Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Les vacances d'un serial Killer de Nadine Monfils

Nadine Monfils
  Les vacances d'un serial Killer
  La vieille qui voulait tuer le bon Dieu

Les vacances d'un serial Killer - Nadine Monfils

Les animaux non, mais...
Note :

   "Rien que lui et les méduses. Ces bestioles, ça pique, mais au moins ça ne cause pas."
   
   Veules, velléitaires et vachement humains, tels sont les membres de la famille Destrooper que nous allons suivre en villégiature sur les bords de la Mer du Nord à Blankenberge, en Belgique. Dès le départ les catastrophes s'enchaînent et ils ont tôt fait de perdre en route leur porte-feuille et la grand-mère, "vieille carne" increvable. Mais la mamie n'a rien d'une chiffe molle et elle va bientôt entraîner toute sa petite famille dans une spirale de violence désinhibée et folledingue. Nous sommes ici à la croisée des Bidochon et des Simpson dans une farce qui flirte avec le grand guignol (une main gêne pour fermer un couvercle, adieu la main!). On aime ou on déteste, pas de demi-mesure!
   
   Sur des airs d'Annie Cordy, Nadine Monfils nous entraîne dans une cavalcade effrénée, croquant le détail qui tue (les chaussettes blanches, soigneusement remontées) mais peignant aussi, entre deux enterrements dans le sable, une Mer du Nord pleine de poésie. On sent la jubilation de cette écriture qui s'emballe et on sort de là un peu étourdi mais ravi!
   
   236 pages où aucun animal n'a été maltraité...
   ↓

critique par Cathulu




* * *



Tout n'est pas rose chez les flamands!
Note :

   Ce sont les vacances, alors la famille Destropper est sur le pied de guerre, direction la pension les "Mouettes rieuses" à Blankenberge... le père, la mère le fils, la fille et la grand-mère maternelle... fouette cocher, à nous la mer, les embruns, l'iode, le farniente etc. pour le soleil rien n'est sûr... les miracles ne sont plus monnaie courante outre-Quiévrain! Le voyage se passe très mal, bien évidement, Josette (la maman) se fait voler son sac à main, mémé Cornemuse, qui voyage dans sa propre caravane, est perdue en route. Et ce qui semblait être un coin de paradis sur la mer du nord ressemble plus à une cabane désaffectée, reste de la guerre de 14/18, perdue au milieu d’une décharge sauvage bordée de dunes cachant la mer...
   
   Et rien ne va s'arranger : la famille file un mauvais coton, Fonske ébrèche son contrat de mariage, Josette s'en rend compte, Mémé multiplie les aventures et les enfants font toutes les bêtises possibles et imaginables et à cet âge-là l'imagination est à son zénith...
   
   Celle de Nadine Monfils également qui s'en donne à cœur joie pour notre grand plaisir... même si le trait est un peu forcé parfois, une lecture très agréable, un bon moment de détente. On passe d'une péripétie à une autre, d'autres trépassent au gré de ces mêmes péripéties... , d’autres tuent le commerce et l’artisanat en faisant des passes à l’œil... etc.
   
   Prenez une famille qui mérite haut la main son triple B : Belge, Bruxelloise et beaufs!
   Attention c'est du haut de gamme, patronyme "Destrooper", version de Destroye à la Gueuze Lambic , le père Alfonse (Fonske pour les intimes, et on va le devenir intime!) qui gagne (bien une fois) sa vie en fabriquant des boulettes de viande sauce lapin! Sa passion sa voiture, attention pas n’importe quel tas de ferraille posé sur quatre roues! Que nenni! Fonske est un adepte du "Tuning" pratique qui consiste à dépenser une fortune pour rendre sa voiture encore plus laide qu'elle ne l'est! Madame, Josette de son petit nom, voudrait bien avoir l'air, mais n'a pas l'air du tout, elle fait tout pour en avoir l'air sans avoir l'air d'y toucher! Faut vous dire Monsieur que chez ces gens là! Sa dernière lubie : un chapeau monstrueux qui doit soi-disant faire venir le soleil! Les enfants (car hélas il y a des enfants... Steven... et Lourdes, avec un prénom pareil, pas sûr de devenir une sainte nitouche. Signe particulier : ils filment tout ce qui bouge et sont les dignes rejetons de leurs géniteurs! Madame a encore sa maman dite Mémé Cornemuse qui accompagne le reste du clan en vacances, mais dans sa caravane! Mémé, elle, mérite son triple B, mais ses catégories, ce sont Baise, Bibine et Bagout... douée la petite dame, dans son sillage les cadavres se ramassent à la pelle... et les amants dans sa couche... Biloute, lui, c'est un bon gars... ok, il tue plus souvent qu'à son tour, mais c'est jamais de sa faute et il aime tant rendre service... c'est vrai il a exterminé tous les petits commerçants de son village, mais ils avaient tous manqué de respect à sa tante Mirza.
   
