Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les revenants de Laura Kasischke

Laura Kasischke
  Un oiseau blanc dans le blizzard
  A moi pour toujours
  A suspicious river
  Rêves de garçons
  La Couronne verte
  En un monde parfait
  Les revenants
  Esprit d’hiver
  La vie devant ses yeux
  Si un inconnu vous aborde...

Laura Kasischke est une écrivaine américaine née en 1961.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Les revenants - Laura Kasischke

Un petit bijou
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   « A seize ans, j’ai découvert que mon père avait déjà été marié avant d’épouser ma mère »
   
   Craig a été victime d’un accident avec Nicole dont il est fou d’amour. La jeune fille est morte, lui, réchappe du carambolage mais en est rendu responsable dans la mesure où il était alcoolisé le soir du drame.
   
   Shelly est choquée par la parution des articles qui relatent l’accident, plein d’inexactitudes selon elle. Bien que la première sur les lieux, la presse ne l’a pas interviewée alors qu’elle est intervenue dans tous les rapports de police. Les médias racontent que la jeune fille est retrouvée baignée dans une mare de sang sur la banquette arrière de la voiture où elle a été projetée, n’ayant pas de ceinture de sécurité d’attachée. Elle a été identifiée par sa camarade de chambre à la morgue, grâce à sa robe noire et aux bijoux, son petit ami ayant été retrouvé des heures plus tard seulement, errant sur la route, malgré une fracture au bras et son épaule démise, et un traumatisme crânien. Shelly, qui avait appelé les secours dans les minutes suivants l’accident, n’a pas du tout la même version.
   
   Craig partage une chambre d’étudiants avec Perry. Nicole Werner est une amie d’enfance de Perry et Craig est fasciné par elle. Dès qu’il lui présente, il tombe immédiatement amoureux d’elle et accepte de se joindre à leurs séances de travail quand elle le lui propose. Vierge, éclaireuse, en passe d’intégrer une sororité (association d’étudiants organisant au sein des grandes universités américaines diverses associations et œuvres de bienfaisance), chrétienne fervente, originaire d’une petite ville, la meilleure de toute la promo, ayant les meilleurs notes, Nicole est adorée de ses professeurs. Malgré le tragique accident et étant donné qu’aucune inculpation n’est prononcé contre Terry, il peut retourner à l’université,
   
   Mira est professeur dans une université, «spécialiste du traitement des dépouilles mortelles» mère de deux jumeaux de deux ans, dont elle n’a guère le temps de s’occuper, étant très prise par son job. C’est donc son compagnon Clark, avec qui elle ne s’entend plus guère, qui accepte de prendre le rôle de père au foyer. Perry, attiré par son séminaire sur la mort, demande à intégrer son cours, en lui expliquant qu’il est le garçon colocataire du «gosse de riches» qui a «tué» cette fille. Perry a des questions sur la mort, des questions fondamentales auxquelles il aimerait trouver une réponse, questions métaphysiques et physiques. Car Perry a l’impression que Nicole n’est pas morte, il la voit dans une autre fille ayant les cheveux bruns alors qu’elle était blonde. Perry se confie à Mira. Il lui dit qu’il est persuadé que Nicole est toujours sur le campus.
   
   Craig, de son côté, voit un psy car il n’a pas le moindre souvenir du soir de l’accident, il considère donc qu’il a tué sa copine bien qu’aucune inculpation n’est prononcée contre lui. Mais certaines personnes s’y opposent notamment Josie qui fut pendant huit mois sa compagne de chambre. Elle fait une pétition pour faire renvoyer Craig, s’appuyant sur le fait que «ivresse + automobile + accident mortel = meurtre».
   
   Voilà un roman merveilleusement envoutant. L’auteure distille tout doucement les différents ingrédients des mystères qui entourent la vie de cette université. Suspense, sublimes portraits de personnages sont au rendez vous. Tout s’emboite petit à petit, la romancière insuffle des indices au fur et à mesure du livre qu’on ne peut plus lâcher. C’est de plus superbement écrit. Un huis clos intimiste au sein d’une faculté où des événements étranges se passent et un dénouement qui tient ses promesses.
    ↓

critique par Éléonore W.




