Lecture / Ecriture
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Le salon du prêt-à-saigner de Joseph Bialot

Joseph Bialot
  Le Jour où Albert Einstein s’est échappé
  186 marches vers les nuages
  Le salon du prêt-à-saigner
  Route Story

Joseph Bialot, de son vrai nom Joseph Bialobroda, est un écrivain français né à Varsovie en 1923 et mort à Paris en 2012.

Le salon du prêt-à-saigner - Joseph Bialot

De fils en aiguilles...
Note :

   Un roman que j'ai beaucoup aimé il y a très longtemps, et que j'ai gardé avec trois ou quatre autres de cette collection. Mais chose étrange, je ne pense pas avoir lu autre chose de cet auteur. Pourquoi, mystère?
   
   Sentier sanglant pourrait être le sous-titre de ce roman. Un monde un peu clos qui a ses propres règles où les nouveaux venus ne sont pas toujours les bienvenus. Ici on coupe, on coud, costumes et chemises, mais dans ce livre c'est la guerre des boutons, version moderne et sanguinolente.
   
   Une patrouille, un soir pluvieux, trouve le cadavre de ce qui semble être une prostituée massacrée avec un objet contondant, puis égorgée au rasoir. Puis le corps d'un homme est découvert peu de temps après, deux cent mètres plus loin, le mode opératoire est le même... La gorge transformée en boutonnière...
   
   La presse s’empare de l'affaire et la police de l'enquête. Un chauffeur trouve lui aussi un cadavre dans son camion... Puis un ancien champion cycliste est pris pour cible... Des commerçants se désolent, ils attendent une livraison de vêtements, déjà dix jours de retard, le façonnier, la façonnière dans ce cas précis est aux abonnés absents...
   
   Toutes ces morts semblent avoir un lien, mais lequel? Les indics de la police ne savent rien, mais pourtant en coulisse une guerre est déclarée... mettre la main-mise sur les ateliers de confections qui alimentent les différents magasins du quartier, et la lutte est féroce... et tous les coups sont permis, rackets, morts violentes, incendies, deux rivaux s'affrontent, la férocité n'a pas de limites... Ce n'est pas la guerre en dentelles, loin s'en faut...
   
   La police qui n'est pas spécialement appréciée patauge, le quartier est en ébullition. Il faut dire que peu d'affaires sont très nettes, certains ateliers ne sont pas aux normes, les ouvriers sont souvent des clandestins sans-papiers corvéables à merci... Tout cela génère de l'argent, beaucoup d'argent, alors cela attise la convoitise de certains... ... Et pour cela il vaut mieux des hommes de mains que des petites mains...
   
   Le commissaire Faidherbe et l'O.P. Chaligny aidé de Brancion sont chargés de l'enquête. Ils sont, pourrait-on dire, sur le sentier de la guerre, en route peut-être vers celui de la gloire. Un étudiant yougoslave qui a mystérieusement disparu, une provinciale dénommée Michèle Boulat qui dirige un atelier vide. Mais son appartement parle pour elle, enfin certaines photos montrent qu'en peu de temps elle a découvert son sexe, et la manière de s'en servir. Elle en use et en abuse, jusqu'à ce que mort s'ensuive? Yamina, petite-fille des bidonvilles de la périphérie parisienne, veut se venger du "Chevalier noir " son héros mythique qui l'a trahie, pour cela elle demande l'aide de Pedro, dit "El Toro " autre gamin de son âge. Vania, elle, cherche son ami Kosta dont elle n'a plus de nouvelles, mais seulement un sombre pressentiment!
   
   Je n'avais pas souvenir de l'humour de l'auteur dans le nom des deux officiers de police! Les parisiens se seront rendus compte que l'addition des deux noms correspond à une célèbre station de métro. Enfin célèbre je ne sais pas, mais je me rappelle de cet arrêt! Continuons dans le nom des personnages, les commerçants se prénomment Sigmund et Carl Gustave, et une société s'intitule toute modestie Marx & Hengels.
   
   En plus de l'intrigue policière qui est très bien menée, l'auteur nous fait découvrir l'histoire et la spécificité de ce quartier parisien, avec là comme ailleurs un changement au fil des années de 1920, avec l'arrivée des premiers soldeurs venus de Salonique et de Smyrne à l'époque actuelle, où le Sentier est devenu l'un des plus gros marchés de vêtements d'Europe. Une évocation nostalgique d'une époque révolue.
   
   
   Extraits:
   
   - Elle était jeune, belle, et morte.
   
   - Le rôle du soldeur dans le Sentier est très proche du rôle du vautour. Avec, toutefois une différence: le vautour a parfois un regard humain tandis que le soldeur, lui, n'a qu'un regard de soldeur.
   
   - Un vêtement capable de résister à tous les efforts du stade, du stade oral au stade du phantasme. Phantasme avec un Ph et non fantasme avec F.
   
   - Un petit tour rue Blondel, dix minutes avec Vénus, entre deux collections, permet de mieux supporter le corset de l'apparente austérité des mœurs provinciales.
   
   - À l'entendre, ce ne fut qu'une faillite accidentelle; bien sûr, il goûtait fort les week-ends dans les casinos, bien sûr, il adorait les chevaux, évidemment qu'il aimait les femmes; il était normal, non? Aussi normal que sa faillite.
   
   - Tout au récit de Pedro, elle superposa dans son esprit d'enfant l'homme qui descendait de la voiture et l'image du héros chevaleresque baptisé Chevalier noir. Le réel bascula et devint fiction.
   
   - Il le condamna à mourir de faim.
   Il y eut quatre jours.
   Il y eut quatre nuits.
   Ne s'en rend pas compte. Il n'avait plus la notion du temps.
   
   - Bien sûr, il existe des histoires d'amour dans le Sentier, mais....
   
   - Elle découvrit les HLM de Montreuil, les pavillons de Vanves, les taudis de la Goutte-d'Or.
   
   - Une des choses étonnantes, parmi d'autres, dans ce quartier, reste l'énorme sens de l'humain et donc de l'humour dont font preuve ses habitants.
   
   - N'oubliez pas qu'il ne s'agit que de Radio-chiffons et qu'il faut prendre avec beaucoup de précautions les bruits qui courent.
   

   Grand Prix de la littérature policière 1979.

critique par Eireann Yvon




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