Lecture / Ecriture
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Les Chiens et les loups de Irène Némirovsky

Irène Némirovsky
  Chaleur du sang
  Le Bal
  Un enfant prodige
  Ida
  Suite Française
  Les Biens de ce monde
  Le maître des âmes
  Le malentendu
  Les Chiens et les loups

Irène Némirovsky (Ирина Леонидовна Немировская) est une romancière russe de langue française, née à Kiev en 1903 et morte en déportation à Auschwitz en 1942.

Les Chiens et les loups - Irène Némirovsky

Disparate
Note :

   Sachant qu'Irène Némirovsky est un grand écrivain et n'ayant jamais lu de livre d'elle, je me faisais une joie de découvrir "Les Chiens et les Loups".
   J'ai été assez déçue: c'est un roman intéressant mais ce n'est pas le chef d’œuvre bouleversant annoncé en quatrième de couverture.
   
   L'histoire s'articule autour de trois personnages, juifs, et cousins à des degrés divers: Ada, intelligente et artiste, Ben, avec lequel elle est élevée, débrouillard et arriviste, et Harry, riche et sensible, dont Ada tombe éperdument amoureuse dès l'enfance et dont elle parvient à conserver le rêve intact jusqu'à l'âge adulte.
   On comprend assez vite que ce roman mêle des éléments autobiographiques et des péripéties inventées: à un passage saisissant peut succéder un épisode superficiel ou cousu de fil blanc.
   Ce mélange entre le réel et l'imaginaire saute vraiment aux yeux et donne une impression disparate.
   On regrette qu'Irène Némirovsky n'ait pas opté pour une vraie autobiographie - qui aurait certainement été très belle.
   
   J'ai beaucoup aimé la première partie du livre: celle où Ada et Ben sont encore enfants, dans l'Ukraine des ghettos et des pogromes. Leurs jeux, leurs peurs et leurs rêves sont restitués d'une manière très émouvante. Et les différents membres de la famille sont très bien caractérisés, même si leur rôle est épisodique.
   Curieusement, en devenant adultes, et immigrés dans le Paris des années 30, Ada et Ben semblent perdre de leur profondeur et se figer dans des stéréotypes, en même temps que l'histoire dévie vers des rebondissements invraisemblables.
   Quant au personnage d'Harry, c'est une sorte de pantin creux, qui fait à peu près tout ce qu'on attend de lui au moment voulu.
   
   Tout au long du livre, Irène Némirovsky cherche à exprimer la profonde angoisse des juifs pendant l'entre-deux-guerres, et à analyser la manière dont les épreuves et les injustices ont modelé leur tempérament et leur force de caractère. Mais le mélange de ces réflexions graves, de ce cadre dramatique, avec une histoire d'amour assez mièvre donne un résultat discordant, voire gênant.
   
   Pour autant je ne déconseillerais pas ce roman : beaucoup de passages méritent d'être lus, le style est d’une belle clarté, les descriptions sont très réussies, et la restitution de l'atmosphère et de l'état d'esprit de l'époque donne à réfléchir.
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critique par Etcetera




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Antisémitisme de classe
Note :

   Les chiens et les loups (1940) se déroule en Ukraine dans les milieux juifs. La société est divisée en trois "castes" : ceux de la ville du bas, les pauvres juifs, petits artisans, boutiquiers, "la racaille infréquentable" qui porte des guenilles et parle yiddish; la ville moyenne où vivent non sans hiérarchie médecins, avocats, commerçants, petits bourgeois et où coexistent juifs, russes et polonais. Et enfin le ville haute interdite aux juifs sauf à ceux qui possèdent une grande fortune et peuvent se permettre de tout acheter. Les chiens et les loups, c’est cette opposition entre ceux qui réussissent et dominent et ceux qui sont pauvres et obéissent.
   
   C’est dans la ville moyenne qu’habite la petite Ada Sinner dont le père Israël est un intermédiaire entre la ville moyenne et la haute. Chez elle vivent aussi sa tante, veuve, son cousin Ben et sa cousine Lilla. Au cours d’un pogrom, Ada et Ben se réfugient dans la ville haute. Ils demandent asile aux cousins Sinner, la branche riche de la famille. Les enfants y sont accueillis avec hauteur mais Ada y fait une rencontre qu’elle n’oubliera pas : son cousin, Harry, enfant délicat, raffiné, richement habillé, qui sera le seul amour de toute sa vie. Elle le retrouvera dans l’exil, à Paris, où la famille est obligée de fuir après la mort de son père. La vie à Paris contraste avec la vie en Ukraine mais elle y est toujours difficile; heureusement Ada est peintre et son travail va lui permettre de s’en sortir.
   
   La description de la vie en Ukraine est passionnante et j’ai trouvé que c’était le moment le plus fort du livre. La ville à plusieurs niveaux comme dans un film de Fritz Lang, la misère, le pogrom dans le ghetto, la fuite des enfants, la découverte de l'inégalité sociale vécue comme un choc, tout est animé d’une vie intense, raconté avec un grand talent. J’ai suivi aussi avec intérêt les tribulations du personnage principal qui est, de plus, entourée de personnages secondaires bien campées. Ada est attachante, intelligente et courageuse. Elle lutte contre les difficultés de l’exil, et ne baisse pas les bras! C’est un beau portrait de femme. Son amour pour Harry semble être sa grande faiblesse. Au départ on peut se demander si elle est attirée par Harry qui n'a pourtant rien d'exceptionnel ou par ce qu’il représente. Mais on voit, plus tard, combien elle est désintéressée et fière, n’acceptant rien de lui.
   
   Ce qui m’a frappée dans la description des milieux juifs par Irène Némirovsky c’est l’incroyable étanchéité qui existe entre les classes sociales, une hiérarchie féroce, un mépris et une dureté pour ceux qui ne réussissent pas, l’importance accordée à l’argent. La valeur de l’homme est déterminée par le fait qu’il a ou n’a pas de fortune. L’écrivaine parle de la race juive et de ses caractéristiques physiques et morales et il en sort un portrait peu flatteur. Si Irène Nemirovsky n’était pas juive elle-même, morte dans un camp de concentration, je dirais qu’elle est antisémite, tant sa critique de la société juive est virulente. Elle appartient pourtant elle aussi a une haute bourgeoisie, dont la fortune est assise sur la finance, et elle aussi a vécu en riche et insouciante jeune fille. Pourtant, elle n'hésite pas à publier des nouvelles dans Gingoire, un journal d'extrême-droite connu pour son antisémitisme. Elle se convertit au catholicisme en 1938 peut-être pour des raisons de prudence en ces temps troublés! Il n’en reste pas moins qu’elle reste hantée par son identité juive dans toute son œuvre, qu'elle la refuse ou non.

critique par Claudialucia




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