* * *



Quête de vérité
Note :

   Tout commence par un terrible accident de voiture, qui coûte la vie à Nicole Werner la plus belle fille du campus universitaire. Son petit ami, Craig, qui était au volant, a survécu, et s'attire les foudres de la sororité de la jeune fille, Oméga Thêta Tau, la plus prestigieuse mais aussi la plus virulente. Pourtant, alors que les journaux ont rapporté que Nicole avait été retrouvée baignant dans une mare de sang, le corps presque entièrement calciné, méconnaissable, tandis que Craig prenait la fuite, l'unique témoin présent sur les lieux, Shelly Lockes, employée de la Société de Musique de l'université, affirme pour sa part que la jeune fille était bien vivante lorsqu'elle a été emportée par les secours, et que ses blessures n'étaient que superficielles; mais la presse a refusé, malgré ses protestations pour rétablir la vérité, de corriger ses assertions, et ni la police ni l'université n'ont daigné se pencher de nouveau sur une enquête qu'ils considéraient close, et même préjudiciable à l'image de l'université.
   
    Exclu du campus pour le semestre, Craig revient quelques mois plus tard, et retrouve son meilleur ami et ancien compagnon de chambre, le discret et très soigné Perry Edwards, ami d'enfance de Nicole. Ce retour est bien mal accueilli par les filles d'OTT, bien décidées à faire payer à Craig la mort tragique de Nicole, dont elle le tiennent pour responsable. Mais très vite, plusieurs phénomènes étranges et inexplicables se produisent sur le campus: plusieurs garçons de l'université, dont Perry, affirment avoir vu Nicole, et pour certains lui avoir parlé, tandis qu'une autre jeune fille, portée disparue quelques jours avant la mort de Nicole, demeure introuvable, sans que personne, pourtant, ne semble s'en inquiéter. Mise au courant de ces faits mystérieux, Mira Polson, professeur d'anthropologie funéraire à l'université, et à ce titre spécialistes des croyances attachées à la mort, décide de mener l'enquête afin de publier un livre sur le sujet, assistée par Perry, qui pour sa part aimerait savoir si Nicole est bel et bien morte ou si elle est devenue... autre chose. Mais tous deux vont découvrir qu'il n'est guère souhaitable de réveiller les morts et de fouiner dans les pratiques inavouables des sororités, voire de l'université elle-même...
    
   Roman polyphonique dont la narration est assurée successivement par quatre héros, deux élèves, deux professeurs, deux garçons, deux femmes, qui vont se croiser, se rencontrer, s'entraider, mus par une même quête de vérité, ce roman est sans conteste l'un des meilleurs de cette rentrée littéraire, jouant également en permanence sur la temporalité, par le biais d'une alternance entre passé et présent, entre l'année en cours et l'année précédente. "Les Revenants" est une œuvre atypique à bien des égards, oscillant entre fantastique et satire mordante des mœurs hypocrites qui règnent sur les campus américains, en particulier concernant les traditions et les bizutages qui se perpétuent, sous couvert d'un puritanisme excessif, dans les fraternités et les sororités, souvent au mépris de la loi. Les personnages sont particulièrement bien travaillés, et ne tombent jamais dans la caricature, ce qui serait pourtant facile, entre une Shelly en vieille lesbienne désabusée qui craque pour une étudiante, une Mira qui compense l'échec manifeste de sa vie de famille en se jetant à corps perdu dans son travail de recherche ou une Nicole, parfaite incarnation de l'oie blanche américaine, bien jolie mais un peu naïve, du moins en apparence.
   
    Porté par une écriture fine, parfois crue, souvent poétique (malheureusement ternie par une traduction trop souvent maladroite et paresseuse), ce roman nous emmène aux confins du surnaturel, tout en jouant constamment sur les codes du genre. Certes, les lecteurs ayant espéré se plonger dans un thriller palpitant ou un polar rondement mené risquent d'être déçus par un dénouement qui finalement n'apporte pas de réponse univoque ou définitive: bien des zones d'ombre demeurent une fois la dernière page du livre tournée, laissant le lecteur libre de tirer ses propres conclusions et de continuer à faire vivre les personnages dans son imagination. Car c'est là la plus grande force de Kasischke: faire d'un scénario de série B, d'un mélange de légendes urbaines, d'histoires de fantômes et de mythes sur les pratiques des fraternités un livre exceptionnel, éblouissant, avec des personnages attachants et présentant tous une faille plus ou moins secrète, plus ou moins avouable, dans laquelle le lecteur s'engouffre avec un mélange de commisération et de voyeurisme morbide.
   
