Lecture / Ecriture
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A la pointe de l'épée de Ellen Kushner

Ellen Kushner
  A la pointe de l'épée

A la pointe de l'épée - Ellen Kushner

Fantasy
Note :

   (Où, pour une fois, je recopie la quatrième de couverture, car je ne suis que paresse et langueur.)
   "Richard Saint-Vière est le plus fameux des tueurs des Bords-d'Eau (bon, ce n'est pas un tueur selon la définition courante), le quartier des pickpockets et des prostituées. Aussi brillant qu'impitoyable (c'est surtout qu'il aime exceller, l'adjectif est mal choisi), ce dandy scandaleux (bof, il est bisexuel mais dans cette société il est loin d'être le seul) gagne sa vie comme mercenaire en vendant ses talents de bretteur au plus offrant, sans trop se soucier de morale (il ne vend pas ses talents au plus offrant mais à celui qui lui propose le plus beau défi, il ne fait pas les mariages, les femmes et les duels au premier sang, il n'aime pas non plus les cibles faciles). Mais tout va se compliquer lorsque, pour de mystérieuses raisons (pas si mystérieuses que ça pour le lecteur avisé), certains nobles de la Cité décident de se disputer ses services exclusifs; Saint-Vière va alors se retrouver au cœur d'un inextricable (n'exagérons rien) dédale d'intrigues politiques et romanesques (sentimentales aurait été mieux choisi) qui pourraient bien finir par lui coûter la vie (ce dont il n'a cure)...
    
   
   On pourrait croire en lisant mes parenthèses, happy few de mon cœur d'angélique, que je n'ai pas apprécié ce roman, mais mes sarcasmes ne s'adressent qu'à celui ou celle qui a rédigé cette quatrième de couverture et en aucun cas à ce roman fort original et bien troussé qui m'a beaucoup plu: la preuve, alors qu'il était sur ma LAL* depuis presque trois ans, il n'a fait qu'un séjour de quelques heures dans ma PAL*, ce qui est quand même la marque d'une insigne faveur (et ce ne sont pas les romans qui y traînent depuis neuf ans qui vous diront le contraire).
   
   "A la pointe de l'épée", joliment sous-titré en français "Un mélodrame d'honneur", est un roman qui emprunte quelques codes aux romans de cape et d'épée mais les détourne avec indolence pour être au final un beau roman psychologique. Dans une société imaginaire assez fortement hiérarchisée où les nobles gouvernent avec mollesse du haut de la Colline des Bordiers qui ne semblent pas se soucier plus que ça de leur condition peu enviable, les bretteurs ont une place à part: engagés pour laver l'honneur de nobles qui ne savent pas se battre, ils sont soumis à un code strict qui fait d'eux des artistes et non des assassins. Dans ce monde où la politique semble n'intéresser pas même ceux qui sont censés en faire profession, les intrigues de couloir et les complots de cour se déroulent de manière relativement compliquée mais alanguie entre deux bals et le pauvre Saint-Vière se retrouve malgré lui au cœur d'une machination visant à défaire l'homme qui gouverne le Conseil des Lords. Mais Saint-Vière, s'il ne se soucie ni de politique ni de gloire, est un homme d'honneur qui ne se laisse pas manipuler. Personnage attachant et original, à la fois complexe et droit, Richard n'est pas le moindre intérêt de ce roman, qui, sous des dehors policés, met en scène des êtres humains gouvernés par des passions pas forcément avouables qu'ils dissimulent sous leurs manchettes en dentelle et leurs sourires courtois. Si on ajoute à cela un style ciselé, on obtient une œuvre des plus intéressantes.
   
   
   * Liste à lire – Pile à lire
   
   Titre original : Swordspoint
    ↓

critique par Fashion




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Manque de panache !
Note :

    Il y a quelques temps déjà que j'avais envie de lire "Thomas le Rimeur" du même écrivain (mais ma bibliothèque municipale ne l'a pas en rayon...) aussi ai-je opté pour un titre différent. D'abord pour faire connaissance avec l'auteur, ensuite car la couverture est très belle (bravo Alain Brion - c'est l'illustrateur), et puis à cause de cette petite phrase de présentation "À la pointe de l’épée rend un hommage savoureux au roman d’aventures mâtiné de mélodrame, aux grands récits de cape et d’épée tels le Prisonnier de Zenda d’Anthony Hope et ceux d’Alexandre Dumas. C’est aussi une œuvre forte, profondément dérangeante, sur la nature de la réalité et la moralité de la violence." O ciel, Dumas et Hope en guise de référence, quel bonheur, et en plus dans un roman de cape et d'épée fantasy! Hélas, je flottais très haut, portée par mon enthousiasme, la chute fut d'autant plus rude...
   
