Lecture / Ecriture
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La faute de goût de Caroline Lunoir

Caroline Lunoir
  La faute de goût

La faute de goût - Caroline Lunoir

Description (gentiment) sensible
Note :

   Une piscine neuve dans une maison bourgeoise de famille sous la canicule d’été, c’est une mini-révolution. Point central et de discorde feutrée de ce court roman, cette irruption d’un oasis de fraicheur dans une région de chaleur remet (très calmement) en cause des années voire des siècles d’habitudes de vie.
   
   La maison est emplie de jeunes et vieux, et notre narratrice, d’une génération intermédiaire, est venue dans la maison familiale pour le 15 août. Cet endroit, c’est aussi et peut-être plus, le lieu de vie des gardiens, Antonio et Rosana et leur adolescent de fils Julien. La classe du dessous, appartenant à la famille sans en être vraiment. Les indispensables et dispensables.
   D’où la question: peuvent-ils se baigner dans la piscine?
   
   Interrogation qui dérange (un peu) le train-train nonchalant du regroupement familial. Attention, pas de crise de cris décrits, pas d’indignation violente de la vieille tante, pas de dictateur mâle pour prendre toute décision… Non, non, tout est discuté dans la bienséance bourgeoise. Mais sous la prétendue langueur estivale couve le feu de la lutte des classes. Quelques incursions d’intrigue au sein d’une description soignée.
   
   Celle d’un lieu : « Le soleil est timide mais c’est l’heure précieuse où le soleil dort encore. Seule ma grand-mère laisse fumer son thé dans la cuisine et enchante les couloirs de l’odeur des tartines. L’hiver, quand je me lève au petit matin, les champs sont enrhumés de brume. Hier, j’ai enterré ma soirée dans un policier truculent, une poire et une tisane.» P 31
   
   Celle de personnes : «Ma grand-tante sourit. Son petit fils est un coup de vent. Un Adonis dans notre gynécée. Il débarque après un coup de téléphone avec ses cheveux emmêlés de soleil, sa séduction nonchalante, ses projets insaisissables. Il sent la franche camaraderie, la courtoisie, les filles et les vacances.» P 52
   
   L’intrigue a la portion congrue dans ce récit. Ce qui se joue, c’est la peinture sensible d’un monde certainement familier de l’auteur. D’un lieu de rencontres et d’échanges, une sorte de société miniature regardée avec distance et tendresse par des yeux critiques et bienveillants. Le récit s’étire, parsemé de considérations souvent pertinentes et d’une réalité sociale qui dérange, au moins l’auteur des lignes. Ainsi, les retrouvailles avec les gardiens vécues comme moments privilégiés par la narratrice n’empêchent pas l’incompréhension de classes. Et la piscine est un révélateur, une bombe à retardement pouvant exploser à tout moment les conventions sous-jacentes et pas toujours dites d’une maison bourgeoise.
   « Je ne déroge à aucune règle et surtout pas à celle de la révolte conventionnelle de la jeunesse rangée. Je n’ai rien à arracher à la face du monde pour exister. Je n’ai jamais connu que l’aisance. Tout m’a été donné pour perpétuer ma classe. J’aime ma famille et j’en suis aimée.» P 41

   
   Une écriture agréable à la parure parfois trop littéraire. Cela au service d’une intrigue mince. Un point de vue sensible. Un livre gentil à défaut d’être passionnant.

critique par OB1




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