Lecture / Ecriture
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Cent ans de Herbjørg Wassmo

Herbjørg Wassmo
  Voyages
  Le livre de Dina
  La fugitive
  Un long chemin
  Mon péché n'appartient qu'à moi (Karna, t.1)
  La Véranda aveugle
  Cent ans
  La chambre silencieuse
  Ciel cruel
  Thesaurus (tome 2)

Herbjørg Wassmo est l’auteur d’une œuvre considérable, des livres pour enfants à l’écriture théâtrale en passant par la poésie. Œuvre inscrite aux programmes scolaires et universitaires, et qui, traduite en de nombreuses langues, connaît un succès populaire exceptionnel. Elle est, en Scandinavie, l’écrivain mondial le plus lu, et Dina a pris place aux côtés des grandes héroïnes de la littérature.(source l’éditeur)

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Cent ans - Herbjørg Wassmo

Portraits de femmes
Note :

    C’est moins l’envie d’obéir à la mode des récits nordiques que le plaisir de retrouver une vieille connaissance qui m’a fait lire "Cent ans". Herbjørg Wassmo est un écrivain très attachant, le "Livre de Dina" et "la Véranda aveugle" sont d’excellents souvenirs de lecture.
   La retrouver sur le deuxième versant de sa vie était une tentation à laquelle je n’ai pas résisté.
   Comme dans ses autres romans les femmes ici ont la part belle, et même plus que belle puisque quatre d’entre elles animent tout le récit. Quatre femmes qui dessinent l’arbre généalogique de l’auteur. Un arbre généalogique vrai ou parfois rêvé, mais qu’importe. Nous allons donc de sa mère à son arrière grand-mère, ou dans l’autre sens de 1860 à 1960.
   
   Quatre portraits de femmes et celui d’une région, un pays au nord du nord, une région dure, désolée, l’archipel des Lofoten, le Nordland objet de déconsidération par les Norvégiens du sud, dont on moque l’accent et le parler.
   
   Par ordre de préséance voyons d’abord Sara Susanne, dotée d’un beau tempérament elle épouse Johannes Krog, un peu par obligation, un peu aussi parce que, bien qu’atteint d’un fort bégaiement, il est capable de sensualité et Sara elle a "un appétit scandaleux"
   Avec elle vous vivrez la dure vie des femmes de pêcheurs, vous connaîtrez les jours de disette et ceux de pêche miraculeuse, les grossesses qui se succèdent, les bouches à nourrir. Mais sur cet archipel fouetté par les vents il y a des moments de pur bonheur comme ces séances de pose auprès du Pasteur parce que Sara sert de modèle à l’ange du retable de l’église des Lofoten "Elle rayonnait comme si Dieu en personne lui avait attribué le rôle de l’ange."
   Tenaillée par l’envie de prendre son envol elle va transformer à jamais les veillées de toute la famille, des voisins, des domestiques le jour où ouvrant un livre elle prend la parole."les mots trouvaient leur voie dans la pièce comme les ruisseaux d’un lac de montagne débordant. Et elle entra au coeur du sujet".
   
   Viendra ensuite Elida, fille de Sara, celle qui regimbe, qui se marie contre l’avis de sa mère, qui va voir aussi les enfants arriver plus vite que nécessaire et voir Frederik son amant, son époux, son ami, tomber malade. Frederik qui ne peut être soigner qu’à condition de partir à Kristiania la capitale.
   Elida va prendre la plus difficile des décision "Elle partirait avec lui pour Kristiana. Plus elle y pensait, plus l’idée lui plaisait. Car n’était ce pas ce dont elle avait toujours rêvé? S’évader"
   Vite on vend la vache, mais il n’est pas question d’emmener la trop nombreuse famille et certains des enfants devront rester, placés, abandonnés...
   
   Hjørdis la mère de l’auteur, celle qui placée à 2 ans ne fera connaissance avec sa famille qu’à 6 ans, ce qui ne l’empêche pas de revenir vers le Nordland de son enfance une fois adulte.
   
   Je vous laisse découvrir la dernière femme, Herbjørg et la naissance de son goût pour l’écriture grâce à ses petits carnets jaunes cachés sous le plancher de l’étable.
   
   Un vaste tableau brossé que ces quatre portraits de femmes. Découvrez leur soif de liberté, leur inquiétude devant les sacrifices à consentir, leur peur face à la violence qui souvent leur est faite.
   L’alternance entre les différentes histoires et les différentes époques rythme très heureusement le récit.
   
   J’ai retrouvé dans ce roman tout l’art d’ Herbjørg Wassmo qui peut donner chair et vie à ses personnages, qu’elle sait nous rendre très proches. Un roman attachant qui vous lie pour longtemps à ces quatre destins de femmes.
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critique par Dominique




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Le petit carnet jaune
Note :

   Cette grande dame des lettres norvégiennes est l’auteur de nombreuses sagas ( Le livre de Dina, L’héritage de Karna, La trilogie de Tora) et de nombreux romans dont le dernier traduit est “Cent ans” .
   
