Lecture / Ecriture
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Le Premier été de Anne Percin

Anne Percin
  Bonheur fantôme
  Ados: Comment (bien) rater ses vacances?
  Le Premier été
  Les singuliers
  Sous la vague

Anne Percin est une écrivaine française née en 1970.

Le Premier été - Anne Percin

Adolescence
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   "Tous les crève-cœurs de l'enfance sont des douleurs saignantes qui se referment et laissent des cicatrices. La sagesse n'est rien d'autre qu'un réseau de stigmates".
   
   Ce roman tourne tellement sur les blogs depuis sa parution que je ne vais pas m'attarder sur le résumé. Je pense que vous avez tous compris qu'il s'agit d'une histoire d'adolescence où l'on croit qu'il ne se passe pas grand chose, jusqu'à l'irruption d'un drame, cruel mélange de sensualité, de beauté, de culpabilité et de honte.
   
   Catherine, la narratrice revient sur les lieux pour vider la maison de ses grands-parents décédés, avec sa sœur aînée Angélique et c'est enfin l'occasion pour elle de revenir sur le secret enfoui de ses 16 ans.
   
   Elle revient sur l'été où elles passaient une nouvelle fois les vacances à la campagne, chez leurs grands-parents. L'auteur excelle à décrire l'ennui qui suinte à chaque instant, le manque de distractions, la chaleur écrasante qui colle à la peau, les rêveries propres à l'adolescence. Seuls les jeunes de la colo voisine apportent un peu d'animation dans ce morne quotidien. Angélique se fait très vite un copain à la piscine, sous le regard agacé de Catherine, la jeune sœur toujours à la traîne.
   
   Et puis viendra l'évènement qui va faire basculer Catherine dans l'inconnu, à l'insu d'Angélique qui cette fois-ci ne lui servira pas de repère. Cruauté de l'adolescence, cruauté des microcosmes campagnards, elle se heurte à tout cela de plein fouet, dans une solitude absolue. Sous la plume à la fois sensible et précise de l'auteur, c'est poignant et magnifique.
   
   Un récit ténu et pourtant si dense, qui continuera à vous imprégner la dernière page tournée.
    ↓

critique par Aifelle




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Gorge serrée, œil mouillé...
Note :

   "à partir de cet instant, je deviens sale et ignoble, je deviens une personne normale, je bascule du bon côté et je ne me le pardonnerai jamais."
   
   Vider la demeure des grands-parents décédés, c'est aussi pour Catherine l'occasion de se rappeler un été particulier, celui de ses seize ans, d'évoquer un souvenir dont elle a honte. Un souvenir qu'elle n'a jamais partagé, même pas avec sa soeur aînée.
   
   Commencé comme un évocation plutôt classique -la petite soeur qui se sent toujours déplacée par rapport à son aînée toujours en harmonie avec le monde , avec les autres- le roman prend bientôt une tournure nettement plus sensuelle et plus lourde de sens.
   
   La description de l'éveil de la sexualité et de la sensualité est décrite d'une manière parfaite, à la fois non édulcorée et respectueuse. On vit cet été-charnière bruissant de chansons et d'insectes, étouffant, on est surpris par la révélation de la culpabilité possible de l'héroïne, ce qu'elle porte en elle et qui, on le devine à demi-mots, l'empêche d'aller de l'avant. La cruauté qui était de mise pour se faire accepter devient ainsi fardeau...
   
   Un roman sensible et puissant qui confirme tout le talent et la sensibilité d'Anne Percin. à découvrir absolument.
   
   163 pages, dont les dernières m'ont serré la gorge et mis la larme à l'œil.
   ↓

critique par Cathulu




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Trauma
Note :

   Le vide-grenier de la maison familiale appelle toujours à la confidence. C'est par ce biais-là que Catherine choisit de narrer l'été de seize ans, passé avec son aînée Angélique chez leurs chers grands-parents aujourd'hui décédés, en Haute-Saône. Installée dans sa vie de libraire, contrairement à sa sœur, elle n'a pas construit de famille. Ou peut-être pas pu, tant le secret qu'elle porte en elle semble bien lourd à porter. D'ailleurs "Le premier été "lui permet de s'en libérer.
   
   "Le premier été" est un roman intelligent sur les premiers émois adolescents, le passage à l'âge adulte, l'éveil de tous les sens et la cruauté de l'espèce humaine (l'homme reste un animal peu civilisé et ici, tout ce qui ne paraît pas normal, doit être rejeté), où aimer peut parfois tuer. Il est difficile de décrire cette étape de la vie sans excès ni minauderies : Anne Percin y arrive à merveille. Elle décrit l'être à fleur de peau, la sensibilité exacerbée, l'apparition de clans sociaux au sein d'une colonie de vacances : ceux qu'on accepte, ceux qui demeurent honnis à jamais. Point de passage du gué possible, sauf celui de la passion, qui par nature s'affranchit de toutes les frontières physiques ou sociétales, aidée en cela par le hasard des rencontres. L'écrivaine sait écrire juste et la chute finale reste de toute beauté.
   
   Mais il y a un mais dans cette lecture si honnête de l'enfance : j'ai vraiment peiné au début de cette lecture. Anne Percin a mis un temps infiniment long à placer son intrigue, au point de passer en lecture rapide les cinquante premières pages (ce qui m'arrive très rarement et est en général un mauvais signe), comme si l'auteure avait peur de la suite, de briser ses personnages (ce qu'elle fait finalement avec Catherine et Sébastien).
   
   Trois étoiles au lieu de quatre, juste à cause du commencement. Savoir écrire est un art (que semble maîtriser Anne Percin), savoir démarrer pour embarquer le lecteur/la lectrice dans son univers aussi!
    ↓

critique par Philisine Cave




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Assumer ? Impossible !
Note :

   Haute Saône ; Ste Marie, un village, proche de Raddon-et-Chapendu, en pays vosgien ; Angélique et Catherine 17 et 16 ans passent leurs vacances chez leurs grands parents et s’ennuient.
   
   La sœur aînée se trouve un copain à la colo ; Catherine esseulée, aperçoit un jeune homme nu près de la rivière Raddon ; elle l’observe. Plus tard elle le revoit dans le village. Il est vraiment beau, d’autant plus qu’il se tait plutôt que d’infliger à l’adolescente les âneries habituelles proférées par les jeunes garçons immatures. Lors de la soirée dansante de la colo, elle le retrouve dans le parc et couche avec lui. Ils ne se sont encore rien dit. Bientôt elle apprend que Sébastien (c’est son nom) n'est pas exactement comme les autres... Elle se croyait chanceuse que ce très beau garçon s’intéresse à elle, et elle seule, à présent, elle est effondrée…
   
   Ce que la narratrice dit bien, c’est son chagrin de voir ce qu’est réellement le garçon en question, dès qu’elle le voit la suivre, et se rend compte de l’attitude des autres à son égard : les villageois sont des imbéciles malveillants et conformistes, et la sœur n’est pas très futée non plus.
   
   Quinze ans plus tard Catherine revient sur les lieux avec sa sœur à présent mariée et mère. Elle est restée seule et devenue libraire. Elle pense toujours à cet été, et raconte son histoire à sa sœur mais dans sa tête, seulement. Vu que le portrait de la sœur est loin d’être flatteur, on comprend qu’elle ne lui parle pas en vrai mais en imagination.
   
   Anne Percin réussit à toucher le lecteur, en parlant de l'exclusion, de la solitude, et de l'isolement irrémédiables de ceux qui ne réussissent pas à se couler dans une catégorie sociale admise.

critique par Jehanne




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