Lecture / Ecriture
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Avant le silence des forêts de Lilyane Beauquel

Lilyane Beauquel
  Avant le silence des forêts

Avant le silence des forêts - Lilyane Beauquel

Grand et beau
Note :

   Rentrée littéraire 2011
   
   
   Présentation de l'éditeur :
   
   "Quatre jeunes Allemands de vingt ans partent découvrir le monde, portés par le train de l’histoire : Otto, un peu pitre, Simon, déjà poète, Heinrich, photographe, et Nathan, musicien virtuose. Quand ils quittent le bourg bavarois où ils ont grandi, leurs désirs affleurent à peine et ils ne connaissent de la vie que cette belle amitié. À leur arrivée, ils comprennent vite vers quoi on les a envoyés. Nous sommes en 1915, en Lorraine.
   Après les charges terrifiantes en première ligne, il faut relever la tête et rester soi. Simon, d’une voix douce, consigne dans ses carnets la chronique de leur accommodement à la catastrophe, laissant dans l’ombre les stratégies et les dates. Les quatre amis tricotent peu à peu un univers préservé, une musique continue et tenace. Au détour d’un boyau, chacun rêve à ce qu’il a laissé là-bas."

   
   
   C’est un beau roman dont il m’est difficile de parler.
   Pourquoi? Parce que je ne le ressens pas comme un récit mais comme un texte poétique magnifiquement écrit.
   Je ne l’ai pas lu d’un bout à l’autre ni même entièrement non plus bien que je sois allée jusqu’aux dernières pages.
   Je ne l’ai pas seulement parcouru, mais je l’ai savouré, dégusté, voire même dévoré par moments tant les pages sont belles. Toutes, sans exception. Seulement, je n’ai pas pu en lire trop à la fois et j’ai gardé longtemps ce livre auprès de moi, non par ennui mais par plaisir. J’en lisais quelques passages puis le reposais tant étaient fortes l’émotion et l’admiration provoquées par cette lecture. Après il me fallait un temps de silence, de méditation, m’imaginer les moments évoqués dans la réalité vécue non plus par les personnages mais par toute cette génération, allemande ou française, de ces années-là, une génération perdue.
   
   C’est un livre à tenir près de soi, à lire et à relire. Un livre de textes précieux, ciselés dans une belle langue classique, forte mais simple, fière et pourtant attendrie.
   
   Les soldats sont jeunes et pleins de vie, d’espoir, d’enthousiasme et de naïveté aussi, des deux côtés, peu importe, c’est pareil.
   
   Ils savent vite que leur jeunesse se passera là, coincée dans ces boyaux boueux, avec pour seule perspective la mort en face mais il faut vivre et occuper le temps qui passe «Avant le silence des forêts»
   Alors, rêver, écrire, crier et rire, en attendant.
   
    «Champagne:
   De tels prodiges pourraient nous rendre fous: voilà que nous buvons du champagne. Heinrich l’a volé à une maison du bourg, elle bâillait par toutes ses portes, et, dans la nuit, ses lucarnes avaient un regard de louve.
   (…) Nous mettons beaucoup d’amitié à tirer sur nos pipes et le champagne circule avec les scintillements des nuits de Noël, il nous en faudrait beaucoup pour renoncer à téter ces bouteilles, à les faire chanter comme flûtes taillées rien que pour nous! Nous gardons cette volonté d’être très gais.»
   
   «Le grand rire, il nous reste cela, le grand rire.»
   «Dormir puis mourir.»
   «Chacun est à sa folie.»
   «Notre vérité, c’est d’être ici, malgré toutes nos différences, ceux qui y croient, ceux qui n’y croient pas.»

   
   C’est grand et c’est beau! Il faut juste le lire.

critique par Mango




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