Lecture / Ecriture
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Une journée d’Ivan Denissovitch de Alexandre Soljenitsyne

Alexandre Soljenitsyne
  Une journée d’Ivan Denissovitch
  Le Pavillon Des Cancéreux
  L'Archipel du Goulag

Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne ou Soljénitsyne, est un écrivain russe et dissident soviétique néen 1918 et mort en 2008.


Georges Nivat a consacré un ouvrage à Soljenitsyne: "Le courage d'écrire".

Une journée d’Ivan Denissovitch - Alexandre Soljenitsyne

20 heures de la vie d’un « Zek »
Note :

   Le "zek", détenu du goulag en langage administratif soviétique, est au centre de cette description d’une journée dans un camp au temps sombre de l’état communiste totalitaire.
   
   Tout de suite, il convient de remettre cet ouvrage dans son contexte historique, principal intérêt de cette lecture somme toute peu palpitante. Soljenitsyne est la plus connue des victimes de la folie administrative qui cherchait à mater toute dissidence. Il écrit ce texte en deux mois en 1959, soit encore en période soviétique, et la publication est même autorisée par Krouchtchev en 1962 dans un magazine du nom de Novy mir. Il s’agit du premier témoignage évoquant la détention dans le goulag soviétique. Première description d’un camp par un ancien détenu, dissident reconnu. On se retrouve donc face à un monument historique, qui malgré une architecture lourde et à l’opposé de notre goût, nous attire par ses atouts historiques, et dans le même temps nous écrase du poids de l’histoire.
   
   Le livre s’ouvre dès 5h du matin, heure du réveil pour le détenu Ivan Denissovitch Choukhov et se termine au coucher de ce dernier. Entre temps, le détenu aura essayé de se faire porter pâle, manger plusieurs fois en essayant de se procurer du rab, maçonner dans le froid, patienter lors des nombreux appels de vérification des présents…
   Il subit l’entreprise de dépersonnalisation du régime envers toute personne potentiellement d’opposition.
   "On voit de drôles de choses. Vraiment de drôles de choses, à les regarder un peu. Cette steppe, sans rien, ce chantier sans personne, la neige au clair de lune, les types de l’escorte qui prennent leur dispositif (à dix pas l’un de l’autre, arme braquée), des cabans noirs en pagaille, et, avec le même caban sur le dos, un gars matriculé C H-311, un qui se croyait pour la vie avec des dorures aux épaules, un qui avait fréquenté de l’amiral angliche, et puis, à présent, qui coltine du mortier avec Fétioukov…
   L’homme finalement, ça se tourne et ça se retourne." P 160

   
   Privé de liberté depuis huit ans, la vie de Choukhov s’organise autour des moments clés d’une journée au goulag. Il essaie de survivre en usant du système D du détenu. De bon matin, se sentant faible, il se rend chez le médecin pour obtenir un arrêt (et un repas mieux que l’ordinaire). Ensuite il est emmené au chantier pour maçonner par un froid cinglant (le mortier gèle). La journée déroule sa monotone répétition et Choukhov survit, se contentant de petites victoires et de petits contentements (une truelle préférée cachée, un bout de fer récupéré et ramené au camp au prix de risques inconsidérés, une portion supplémentaire de nourriture...). Le détenu, qu’on a réussi à briser, n’a plus d’ambition pour le futur, vit au jour le jour. A la minute la minute, on devrait même dire.
   "Ici on ne regarde pas plus loin que le bout de son nez. Et il n’y a pas le temps de penser, de se demander comment vous avez fait pour en arriver là et comment vous en réchapperez" P 88

   
   Le langage utilisé (et la traduction essaie d’y rester fidèle, j’imagine) est un argot de détenu. Ce qui donne des "à cause que…" ou "des malgré que…" à répétition, et qui n’est pas franchement très agréable à lire. Globalement, par ailleurs, la lecture est ennuyeuse. Une œuvre certainement indispensable sur un plan historique mais sans la puissance évocatrice d’un Primo Levi.
    ↓

critique par OB1




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Camp de travail
Note :

   Cinq heures du matin. Ivan Denissovitch, "Choukhov", incarcéré dans un camp de travail, se réveille fiévreux en cette froide journée d'hiver et se demande comment il va tenir jusqu'à la fin du jour sans aller à l'infirmerie. Cela fait 8 ans qu'il est emprisonné, et ses chances de sortir sont quasi nulles : personne n'est jamais sorti. Surpris encore au lit par un surveillant qui le punit, il commence sa journée par une corvée avant d'aller voir le médecin qui lui refuse le repos et le renvoie au travail. Heureusement, Choukhov est une force de la nature et malgré ses douleurs, il se démène avec ses camarades pour construire un mur. A la fin de la journée, Choukhov est satisfait d'avoir réussi à survivre tout en manigançant pour grappiller de la nourriture ou des cigarettes. Choukhov restera 10 ans et 3 jours dans son goulag (les 3 de plus à cause des années bissextiles).
   
   Inspiré par sa propre expérience, Soljenitsyne décrit les pensées lancinantes qui surnagent dans le gouffre au fond duquel il est tombé lorsqu'il a été envoyé aux travaux forcés. C'est lors de sa cinquième année de goulag, que l'auteur conçoit ce récit qui met en scène un double de lui-même, débrouillard, respectueux de ses comparses, et prompt à la recherche de toute manière d'éviter la faim ou le froid qui sévissent dans les camps aussi pugnaces que les mauvais traitements, la malpropreté et une certaine cruauté des habitudes. Certains passages ne sont pas exempt d'un humour timide qui montre à quel point même en captivité, l'homme garde une forme d'espoir en se détachant de certaines contingences matérielles.
   
    Un classique de la littérature étrangère que je recommande mais que j'ai mis du temps à achever, moins intéressant que LE PAVILLON DES CANCEREUX que j'ai vraiment adoré et dévoré.
   
   "Et dire qu'il existe de ces fainéants qui s'en vont, sans que personne les oblige, courir dans les stades, à qui ira le plus vite. Faudrait les faire cavaler comme nous, ces cocos là, après toute une journée de travail, les reins encore tout cassés, avec des moufles mouillées, des bottes de feutres usées, et au froid par dessus le marché." (p.167)

critique par Wictoriane




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