Lecture / Ecriture
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Crime Unlimited de Jake Arnott

Jake Arnott
  Crime Unlimited
  Crime song
  True Crime

Jake Arnott est un auteur britannique de romans policiers, né en 1961.

Crime Unlimited - Jake Arnott

L'histoire de Harry Starks
Note :

   Made in England
   Je ne suis pas, loin s'en faut, un fan du roman policier anglais, à part Ted Lewis et aussi ne l'oublions pas, Robin Cook (pas le virus, l'autre), mais bon, un dernier essai avant le smog! Et ce qu'il y a de bien avec cet auteur, c'est vraiment le départ dans l'inconnu, les renseignements sur le net étant rares. Il est né à Londres en 1961 et ce livre est son premier roman.
   
   Londres au début des années 1960, les narrateurs se présentent les uns après les autres, le premier est Terry, banlieusard homosexuel, en fâcheuse position, attaché à une chaise. Sous la menace d'un tisonnier chauffé à blanc, le marché est simple, soit il parle, soit l’expérience est la suivante: a t-il assez de salive pour supporter le contact du métal sur sa langue...i l parle et même d'un sujet brûlant, le vol de son employeur! Complice ou pas? 
   "- On aurait pas pu dire qu'il était mignon, mais il avait une certaine beauté, un côté sauvage, impressionnant. Je sentais chez lui quelque chose de dangereux, quelque chose qui m'attirait.
   - D'accord, c'est sans doute un peu archaïque comme méthode, l'épreuve du feu. Tu vois, c'est le châtiment lui-même qui détermine ta culpabilité."

   
   Autre lieu, mais pas autres mœurs, la chambre, pas la nuptiale, mais celle des Lords où l'un d'entre eux prend sa retraite, noblion à la sauce à la menthe, mais désargenté... et en plus madame, la Lady, veut une pension pour préserver la pseudo respectabilité du couple assortie d'une présence à l'office le premier dimanche de chaque mois... En Afrique certains pays accèdent à l’indépendance et il y a des affaires à conclure, un Lord présente un semblant de garantie vis à vis des dignitaires africains... il en résulte un voyage au Nigéria pour cimenter cet accord.
   "- Cela me rendait quasiment fou*, de ressasser tous ces trucs. Allez, au lit, avec pour seule compagne la mélancolie profonde et durable que me procure le gin!
   - Ma génération est en train de disparaître. Tous ces jeunes gens brillants des années 20 sont devenus vieux et hideux. Quant à moi, je me retrouve tourmenté par un sentiment d'échec qui ne me laisse aucun répit."

   
   Jack the Hat, gangster de seconde zone, (et troisième par ordre d’apparition) oscillant entre dope et alcool, fournisseur officiel de tout et parfois de rien, traîne sa calvitie de club en club (pas de football), de shot en shot et de cuite en cuite... Mais un drame familial le ronge et sa chute s’accélère surtout quand lui vient l'idée saugrenue de créer sa petite entreprise. Entre la pornographie et les drogues pour les hippies, il y a de l'argent à se faire...
   "- Comme portiers, ils ont des mecs de Newcastle. Ces types du Nord, ils débarquent chez nous et ils se croient tout permis. Faut dire que j'étais chargé ce soir-là. Alcool et amphètes.
   - On me dirait sorti tout droit d'un film d'horreur. Un croisement entre Bela Lugosi et la famille Adams."

   
   Ruby Ryder est la seule narratrice de ce récit, ancienne prostituée, ancienne espoir du cinéma, bref une situation peu glorieuse, ni réjouissante. Son meilleur rôle, accompagner un truand homosexuel en différentes occasions pour lui donner une façade de normalité... pas réellement la joie surtout que la roue tourne et les années défilent... avec son cortège de rides, etc, le travail se fait rare. Alors la descente commence, surtout qu'un flic s'intéresse à elle et qu'elle a quelques services rendus et dettes à rembourser.
   "- C'est à cette époque-là que j'ai compris que je ne serai jamais la nouvelle "Blonde incendiaire anglaise".
   - Je n'avais plus aucun contrôle sur ma vie. Être entretenue, ça m'avait rendu paresseuse."

   
   Lenny termine cette saga sanglante, nous sommes fin 1979. Le monde a changé, le profit a remplacé les fleurs, aux drogues dites douces ont succédé des produits beaucoup plus durs, mais qui rapportent énormément d'argent. Il est le seul personnage représentant la loi du fait de sa fonction de criminologue. Lenny se souvient de cette phrase de Tchekhov «Nous devons prendre le parti des coupables!», il visite donc la prison de Long Marsh où sont enfermés les pires criminels britanniques et tombe sous le charme du chef «Du gang des tortionnaires». Et comme il est jeune et partisan des méthodes révolutionnaires concernant l’incarcération, il paraît au premier abord relativement manipulable. L'introduction dans le vocabulaire plénipotentiaire du mot «déviance» va heurter de front les prisonniers.
   Dans ce chapitre, l'auteur nous montre la puissance de la presse anglaise concernant les criminels en particulier l'art et la manière de les affubler de surnoms qui marquent les esprits comme par exemple:
   "Le Voleur du train, La Panthère ou l'assassin du flic de Sheperd's Bush.
   - Que justifiait ma méthodologie en invoquant «un travail ethnographique basé sur l'observation». Elle me traitait de «gardien de zoo».
   - C'était une période grisante de ferveur et d'action. En ce temps-là, même le club d'échecs se proclamait marxiste-léniniste..."

   
   Harry Starks est le personnage récurrent au croisement de tous ces destins, sorte de catalyseur vampirisant les êtres, les brutalisant, les humiliant. Il est, à son apogée, le symbole de la puissance, mais un jour un grain de sable vient se mettre en travers de toutes les routes. Dans sa tête parfois cela déraille, surtout lorsqu'un jeune garçon est assassiné, et malgré tous les pots de vin distribués, la police devient regardante sur certaines activités louches et il est lourdement condamné. Pendant sa détention, il entreprend des études de sociologie, mais par delà les apparences, qui est-il réellement?
   "- Le communisme, c'est quand même un racket minable: ils n'ont rien et ils veulent le partager avec vous.
   - Je suis sûr que vous auriez préféré que je sois un voleur de banque, quelque chose de prestigieux dans ce genre. Au pire, un Robin des bois des temps modernes..."

   
   Le monde tel qu'il était (mais est-ce que cela a changé?), le dieu fric gouvernant l'univers, ici, c'est Londres, mais ailleurs, c'était la même chose. L'auteur cite les jumeaux Kray qui eux furent des personnages bien réels au casier judiciaire impressionnant (et c'est un euphémisme) et Jack the Hat fut sans doute une de leurs victimes, mais personne n'a jamais retrouvé le corps. On croise également Judy Garland, enfin son fantôme déclinant.
   La corruption est élevée au niveau d'une science, tous les vices sont au catalogue, la drogue, le sexe, les flic achetés, meurtres et règlements de compte en tous genres, pour pas mal de personnages, c'est Trafalgar!
   
   Si ce roman n’atteint pas la noirceur des œuvres de Ted Lewis, il est à mon goût plus réaliste que la moyenne de la production anglaise. Je pense que je tenterais de nouveau ma chance avec cet auteur.
   
   
   Titre original : The long firme (1999)
   
   * En français dans le texte.

critique par Eireann Yvon




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