Lecture / Ecriture
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La reine des pommes de Chester Himes

Chester Himes
  Faut être nègre pour faire ça
  La reine des pommes

La reine des pommes - Chester Himes

Noir pur jus !
Note :

   Un livre qui, enfin il me semble, fut un des premiers romans noirs que j'ai lu, et j'ai toujours gardé en mémoire les deux flics aux noms très poétiques de Fossoyeur Jones et de Ed Cercueil Johnston. Pour continuer dans le macabre, le héros de ce roman travaille comme homme à tout faire chez un entrepreneur de pompes funèbres, funeste destin!
   
   Nous sommes à Harlem, mais bien loin de l'image d'Epinal que l'on trouve habituellement dans les romans dont l'intrigue se passe dans ce quartier de New-York.
   
   Jackson, bonne pâte, est victime d'une arnaque nommée "Coup de la Levure " qui consiste à rouler dans la farine un pauvre esprit bien naïf. L’escroc fait croire qu'il va transformer les billets de dix dollars en billets de cents (pas les coupures de vingt, celle de deux cents n'existant pas, détail qui peut servir!). Bien sûr, il va perdre ses économies, en plus il va voler son patron pour graisser la patte à un flic ripoux et perdre le reste de son larcin au jeu! Et tout cela dans la même nuit, nuit agitée, dirions-nous. Et bonne âme, tout ce qu'il veut, c'est retrouver la tendre et douce Imabelle, sa déesse, l'objet de son fol amour!
   Pour l'aider dans sa quête, il demande l'aide de son frère jumeau Goldy qui fait la quête pour sa propre paroisse, habillé en bonne sœur!
   
   Mais la combine pour berner Jackson n'est que de la petite bière, une autre arnaque se prépare et sur une beaucoup plus grande échelle: une soi-disant mine d'or mexicaine, des pépites comme appâts (au gain) et des amateurs de fortunes vite acquises et de manière pas trop fatigante! La belle Imabelle se sauve avec la malle (vous remarquerez que je n'ai pas dit qu'elle se faisait la malle!) Mais là-bas comme ici, tout ce qui brille n'est pas or! Ajoutez à tous ces péripéties les Starky et Hutch du coin, les ci-devant Fossoyeur Jones et Ed Cercueil, flics ayant une notion de leurs devoirs plus qu'élastique, ripoux sur les bords, un peu violents tout en combattant soi-disant cette même notion de violence.
   
   Bref un récit trépidant avec une bonne dose de fantaisie, un langage imagé, argotique et une étude de mœurs des habitants de Harlem vis-à-vis de la loi surtout quand elle est représentée pas des policiers blancs!
   
   Jackson, bonne poire la reine des pommes, faudrait peut-être pas exagérer, car même si Imabelle a la peau couleur de... banane (faute d'avoir un teint de pêche, mais plutôt de pécheresse!) un moment, il va tout de même ramener sa fraise! Et alors là les marrons et châtaignes vont tomber! Son frère Goldy, grand prêcheur devant lui même, adepte de produits illicites et d'actes aussi illicites que ce qu'il consomme en intraveineuses est-il aussi intéressé qu'il veut bien le laisser croire? L'esprit de famille est-il sa seule motivation?
   
   Ed Cercueil et Fossoyeur Jones ont des rôles moins importants que dans mes souvenirs, mais ne boudons pas notre plaisir, il faut bien que la loi règne! Là où ils passent, les truands trépassent! On trouve également quelques personnages pas très catholiques: Sœur Gabrielle, la Grande Kathy, Lady Gitane et ne sont pas les pires! Bien évidement "cherchez la femme" ici, elle se nomme Imabelle, et c'est le top Ma Belle, l'auteur n'est pas en manque de superlatifs (super-lascive) pour la décrire! Embobineuse de première classe, tous les mâles (et non pas les malles) qui passent à sa portée auront du mal à s'en remettre! Toute une faune de personnages hétéroclites, un peu hors la loi, très roublards toujours à la recherche de quelques dollars. Rien, ni personne n'est vraiment noir ou blanc dans ce roman.
   
   C'est trépidant et sans temps morts; par contre des morts, il y en a! Un bon moment de lecture, mais sans plus.
   
   
   Extraits :
   
   - Les gens de couleur, songea-t-il, suffit qu'ils se mettent du côté du manche, ils connaissaient plus la charité chrétienne.
   
   - L'essentiel, c'était d'avoir le Seigneur de son côté. N'avait-il pas cru un instant que Dieu s'était détourné de lui!
   
   - Il avait l'apparence d'une sainte femme de négresse, obèse hélas, usé au service du Seigneur. Sa silhouette était bien connue dans le quartier. Personne ne lui accordait d'attention particulière.
   
   - Si on ne peut plus croire ses yeux j'sais pas ce qu'il faut croire.
   
   - Sur le trajet de Goldy, il y avait plus de bars et de bastringues que partout ailleurs dans le monde, à longueur de parcours égal.
   
   - Or, on disait couramment à Harlem que le pistolet d'Ed Cercueil pouvait tuer une pierre et celui de Fossoyeur l'enterrer.
   
   - Ils prélevaient leur tribut, comme tout flic qui se respecte, auprès des pourvoyeurs établis des besoins essentiels de la pègre...
   
   - Il connaissait maintes sectes étranges à Harlem et, docile aux ordres de leurs chefs, respectait les convictions de la population noire. Mais cette bonne sœur, décidément, semblait plutôt vouée au culte du démon.
   
   - En fait, ce qui sortait de l'ordinaire, c'est qu'il n'y eut pas mort d'homme.
   
   - Elle lui offrit son sourire de perle, qui promettait mille choses agréables.
   

   
   Titre original :The Five Cornered Square (1958)
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critique par Eireann Yvon




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Un polar sensible
Note :

   L'été, voici venu le temps des lectures paresseuses sous le parasol, des romans noirs pourquoi pas ? Et du coup, question policiers, entorse faite à une ambitieuse lecture complète de Maigret. Le Magazine Littéraire de juin 2015, numéro spécial Série Noire, a déclenché cette incursion estivale dans le littéraire glauque. Négligeant le "top quinze" des titres conseillés par le connaisseur de la série, Claude Mesplède, j'ai joué carte blanche, au pif (en fait, j'avais oublié cette liste à la bibliothèque).
   
   "La reine des pommes" (1957) est bourré d'humour et d'intelligence. C'est un polar sensible, vraiment noir puisqu'il se déroule dans les quartiers de Harlem; la plupart des personnages, y compris les flics Fossoyeur et Ed Cercueil, sont des Noirs. D'une confection classique, plus lent, de phrasé moins direct, j'ai trouvé Chester Himes très au-dessus des précédents, avec sa volonté de témoigner de la dure réalité des Noirs américains. Les péripéties d'une scène finale où les protagonistes se croisent inconsciemment autour d'un bruit de locomotive entrant en gare est littérairement abouti. Ce livre a obtenu le Grand prix de littérature policière (étranger) en 1958. Un bijou, moral même, rare pour pour une série noire.

critique par Christw




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