fils de deux femmes différentes. Deux fils qu'il n'aime guère d'ailleurs. Professionnellement, il joue les sosies de personne et de tout le monde, son physique étant passe-partout. A partir du moment où il se suppose juif, il entraîne le lecteur dans un questionnement abyssal et il y entraîne aussi Finkler et Libor.
   
   La question Finkler est tout simplement la question juive, ce qui fait aborder la politique, la religion, l'antisémitisme, la shoah, le terrorisme, la victimisation, la honte, le conflit israélo-palestinien, la solidarité, la culpabilité, etc. Une même question est retournée dans tous les sens, examinée sous toutes les coutures, et j'ai dû relire régulièrement plusieurs fois une phrase pour en pénétrer les subtilités. C'est brillantissime et drôle, ne l'oubliez pas, même s'il s'y mêle souvent de l'amertume, de l'angoisse, de la causticité, voire de l'agressivité.
   
   Les réflexions des deux veufs et leur manière d'envisager la suite de leur vie n'est pas en reste, j'avoue un faible pour Libor, qui aimait tellement sa Malkie, une beauté dont il a été amoureux au premier regard et qui lui manque tant. Finkler est moins sympathique, mais sa rugosité finira par s'émousser aussi. L'histoire est embellie par Hepzibah, une femme généreuse auprès de qui Treslove va essayer de comprendre ce qu'est être juif.
   
   C'est un grand moment de lecture, qui nécessite de prendre son temps, mais vous ne le regretterez pas.
   "Treslove n'était pas disposé à admettre qu'il avait croisé une déséquilibrée ou qu'il s'était simplement trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Il avait connu suffisamment d'accidents. Sa vie était un long accident. Sa naissance était accidentelle - ses parents le lui avaient avoué: "Tu n'étais pas prévu, Julian, mais tu as été une belle surprise". Ses propres fils? Pareil. Sauf qu'il ne leur avait pas affirmé qu'ils étaient une belle surprise. Il avait choisi ses disciplines universitaires par accident: à une autre époque, il aurait choisi les lettres classiques ou la théologie. La BBC, c'était un accident. Un sale accident. Les femmes qu'il avait aimées étaient toutes des accidents. Si la vie n'avait pas un fil conducteur de sens, à quoi bon vivre?"

   
   Il a obtenu le Man Booker Prize (Goncourt britannique) en 2010.

critique par Aifelle




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