Lecture / Ecriture
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Les Bûcherons de Roy Jacobsen

Roy Jacobsen
  Les Bûcherons

Né à Oslo en 1954, Roy Jacobsen fait ses débuts en littérature en 1982 récompensé par le Prix Tarjei Vesaas de la meilleure première œuvre littéraire. Il a également été récompensé par le prestigieux Prix de la Critique Norvégienne et deux de ses romans ont été nominés pour le Prix de Littérature du Conseil Nordique. (Source l’éditeur)

Les Bûcherons - Roy Jacobsen

C'est bon, mais c'est froid
Note :

   Une aventure au creux de l’hiver qui va rassembler des hommes de plusieurs pays, avec chacun un passé particulier, en pleine guerre entre la Finlande et l’URSS, des hommes que rien ne rapproche sauf l’envie de vivre, de survivre serait plus juste.
   
   Lorsque en décembre 1939 l’URSS fait main basse sur la Finlande profitant du Pacte Germano-Soviétique, les Finlandais décident d’appliquer la politique de la terre brûlée et incendient la ville avant de battre en retraite.
   
   Suomussalmi doit être évacué, mais un irréductible refuse de quitter la ville, Timmo bûcheron de son état et considéré comme simplet, comme l’idiot.
   Timmo organise sa résistance, il rassemble ce qu’il peut de vivres "un pot de saindoux, un seau de lait gelé et un sac de gros sel" . Il calfeutre portes et fenêtres, nettoie la maison où il a décidé de vivre, de fond en comble et croyez moi Timmo quand il se met à nettoyer il ne fait pas semblant. Tout rutile.
   Et puis bien sûr l’hiver redoutable en Finlande, est déjà là, donc Timmo va s’assurer une provision de bois, mais quand on est bûcheron c’est facile.
   
   La ville tombe aux mains de l’Armée Rouge et voilà Timmo embrigadé à son corps défendant par l’ennemi, dans un bataillon d’étrangers prisonniers, de déserteurs, de juifs: bref aux yeux des Russes la lie de la terre. Une équipe de bûcherons bons à tout faire, mal nourris, frappés, menacés, affamés.
   Travailler ça il sait faire Timmo mais le danger guette, vous pouvez en quelques minutes être devant un peloton d’exécution.
   Alors lui, le simplet, l’idiot, va suivre une stratégie simple: si j’aide et fais un peu confiance à mon prochain peut-être qu’ un jour à son tour il m’aidera.
   
   Lorsque l'armée les abandonne il leur faut survivre "Quand les bûcherons se sont réveillés, je leur ai donné la nourriture disponible, de la bouillie de gruau, de la confiture, du lard, un peu de pain."
   Une survie basée sur le travail, la ruse, le risque, le don gratuit, et par-dessus tout sur un amour fou de la liberté et de la confiance que l’on met dans l’autre "Plus tard on m'a également surnommé l'Espoir ou le Dernier Espoir, voire le Courage ou la Liberté: c'étaient les premiers mots de russe que la guerre m'a appris."
   
   Rien de moralisant dans ce roman, tous les bons sentiments sont couverts par la neige, toutes les émotions enfouies dans le brouillard, les gestes se perdent parfois dans la boue qui colle aux chaussures.
   
   Koutouzov avait fait le coup de l’hiver aux armées napoléoniennes, l’Armée Russe pourtant aguerrie va connaître l’enfer blanc de Finlande.
   
   Une belle histoire faite de laissés pour compte, d’un ramassis d’hommes violents, meurtris, qui vont petit à petit tisser une toile faite d’entre-aide et parfois même d’abnégation.
   
   J’ai lu avec plaisir ce récit qui se lit bien au chaud sous la couette.

critique par Dominique




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