Lecture / Ecriture
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Liberté sous condition de Jim Thompson

Jim Thompson
  1275 âmes
  Le démon dans ma peau
  Rage noire
  Nuit de fureur
  Liberté sous condition
  Le lien Conjugal
  Le criminel
  Ici et maintenant
  Des cliques et des cloaques
  Avant l’orage
  Cent mètres de silence
  Un meurtre et rien d'autre
  Pottsville, 1280 habitants

Jim Thompson est un auteur américain de romans policiers, né en 1906 dans l'Oklahoma et mort en 1977.

Liberté sous condition - Jim Thompson

Corruption & Co
Note :

   Revisiter Jim Thompson est aussi une sorte d'obligation morale et littéraire. J'ai toujours été un adepte de cet auteur bien que je concède aisément que tout n'est pas excellent dans son œuvre. Ce roman date de 1953, mais rassurez-vous, je ne l'ai pas lu à sa sortie! Ou alors je ne m'en souvenais plus.
   
   A noter également que ce livre porte le numéro 1 de la collection Rivages/Noir.
   
   Lorsqu'à la suite d'un échange de courrier avec le Docteur Ronald Luther, celui-ci accepte de l'embaucher et d'aider à sa mise en liberté après quinze ans d'internement, Patrick Cosgrove est prêt à pas mal de sacrifices; la prison de Sanstone est plus un asile de fous avec à sa tête un directeur sadique qu'un lieu de plaisir. Cosgrove est logé, habillé de neuf. Madame Cosgrove est prête à lui rappeler ce qu'est une femme, malgré la réprobation évidente de Monsieur! La secrétaire de Luther, Madeline, n'a pas les mêmes obstacles maritaux, mais la liberté n'est que provisoire pour l'ancien détenu. Madame Myrtles Briscoe, son juge de tutelle, élue locale depuis plus de trente ans et réputée incorruptible se charge de lui rafraichir la mémoire; en effet le docteur Luther, psychologue sans cabinet car interdit d'exercer n'est pas spécialement un philanthrope!
   
   Car la bonne ville de Capital City, la bien nommée, se prépare à voter et la situation n'est pas des plus brillantes, la classe politique est corrompue, l’environnement est un vœu pieux relégué au fin fond d'un lac pollué et les services municipaux sont une immense gabegie onéreuse, embauchant au piston et pour des emplois fictifs...
   
   Et Fanning Arnholt le leader de "La Phalange Nationale" d'un parti ultra-patriotique et subversif, doit faire quelques meetings dans l'état dont un dans la ville...
   
   Patrick Cosgrove, brave garçon, victime d'un concours de circonstance peu banal et complètement fortuit a pour cela purgé des années de prison. Son casier lui fermant bien des portes, il accepte la seule proposition qui lui est faite! Mais est-ce bien raisonnable et n'est-elle pas trop belle pour être honnête! Et toutes ces femmes qui se jettent à son cou sont belles, mais pour l' honnêteté, on n'est sûr de rien!? Vaste question! Et tous ces personnages sont-ils réellement ce qu'ils prétendent être?
   Docteur Ronald Luther , Lila son épouse, mademoiselle Madeline Flournoy, un avocat Hardesty, un sénateur Burkman, Fish le directeur de la prison de Sandstone, un détective privé un peu maitre chanteur assassiné, une belle galerie de gens corrompus vénérant le billet vert et n'étant pas trop regardants sur les moyens de s'en procurer! Madame Myrtles Briscoe, du bureau de l'application des peines, est une des rares personnes sympathiques et correctes de ce roman, il en fallait bien une!
   
   Une trame assez classique pour un bon roman, pas un grand Jim Thompson, bien loin de la noirceur de "1275 âmes" ou de "Rage noire", avec une fin très morale et un peu surprenante. Ce livre est une peinture assez féroce des mœurs politiques américaines, avec son lot de magouilles en tous genres qui préfigure, avec le personnage d'Arnholt, la montée d'une droite conservatrice dans ce pays.
   
   
   Extraits :
   
   - Ce n'était pas une prison. C'était une asile d'aliénés dont le directeur, et non les pensionnaires, était fou à lier.
   
   - Le gouverneur, qui n'est en fonction que pour se mettre un maximum dans les poches, incarne autre chose.
   
   - Il y avait certes de belles demeures: plusieurs, entourées de leurs vastes pelouses soigneusement entretenues occupaient chacune un bloc entier. Mais elles renforçaient plutôt qu'elles n'atténuaient ce tableau général de délabrement et de misère.
   
   - Cela faisait trente ans qu'elle avait été élue et réélue à son poste dans une région où les politiciens ne faisaient pas long feu, et elle était demeurée honnête.
   
   - Qui bâtira des brûlots potentiels à l'intention des vieillards sans défense? Qui confierait à un maniaque la garde de deux mille prisonniers pour qu'il puisse les faire crever de faim, les torturer, mais oui, et les tuer?
   
   - Ils ne se méfient plus quand ils sont avec elle, et ensuite ils se rendent compte qu'elle est loin d'être aussi écervelée qu'elle en a l'air. Elle...
   
   - Quand Arnholt et sa Phalange disent quelque chose, nous autres, pauvres mortels nous sentons obligés d'obéir au doigt et à l’œil.
   
   - Je voyais bien que je commettais là une erreur dont l’ampleur ne devait m'apparaître que par la suite.
   
   - Si là-dessus je me trompais, alors je me trompais sur tout le reste. Et c'était peut-être le cas.
   
   

   Titre original : Recoil (1953).

critique par Eireann Yvon




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