   On va croiser (chassé-croisé, c'est les vacances) un échappé de prison, la grosse Gigi un peu dragueuse, Carmella une prostituée qui travaille gracieusement, le personnel d'un hôtel de haut-vol, bref, les jolies colonies de vacances dans le Plat Pays.
   
   Sérieux s'abstenir, accros du polar classique, relisez Simenon, pour les autres, faites-en comme moi une sorte de récréation littéraire, le livre qui fait sourire et même parfois rire, ce qui par les temps qui courent est malgré tout une grande performance!
   Un petit défaut malgré tout... la bande son (la playliste comme on dit maintenant )... Annie Cordy et Sheila... pas réellement mes musiques préférées!
   
   
   Extraits :
   
   - Le père, lui, préfère les chansons à texte de Sheila. Il possède tous ses disques. L'ancienne nénette à couettes et à jupe vichy le fait bander depuis des lustres.
   
   - Ça me fait que j'ai l'impression de partir avec des gogols. Toi avec ton manteau noir sur ta permanente, les deux mouflets avec un casque et des pompons sur les écoutilles! Sans parler de la vieille dans sa Casbah à roulettes.
   
   - Ils roulent. Le paysage défile. Plat pays, morne plaine. La Flandre est devenue triste avec ses Flamingants qui lui ont écrasé le cœur à coup de bottes de S.S. Ici, tu demandes ton chemin en français, et on ne te répond pas. Tout juste si on ne te fusille pas!
   
   - Hé, t'as vu, Lourdes, on dirait la maison du psychopathe dans Psychose. Ça craint.
   
   - Oh, là-bas! On dirait un phare breton! s'écrie-t-elle, toujours à la fenêtre.
   À la mer du Nord ça me paraît peu probable...
   
   - Tu n'as qu'à m'appeler Biloute.
   C'est con comme prénom!
   Tu préfères Roger?
   
   - Et tant pis s'il coule. Vaut mieux faire naufrage avec Leonardo que de rester le cul sur le sable avec un péquenot.
   
   - Il y a un Bon Dieu pour les tueurs...
   
   - Ensuite, le vieux est passé à la casserole. Oh, rien de bien terrible. Pas de quoi faire un péplum. À cet âge on ne redresse plus le mat, on se contente de secouer le drapeau.
   
   - Tu m'étonnes que le pays part en vrille, fait le patron. Déjà que la mer du Nord va être nationalisée. Paraît que le sable sera aux Wallons et la mer aux Flamands.
   

critique par Eireann Yvon




* * *



« Un infini terrain vague »
Note :

   Les Destrooper, caricatures de beaufs belges, partent en vacances avec deux ados qui filment tout ce qu’ils voient et la mémé déjantée dans sa caravane délirante de diseuse de bonne aventure.
   
   Bien sûr le voyage rocambolesque et l’installation dans la pension de famille, auberge miteuse au bord de la mer du nord annoncent la couleur de ce roman noir sur les paumés de la vie, les laissés pour compte dont la méchanceté n’est pas gratuite et sert souvent d’alibi à leur survie qu’elle soit amoureuse ou financière. C’est donc sous ces cieux inhospitaliers que les Destroopers vont vivre des aventures qui vont à jamais changer leurs vies et les points de vue que chacun avait des autres car, comme il est dit dans ce sensible chapitre 53 :
   "Parce que la vraie obscénité n’est pas dans le vocabulaire. Elle est dans la violence gratuite. Dans ces trous-du-cul qui nous font gober n’importe quoi pour s’en mettre plein les poches."
   

    Alphonse Destrooper n’est au fond qu’un pauvre bougre qui prend conscience que son mariage devient un échec dès lors que sa femme est "devenue sa bonne". Les jeunes ados "glandeurs" prouvent qu’on peut réussir avec un peu d’astuce et de jugeote, que les "glandeurs ne sont pas toujours des perdants". Quant à la mémé déjanté qui s’envoie en l’air avec tout ce qui bouge devant sa caravane ne se laisse pas démonter par ses rêves inaboutis et va toujours jusqu’au bout de ses idées. Le "serial killer" dont il est question dans le titre en devient son esclave et il est presque touchant dans son rôle de justicier présent et passé.
   
    Bref, l’ensemble se lit agréablement, l’histoire est efficace bien que la philosophie soit un peu naïve parfois, on note de bonnes références de l’auteur à la chanson française qui doit beaucoup à nos amis belges (Annie Cordy, à qui le livre est dédié, Brel). Chaque clin d’œil est bienvenu et fait aussi les délices de cette lecture. En exergue, cette phrase tirée de la célèbre chanson de Philippe Katerine : "Non, mais laissez-moi manger ma banane, tout nu sur la plage." Que ce soit pour le "serial killer" ou pour Alphonse, ces vacances ne les laisseront pas tranquilles.
   
    Un bon policier avec juste ce qu’il faut de misère et de drôlerie.

critique par Mouton Noir




* * *