Lecture / Ecriture
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Journal 1973 - 1982 de Joyce Carol Oates

Joyce Carol Oates
  Un amour noir
  Johnny Blues
  Viol. Une histoire d’amour
  Les chutes
  La fille tatouée
  Je vous emmène
  Délicieuses pourritures
  Hantises
  Zombi
  Blonde
  Nous étions les Mulvaney
  Eux
  Fille noire, fille blanche
  La Fille du fossoyeur
  Reflets en eau trouble
  Mère disparue
  Folles Nuits
  Solstice
  Confessions d’un gang de filles
  Journal 1973 - 1982
  Vous ne me connaissez pas
  Les mystères de Winterthurn
  Les Femelles
  Petit oiseau du ciel
  Bellefleur
  Marya, une vie
  Le Musée du Dr Moses
  Mudwoman
  Le Mystérieux Mr Kidder
  Carthage
  Terres amères

Joyce Carol Oates est une poétesse et romancière américaine née le 16 juin 1938 à Lockport (État de New York).

Joyce Carol Oates a commencé à écrire dès l'âge de quatorze ans.

Elle enseigne la littérature à l'université de Princeton où elle vit avec son époux qui dirige une revue littéraire, la Ontario Review.

Depuis 1964, elle publie des romans, des essais, des nouvelles et de la poésie. Au total plus de soixante-dix titres. Elle a aussi écrit plusieurs romans policiers sous les pseudonymes de
Rosamond Smith et de Lauren Kelly. Elle s'intéresse aussi à la boxe.

Son roman "Blonde" inspiré de la vie de Marilyn Monroe est publié pratiquement dans le monde entier et lui a valu les éloges unanimes de la critique internationale. Elle a figuré deux fois parmi les finalistes du Prix Nobel de littérature."
(Wikipedia)

Journal 1973 - 1982 - Joyce Carol Oates

Une vie d'écrivain
Note :

    Très attirée par les journaux et correspondances j’ai eu très envie de lire celui-ci alors que je ne goûte que très peu les romans de Joyce Carol Oates, le billet très admiratif de Frédéric Ferney a fini de me convaincre.
   
   A l’origine un journal de 4000 pages, l’éditeur a fait une sélection et chaque année est introduite par un résumé des événements marquant pour JC Oates: changement d’université, changement d’éditeur, succès littéraires.
   
   Toutes les pages sont centrées sur l’écriture, son travail d’enseignante, les relations amicales et la vie quotidienne.
   
   On y voit une femme écrivain au travail, le plus souvent totalement absorbée par l’avancée de ses romans.
   
   Ecrivain prolifique, les romans s’enchaînent de façon vertigineuse et il est parfois question d’un «embouteillage de manuscrits».
   Elle a une capacité de travail énorme car entre les romans ou en même temps qu’elle y travaille, elle ajoute des nouvelles, des essais littéraires: Dostoievski, Kafka. Elle dit d’elle même «Je me sens assiégée par les mots»
   On découvre dans le journal un écrivain assez insensible aux critiques bonnes ou mauvaises mais lorsque les critiques deviennent très bonnes pour "Bellefleur" elle avoue «Une critique positive dans le Times est analogue à ...quoi ? Se voir annoncer qu’on n’a pas le cancer.»
   
    De nombreuses pages sont consacrées à ses lectures qui sont très éclectiques et dont elle parle sans langue de bois «Je soupçonne Rilke d’être largement surestimé» et sait défendre ce qu’elle aime «on perd fort peu de chose en ne lisant pas une critique de Whitman.. on perd la moitié de la terre en ne lisant pas Whitman.»
   
   Ses lectures sont souvent dictées par son travail d’enseignante qui lui donne l’occasion de relire avec plaisir «lisons-nous jamais deux fois le même livre? lisons-nous le même livre que celui que lisent les autres?»
   Au gré des pages on rencontre Virginia Woolf dont elle se sent proche, James, Joyce, Wilde, les sœurs Brontë. Elle parvient encore à assister à des soirées consacrées à écouter ou à lire de la poésie en public.
   
   C’est un bain littéraire permanent! Tous les gestes de la vie quotidienne sont l’occasion de méditer sur une nouvelle, sur un roman ou sur une lecture. Boulimique? sans doute et cette boulimie fait pendant à son anorexie «une forme maîtrisée et prolongée du suicide» dont elle parle avec une grande pudeur.
   
   J’ai été passionnée par les pages qu’elle consacre à sa vie d’enseignante. Son intérêt, je dirais son amour des étudiants transparaît, elle aime enseigner et préparer ses cours, corriger les travaux de ses étudiants «Une grande partie de mon inspiration me vient quand j’enseigne. J’aime l’interaction entre l’esprit des étudiants et le mien».
   
   La vie sociale prend une grande place et le journal est traversé par quelques unes des plus grandes figures de la vie littéraire américaine, il n’y a jamais une once de méchanceté dans ses écrits, même pour les auteurs qu’elle apprécie peu. Au gré des pages on rencontre Bernard Malamud «un homme complexe, intelligent qui parle avec douceur et bien» John Updike, Philip Roth «Séduisant, drôle, chaleureux, courtois: quelqu’un de parfaitement aimable» ou Susan Sontag.
   
    La musique occupe une grande place dans la vie de Joyce Carol Oates, elle passe des heures (où prend-elle ce temps?) à apprendre les sonates et préludes de Chopin, elle met la même énergie au piano que sur sa machine à écrire. Elle est excessive en tout, en musique comme dans l’écriture. «J’écoute les Préludes presque tous les jours depuis un bon moment, et je me verrais bien consacrer les vingt prochaines années à ces vingt quatre œuvres.»
   
   Elle garde beaucoup de discrétion sur sa vie de couple et est horrifiée par le dévoilement de la vie intime d’un écrivain, à propos d’Emily Dickinson et de ses lettres elle dit «l’exhumation systématique, impitoyable, de tous les secrets par les universitaires, les critiques et les voyeurs est épouvantable.»
   
   Aucune confidence intime mais quelques jolies pages sur son amour indéfectible pour son mari «Intelligence. Bonté. Patience», son admiration pour lui et son travail. Ses amis importent beaucoup et des pages émouvantes sont consacrés à certains d’entre eux.
   
    J’ai été touchée par la simplicité et la sincérité de ce journal,j'ai lu ces pages avec un grand intérêt mais surprise de l’absence totale de pages sur le monde et les événements politiques ou sociaux durant ces années.
   Cette absence accentue l’impression d’immersion totale dans la littérature et l’écriture. 
   
   C’est l’autoportrait vivant et attachant d’un écrivain nobélisable.

critique par Dominique




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