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Oh, hippie days ! - Carnets américains 1966 /1969 de Alain Dister

Alain Dister
  Oh, hippie days ! - Carnets américains 1966 /1969

Oh, hippie days ! - Carnets américains 1966 /1969 - Alain Dister

Les fleurs se sont fanées
Note :

   Sans avoir l’impression de tomber dans le déjà lu, déjà vu etc... c'est malgré tout une époque qui m'a marqué... ô  temps heureux où j’étais jeune (enfin plus jeune que maintenant c'est sûr, ou moins vieux si l'on est optimiste ou pas!) mais certainement plus bête ou du moins plus naïf!!!!!!!!
   
   Écrivain, photographe, peintre et dessinateur, Alain Dister fut durant des années un des plus célèbres chroniqueurs de la scène musicale pour le magazine Rock & Folk.
   
   Récits de trois ans, de 1966 à 1969, de voyages en terre américaine dans un premier temps à la manière des beatniks ou des hobos, ces travailleurs qui sillonnaient les États-Unis.
   
   Les voyages pour livrer les voitures d'hommes ou de femmes pressés qui eux prennent l'avion, de la côte est à la côte ouest des USA. Bon moyen de voyage le plus économique mais pas le plus reposant. En effet la moyenne était de 7 jours pour faire les 5000 kilomètres, pas toujours le temps ni les moyens financiers de s’arrêter.
   Les rencontres furent bien évidement très nombreuses, l'auteur ne garde que les bonnes mais certains moments d'auto-stop furent plus que tendus surtout de la part d'homosexuels pour le moins envahissants et parfois entreprenants.
   
   La photo est aussi un des éléments moteurs de découverte des gens, célèbres ou anonymes. Puis le bouillonnement de la musique californienne à la poursuite musicale des Beatles et des Rolling Stones, les Beach Boys en particulier et la génération des musiciens surfeurs. La guerre du Vietnam avec les problèmes d'incorporation pour de nombreux jeunes fuyant au Canada. La musique se radicalise avec les "Protest-song", Bob Dylan et Joan Baez par exemple.
   
   Avec le recul certaines chansons étaient superbes mais d'autres étaient un peu nunuches... les années ont heureusement fait le ménage.
   
   Les écrivains de la beat generation sont aussi présents dans ces textes, Alain Ginsberg est souvent cité, Bukowski, Ferlingetti le poète et sa célèbre librairie, Henry Miller et sa maison à Big-Sur. Sont également relatés la mort de Neal Cassady, ami de Jack Kerouac partenaire de "Sur la route", le début des émeutes raciales en Californie, bref ce qui était l'actualité du moment et qui fait maintenant partie de l'histoire contemporaine.
   
   Beaucoup de playlists : Grateful Dead et Frank Zappa sans oublier bien sûr Les Beatles et les Rolling Stones, Buffalo Springfield et la chanson "For What it's Forth" avec mon vieux compagnon de route Neil Young. Led Zeppling, ou un dernier souvenir Scott McKenzie et son seul et unique tube , "San Francisco" avec une face B, 45 tours oblige, pas mal du tout, mais dont je ne me rappelle plus le titre...
   Les gens connus sympathiques ou pas, dans la première catégorie Franck Zappa, dans la seconde entre autres, l'auteur n'est pas tendre avec Sonny and Cher!
   
   Tess incarne sûrement le mieux la fin des illusions du mouvement hippie, sexe et herbe pour marquer un sentiment de révolte, pour faire comme les autres, être dans l'air du temps. Puis hélas les fréquentations de plus en plus douteuses, le passage à l'acide et aux drogues dures et petit à petit la déchéance! Une vie gâchée et un rêve qui se transforme en cauchemar.
   
   L'autre face, derrière les fleurs et l'amour libre, les maladies sexuellement transmissibles, certains gourous bannissent le préservatif, beaucoup de très jeunes filles sont enceintes sans moyens car souvent fugueuses. Et la terrible progression des drogues dures; certains gangs et la mafia se sont vite rendus compte qu'il y avait de l'argent à se faire. Du joint à la piqûre, la route est pratiquement toujours sans retour! Et j'écoute toujours "The Needle and the Damage Done"... Je lis encore Kerouac, j'ai moi aussi laissé mes rêves derrière moi, je pense que nous avons, ma génération, eu pas mal d'illusions mais c'était une bonne chose, on croyait en un monde meilleur. Le problème est que celui que nous laissons est pire que celui que nous avons trouvé. Cherchez l'erreur! Les marchands du temple ont tout conquis.
   
   L'auteur au fil des pages envoie des sortes de lettres à des gens qu'il a appréciés, un dénommé Jimmy ou alors à Franck Zappa avec qui il semble avoir eu une relation privilégiée. Ou à Angela, Honey, Tess l'amour envolé. Et aussi Gerry, Liza, ou anonyme "Toi la fille de Santa Cruz"... de très beaux textes. En particulier l'élégie pour Régine, quelques lignes d'une grande mélancolie sur un amour disparu, morte d'une probable overdose; les héroïnes sont fatiguées, l'héroïne jamais... alors pourquoi et cette question l'auteur la pose à Régine: comment peut-on devenir junky connaissant à l'avance la sanction?
   
   Comme dans "Ringolevio" d'Emmett Grogan, la fin du texte est fortement désenchantée... et une lecture qui complète fort bien le texte de ce dernier, un des fondateurs des Diggers.
   En guise d'épitaphe :
   Et puis tout a foutu le camp. La magie s'est envolée. Plus rien n'a tenu.

   
   
   Extraits :
   
   - Vegas est un trip, mais c'est la fin du voyage. Pour les stars et les petits blancs de l'Amérique du juste milieu.
   
   - Tout cela est grotesque, et je n'ai déjà plus envie de faire des portraits de stars.
   
   - Comme il y a des chansons à boire, il existe des chansons à défonce, sur l'herbe, l'acide et tout ce qu'on trouve dans le caniveau de la 8e rue.....
   
   - Mais il faut continuer. Continuer à y croire. Faire comme si.
   
   - Et quoi? Aujourd'hui tu vois ces gens, les mêmes, grossir jusqu'à l'obésité, appeler leur avocat parce que le gosse d'à côté a laissé trainer son ballon sur leur pelouse, courir chez un psy parce qu'ils aiment trop baiser, voter, discrètement, pour les garants de l'ordre moral, et finalement accumuler des kits de survie par crainte des bugs informatiques... Dis-moi Jade, t'es pas devenue comme eux j'espère?
   
   - Réduire ses frasques au silence. Gommer l'image d'une Amérique qui, déjà faisait peur aux politiciens, aux marchands de canon, aux fauteurs de troubles, aux tenants de l'ordre moral.
   
   - J'apprends le protectionnisme, la xénophobie, sous le masque des belles attitudes hippies, cheveux longs et colliers de perles...
   
   - Déjà je me complais dans le versant sombre de la littérature beat... Est-il raisonnable d'afficher son pessimisme parmi les anges?
   
   - Le Haight Ashbury a entamé depuis un moment sa longues descente dans les drogues dures. Loin, très loin des idéaux de ses premiers résidents, il y a deux ans à peine...
   
   - Voilà donc le prix de la liberté? Quelle liberté? Oui, quelle liberté y-a-t-il à rendre les gens malheureux?

critique par Eireann Yvon




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