Lecture / Ecriture
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Le livre rouge de Meaghan Delahunt

Meaghan Delahunt
  Le livre rouge

Le livre rouge - Meaghan Delahunt

Croyez-vous au destin?
Note :

   Croyez-vous au destin?
   
   Croyez vous au destin? aux coïncidences? croyez vous que les humains sont les maillons d’une chaîne et que chaque maillon est indispensable à la chaîne?
   Ce sont les images qui me sont venues en lisant ce livre. Comme le disent les bouddhistes: tout est connecté, tout est lié.
   Parce qu’enfin qu’est-ce qui peut attacher une photographe australienne reconnue professionnellement à un enfant domestique dans une riche famille ou à un écossais hanté par la violence et poursuivi par le démon de l’alcool?
   Le destin, le destin qui prend la forme de la terrible catastrophe humaine et écologique, le nuage toxique de la sinistre usine d’Union Carbide qui détruisit Bhopal et fit des milliers de victimes en 1984.
   
   Françoise la photographe vient à Bhopal pour participer avec d’autres artistes à la réalisation d’un monument à la mémoire des victimes, cette participation lui tient à cœur car c’est la photo terrible d’un enfant de Bhopal qui a décidé de sa vocation"parfois on voit une image qui vous montre votre avenir, qui vous met sur votre voie."
   Arkay notre écossais fait des efforts "J’ai acheté deux livres du Dalaï Lama, je me suis assis sur le balcon dominant la vallée, un livre ouvert sur les genoux; une douzaine de bouteilles sous ma chaise" et espère trouver son salut dans le bouddhisme.
   
   Naga lui, soigne sa sœur "Depuis la nuit de la catastrophe, les sensations dans ses mains et ses pieds hésitent entre picotements et engourdissement total" ,c’est une des victimes du gaz toxique qui "chaque fois que le vent soulève le rideau, revit cette nuit là"
   
   Il faut à Meaghan Delahunt bien du talent et une profonde chaleur humaine pour faire avancer ces personnages les uns vers les autres sans que cela n’apparaisse jamais comme artificiel. Elle nous fait voyager de Delhi au Rajasthan, d’ Ecosse jusqu’au Tibet.
   
   Les liens vont se tisser peu à peu, à travers une Inde particulièrement bien évoquée, riche d’images et de couleurs. Mais le voyage est aussi un voyage dans le temps, car les liens entre les personnages forment un réseau qui couvre plusieurs années.
   
   L’auteur parvient à retracer l’histoire de cette catastrophe sans jamais se livrer à un long plaidoyer, sans aucun voyeurisme, mais toujours en nous plaçant au centre de l’événement, là où se situe la responsabilité de tous. Elle trace avec une écriture ample et simple à la fois, le parcours d’une recherche spirituelle, la quête d’une sagesse.
   
   Un beau livre dont je ne livre pas plus car c’est au lecteur à tisser son réseau, à se sentir maillon de la chaîne.
    ↓

critique par Dominique




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Vingt ans après
Note :

   "C'est en Inde que j'ai tout laissé tomber. Tout ce que j'avais vécu jusque là se désintégrait. On lit des choses sur le sujet, comment des gens sombrent ou se retrouvent - ou se perdent, plutôt - et on n'y croit pas vraiment, jusqu'à ce que çà vous arrive."
   
   Il y a des livres que vous refermez en sachant que vous les avez aimés, mais qu'il n'en restera pas grand chose. Et puis il y en a d'autres dont vous êtes sûre qu'ils laisseront des traces durables. "le livre rouge" entre dans cette catégorie, c'est un roman splendide, SPLEN-DI-DE.
   
   Nous suivons trois personnages dont les destins vont se croiser à Bhopal en Inde, cette ville de sinistre mémoire où tant de gens sont morts, meurent encore, victimes du cynisme d'une entreprise occidentale.
   
   Françoise, photographe australienne, arrive à New-Delhi où elle a obtenu des fonds dans le cadre d'une recherche sur les suites du drame. Sa vocation de photographe s'est imposée quand elle était encore jeune devant le cliché d'un enfant victime de la Carbide. Au fond, elle sait peu de choses de l'Inde et sa vision d'occidentale va être profondément bousculée.
   
   Arkay, Ecossais, a fui très jeune sa famille et un village étouffant, étriqué, où il sait qu'il n'a aucun avenir. Après avoir bourlingué dans différents endroits, lui aussi a échoué en Inde où il essaie de lutter contre ses démons, et le premier de tous l'alcool.
   
   Et enfin Naga, l'enfant domestique de New Dehli, réfugié du Tibet, dont toute la famille réside à Bhopal non loin de l'usine meurtrière, le seul des trois à être directement touché.
   
   Il y a une alchimie extrêmement réussie entre l'aspect romanesque de l'histoire et le problème lié à Bhopal. Dès les premières pages je me suis retrouvée embarquée, captivée par ce pays, si difficile à appréhender pour des étrangers. Les couleurs sont là, le bruits, les odeurs, le grouillement de la population, le drame, mais aussi la joie, la spiritualité n'est jamais loin et toujours, toujours, la manière dont le poison occidental a affecté et affecte encore les habitants de Bhopal.
   
   "Ici, c'est très beau. - Ses yeux fatigués ont balayé la pelouse et la piscine. Mais je vivais dans la vieille ville, au moment du gas kaand. Pas de téléphones. Seulement des bruits de pas comme des tambours pour donner l'alarme. Et le gaz est resté au-dessus des lacs pendant des jours, peut-être dix, vingt jours. Le gaz sortait des arbres et des plantes".
   
   Il vaut mieux ne rien dire de ce qui arrive à ces trois personnes si différentes et vous en laisser l'entière surprise. L'écriture est tellement fluide que c'est difficile de s'arrêter, d'abord parce que j'avais envie de savoir ce qui allait survenir au chapitre suivant et les caractères sont tellement fouillés que l'on s'attache très vite. Ils "existent". C'est le genre de lecture où l'on ralentit un peu vers la fin pour ne pas la quitter.
   
   Mon résumé est bien pauvre au regard de la richesse de ce merveilleux roman foisonnant et complexe, mais je crois que vous avez compris: il est indispensable.
   
   "Ce serait bientôt le vingtième anniversaire de la catastrophe de Bhopal. Il y avait un article à propos des femmes de Bhopal et du rôle qu'elles jouaient dans la lutte pour obtenir réparation. Une photographie datant de quelques années quand elles étaient allées jusqu'à Bombay, armées de balais en paille. Elles étaient allées au siège de Dows Chemicals, les nouveaux propriétaires de Union Carbide. "Faites le ménage", psalmodiaient-elles. Elles voulaient que les déchets soient évacués de l'ancien site de la Carbide. "Jadhoo Maro Dow Ko ! Apportez un balai à Dow". Je savais qu'être frappé par un balai était en Inde une insulte suprême, pire encore que si quelqu'un vous jetait une chapaal. Ces femmes étaient allées au sommet de la terre en Afrique du Sud avec leurs balais. J'ai découpé l'article pour l'envoyer à Naga et je l'ai mis dans ma poche".

critique par Aifelle




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