   De 1842 à 1942, année de sa naissance, la narratrice nous conte son histoire familiale à travers le destin de son arrière grand-mère Sara Suzanne, sa grand-mère Elina et sa mère Hjørdis. Dans cette Norvège du nord cloisonnée par ses nombreux fjords, la vie s’organise autour de deux activités, la ferme et la pêche. Le dur labeur, le froid, la faim sont tempérés par l’agitation des nombreux enfants qui jalonnent une vie. Malgré les mariages imposés, les maternités subies, les femmes maintiennent une cohésion familiale et sociale, conscientes qu’elles ne peuvent échapper à un destin façonné par la tradition et la configuration du pays. Elina sera la première à entrevoir une autre vie lorsqu’elle accompagne son mari malade à Christiana pour examens médicaux. Mais celle qui remonte le temps aux côtés de ses aïeules, porte elle-même un lourd secret qu’enfant, elle a confié à son petit carnet jaune, témoignage d’une autre souffrance subie. Comme si, de génération en génération, la douleur était le lot commun des femmes.
   
   Un moment de dépaysement grâce au talent de conteuse d’Herbjørg Wassmo.
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critique par Michelle




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Un beau roman, ample, émouvant
Note :

   Après avoir lu "Le livre de Dina" de Herbjorg Wassmo, j’ai eu envie de découvrir Cent ans.
   
   L’auteur y raconte l’histoire de sa famille, une saga qui s’intéresse aux femmes de quatre générations différentes et, en particulier, à son arrière grand mère Sara Suzanne, sa fille Elida et sa petite fille Hjordis qui est la mère de Herbjord. Cent ans : Sara Suzanne est née en 1842, Herbjord en 1942.
   
   Le portrait de Sara Suzanne par le pasteur-peintre Frits Jensen orne le retable de l’église Vagan de Kabelvag dans le Norland, dans les îles Lofoten. C’est à partir de l'ange de ce tableau que l’écrivaine laisse aller son imagination, ne s’interdisant pas la fiction puisqu’elle ne peut tout connaître des faits et des sentiments de ses aïeules.
   "Celui qui raconte une histoire choisit ce qui lui convient de raconter"
   

   Il s’agit donc bien d’une fiction bâtie sur la réalité, d’ailleurs Sara Suzanne n’est pas vraiment son ancêtre.
    "Dans ma jeunesse, en lisant une théorie métaphysique prétendant que l'on choisit ses parents, j'avais été saisie d'effroi. Maintenant, c'est juste ce que je fais. C'est à dire que je choisis mon arrière-grand mère maternelle."

   
    Le peintre et pasteur Frits Jensen a réellement existé et devient ici un personnage de roman.
   
   La narratrice est une petite fille dont on comprend tout de suite, sous les non-dits, qu’elle est victime d’un inceste et qui trouve dans l’écriture de ses cahiers un exutoire à son angoisse.
   La narration ne respecte pas l’ordre chronologique, un récit déconstruit, passant d’une époque à l’autre, qui peint un pays, le Norland, les îles Lofoten, et la vie rude de ses habitants qui vivent de la pêche et de l'agriculture. A son habitude, Wassmo brosse les portraits de femmes courageuses, au caractère affirmé; des femmes d’un milieu modeste, qui n’ont jamais eu le choix de conduire leur vie, ni pour leurs études, ni pour leur mariage et qui ont dû mettre sous éteignoir leurs aspirations les plus profondes. Le seul avenir de la femme à cette époque et dans cette région, outre mettre au monde une bonne dizaine d’enfants ou/et mourir en couches, est le travail et l’église.
   
   Quant aux hommes, leur vie n'est pas facile non plus : ils sont en mer et tirent leur subsistance de la pêche. On assiste, entre autres, à la pêche aux harengs dont dépend la fortune de Johannes, le mari de Sara-Suzanne, une scène magistralement décrite. Très belles aussi les séance de lecture que Sara Suzanne introduit dans la ferme, chacun, du domestique aux enfants et aux maîtres se recueillant pour l'entendre lire le livre de Bjornstjerne Bjornston "La fille de la poissonnière". Chacun se passionnant pour l'héroïne :
   "Dès le premier soir, tout le monde à Havnnes, se mit à parler de Petra, l'héroïne du livre. A croire qu'elle venait de débarquer pour fêter Noël avec eux."

   Un bref passage dans la capitale, Kristiana, avec Elida qui y amène son mari malade, nous montre avec quel dédain étaient accueillis ces Norvégiens du Nord considérés comme des"bouseux" et dont l'accent était sujet à moquerie.
   
   Et tout a long du récit, se fait entendre la petit voix sous-jacente, angoissante, de l’enfant qui écrit, qui écrit, qui écrit.. pour échapper à son bourreau sans pouvoir se confier à personne. La force de l’écrivaine est telle qu’elle n’a pas besoin de dire pour exprimer.
   
   Un beau roman, ample, émouvant, que j’ai beaucoup aimé, même si je dois dire que "Le livre de Dina" reste mon préféré. La raison en est la dimension presque surnaturelle du personnage de Dina, fascinante, passionnée jusqu’à la folie, inquiétante, cruelle et généreuse à l’excès, une femme, enfin, hors du commun et de la raison.

critique par Claudialucia




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