   D'abord, pourquoi avoir classé ce roman en catégorie SF/fantasy? Il n'en possède aucun ingrédient, la seule astuce est d'avoir situé l'intrigue dans un pays imaginaire et à une époque indéterminée. Cela aurait pu être le Londres crapuleux du XVIIème siècle par exemple...
   Evidemment c'est un "cape et d'épée" puisque la plupart des protagonistes portent des épées en guise de décoration (la noblesse), tandis que d'autres embrochent à tout va (la plèbe, les bretteurs quoi...). Certains portent des capes, c'est vrai. Et à part ça? Je dirai que c'est le seul point commun avec les œuvres de Dumas ou Hope.
   Les personnages sont très caricaturaux : les nobles, caractérisés par cette morgue nonchalante, sont retors, lascifs et langoureux, richement habillés, toujours à comploter et intriguer. Ils habitent là-haut sur la colline. Les autres, la plèbe, les bretteurs, les voleurs et prostituées habitent en bas (logique) aux Bords d'Eau. Les uns ont besoin des autres, un certain équilibre règne entre ces deux classes. On y circule à pied ou en carrosse selon sa condition.
   
   Vient ensuite la présentation du protagoniste principal, le plus redouté des bretteurs, Richard Saint-Vière, qui, entre exercices d'assouplissement et duels sur commande, vit une histoire d'amour tordue avec son jeune amant, Alec. Ce dernier est aussi caricatural dans son genre : l'étudiant fauché aux cheveux longs (dont on subodore très vite que bien qu'il vive dans les bas-fonds, il est d'illustre naissance) tourmenté, suicidaire, capricieux... un rebelle quoi. Saint-Vière loue ses talents aux nobles désireux de vider leurs querelles ou de compromettre un de leurs pairs.
   Autour du couple infernal, une galerie de personnages à peine esquissés, les habituels portraits de prostituées et pickpockets.
   Retour à la noblesse, celle qui intrigue à qui mieux mieux. Ah la belle duchesse Tremontaine, le perfide Lord Ferris, le sage Lord Halliday, l'écervelé et galant Godwin, et le sot mais sensuel Horn... Aucun pour rattraper l'autre! Ils sont là pour jouer leur rôle, mais ne possèdent aucune réelle profondeur.
   Oui, oui, il y a bien des intrigues à la fois amoureuses et politiques, la vieille rengaine du sexe et du pouvoir, mais le tout est assez confus et l'intrigue principale est tout de même très mince. Tout repose sur Saint-Vière qui doit décider s'il doit donner suite ou non à certaines missions bien rétribuées mais un peu délicates, sans compter une vengeance personnelle.
   Les dialogues en particulier m'ont parus très plats. Mais le texte est soigné même si de petites maladresses (vocabulaire et tournures de phrases) m'ont parfois gênée (dues à la traduction peut-être?).
   
   Alors que dire? Le roman laisse un sentiment d'inachevé, un peu comme si l'auteur avait voulu se faire la main avec son premier cape et d'épée. La lecture n'en est pas ennuyeuse à ce point (quoique...) mais j'ai suivi les quelques péripéties avec indifférence (d'autant plus qu'aucun des personnages ne m'a été sympathique). Je dis "quelques" car le roman met très longtemps à atteindre sa vitesse de croisière; En fait, j'ai commencé à apprécier réellement ma lecture à la page 309!!! Je suis certaine que ce livre va plaire au plus grand nombre, mais avec moi, la magie n'a pas opéré, tant pis. En fait ça manque totalement de panache!
   
   Je reconnais bien volontiers que je suis très exigeante avec certains genres littéraires, le cape et d'épée entre autres. A ceux qui veulent s'y frotter, sans passer par les grands classiques, je conseille d'aller lire le très bon ""Maître d'escrime" d'Arturo Perez-Reverte ou mieux, la série des "Alatriste".

critique par Folfaerie




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