   Plus de 600 pages, et pourtant impossible de lâcher ce roman tant l'atmosphère y est prenante, tant l'intrigue est palpitante, tant le moindre détail peut se révéler crucial. On parie que ces fantômes-là vous hanteront longtemps après la lecture de ce livre.
    ↓

critique par Elizabeth Bennet




* * *



Sombre sororité
Note :

   Le lieu, c’est l’université américaine, ces sororités, ces fraternités. Les faits sont ceux d’un accident de voiture tuant Nicole, jeune et jolie étudiante au profil modèle. Le fautif, Craig, amoureux transi qui avait trop bu. La témoin de l’accident, Shelly, en désaccord avec ce qui est relaté dans les journaux. L’ami, Perry, ami d’enfance de Nicole et compagnon de chambre de Craig. Et l’intrigue, quelques mois après l’accident, constituée par des "apparitions" de Nicole.
   
   Reste un personnage, Mira, professeure de Perry, spécialiste de la mort, des rites et des superstitions autour de cette dernière. Les voix se succèdent pour mener ce qui est une enquête. Pourquoi les mystères autour de cette mort? Que s’est-il réellement passé?
   
   Je n’ai pas été emballé pour tout dire par cette lecture que j’ai trouvée somme toute longue et sans les surprises auxquelles je m’attendais. La peinture proposée d’une Amérique puritaine et hypocrite ne m’a pas outre mesure convaincu. Certaines informations distillées çà et là interpellent notamment sur l’explication des comportements humains à la suite d’un décès et la peur de subir le retour d’un mort qui n’aurait plus rien de vivant. Au-delà de ces digressions, les péripéties m’ont parfois semblées rallongées à l’extrême et la volonté de tenir en haleine m’a parue factice et contre-productive.
   
   Rien de bien neuf, ni de bien ébouriffant dans ce texte un brin trop attendu. Et puis il y a les ficelles : des courts chapitres se succédant et sautant d’une époque à une autre. Une espèce de mayonnaise qui ne prend pas forcément. Un truc trop efficace pour faire rêver. Je me suis lassé de cette virtuosité architecturale. Parfois les virtuoses sont ennuyeux. N’est-il pas?
    ↓

critique par OB1




* * *



Récit d’enquête à quatre voix
Note :

   Titre original : The Raising
   
   Une université américaine dans l’Ohio.
   
   Craig étudiant de seconde année et Perry sont colocataires à la résidence Godwin Hall la plus ancienne du campus. Perry vient de la campagne (Bad Axe, middle West) et Craig de la ville (Massachussetts près de Boston).
   Cette année s’annonce difficile. Au printemps, il s’est produit un tragique accident. Craig était en voiture la nuit en compagnie de Nicole Werner son amie (issue de la même ville que Perry) et l’auto s’est déportée. Nicole y a perdu la vie et Craig traumatisé ne se souvient pas de l’accident ni des circonstances de sa virée en voiture, et à peine des mois qui suivirent.
   Il aimait passionnément Nicole et se reproche de l’avoir tuée .
   Mais Shelly, une femme quinquagénaire, qui travaille à l’école de musique de l’université, a vu l’accident, appelé les secours, et sait que sa version des événements ne correspond pas à ce qui fut relaté dans les journaux et communément admis. Seulement nul ne veut l’écouter!
   
   L’événement a aussi bouleversé Perry, qui connaissait Nicole depuis toujours et en était épris, quoique ses relations avec elles soient différentes de celles de Craig.
   
   Depuis la rentrée, plusieurs étudiants ont cru voir le fantôme de Nicole. Dont Perry, qui veut y voir clair et s’inscrit au cours de Mira, anthropologue spécialiste des rituels funéraires, des manifestations de deuil, et de tout ce qui touche à la mort. Mira ne croit pas aux fantômes, bien qu’elle ait vu de drôles de choses dans sa jeunesse. Sa vie est difficile entre un mari qui reste à la maison, et deux jumeaux dont elle n’arrive pas bien à s’occuper, en l’absence d’un personnel compétent.
   
   C’est là un récit d’enquête ; les quatre narrateurs, Mira, Shelly, et les deux étudiants Perry et Craig, rivaux et néanmoins amis, vont se croiser, parfois s’affronter, réfléchir sur l’accident du printemps, revenir sur certains faits, évoquer la vie à l’université, et leur existence passée, quelquefois à leurs risques et périls. Nicole Werner, objet principal des investigations, faisait partie d’une sororité, organisée comme une véritable société secrète, aux rites étranges…
   
   Voilà encore un très bon livre de Laura Kasischke, certains disent son meilleur. Aussi bon en tout cas que "A moi pour toujours", également très intéressant pour l’étude socio-psychologique de quelques personnages et milieux sociaux. L’intrigue est tout simplement passionnante et fort bien menée, les personnages tous très attachants, le propos intelligent. Je n’ai qu’un reproche à faire, il concerne l’épilogue un peu long et qui n’apporte rien au reste du récit.

critique par Jehanne




* * *