Lecture / Ecriture
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Paysages aléatoires de Peter Stamm

Peter Stamm
  Un jour comme celui-ci
  Comme un cuivre qui résonne
  Agnès
  Paysages aléatoires
  Tous les jours sont des nuits
  Sept ans
  Au-delà du lac
  L'un l’autre

Peter Stamm est un écrivain suisse né en 1963.

Paysages aléatoires - Peter Stamm

Mensonges !
Note :

   Ayant décidé de lire des ouvrages se trouvant dans ma bibliothèque, je fais donc une seconde tentative avec cet auteur suisse de langue allemande. Bien que la première pour son roman «Agnès» ne fut pas une réussite!
   
   Kathrine habite un petit village au nord de la Norvège, divorcée avec un enfant à charge, elle n'a jamais quitté le cercle polaire! A vingt huit ans son travail dans l'administration des Douanes n'est pas pire qu'un autre et sa situation pas plus mauvaise que celle de certains autres habitants du port. Elle a quelques amis parmi les marins, Christian le Danois et Alexander le Russe, une aventure par-ci, par-là, quelques soirées un peu arrosées; la vie suit son cours. Elle fait la connaissance de Thomas qui paraît avoir toutes las qualités pour être un bon mari et un second père pour Randy, son fils.
   
   Mais son remariage avec celui-ci va se révéler catastrophique! Il faut dire que la belle famille est un cas d'école d'hypocrisie et de religiosité rare! Une lettre anonyme envoyée à son chef de bureau va la déstabiliser et la découverte des mensonges répétés de son époux vont la pousser dans le lit de Morten un ami d'enfance avec qui tout le monde la voyait mariée, mais les circonstances de la vie en ont décidé autrement. Alors elle abandonne son travail, quitte le cercle polaire et part rejoindre un homme qui ne l'attend pas! Bien évidement toute fuite est obligatoirement vers le sud, et pour Kathrine ce sera Paris, puis Boulogne sur Mer, mais cet homme tant désiré, lui, ne la désire pas! Il a sa vie chez lui, une amie avec qui il ne vit pas, mais un sentiment de fidélité malgré tout. Alors que reste-t-il à Kathrine si ce n'est le retour, retrouver les longues nuits polaires et s'apercevoir que comme Ulysse on peut faire un long voyage, mais que le bonheur est parfois au coin de sa propre vie... Le sentiment de culpabilité hante la plupart de ces personnages, qui tous, pour beaucoup, sont des éternels voyageurs, marins ou pêcheurs, des hommes ayant des foyers dans différents pays nordiques qui sont des invités pour des durées variables en fonction des marées ou de la rotation des bateaux.
   
   Kathrine est attachante un peu paumée, pathétique dans sa recherche de l'homme idéal ou plutôt celui qu'elle idéalise. Un voyage initiatique est pour elle une nécessité, mais le but est un simple alibi, il faut voir autre chose, d'autres gens, sortir de sa routine, surtout quand celle-ci est pesante pour ne pas dire oppressante. Ce qui donne une galerie de portrait allant d' avocates suédoises à un officier de marine très hospitalier.
   
   J'ai aimé l'écriture très simple, agréable et relativement facile de lecture. Autre avantage c'est court. Par contre certaines péripéties en particulier la rencontre avec des touristes suédoises en goguette, si elle donne un peu d'humour au récit et une certaine ambiguïté au personnage de Linn, n’apporte pas grand chose à l'histoire. Il est difficile, je pense, d'imaginer la vie dans ces contrées inhospitalières, sorte de huis-clos nocturne à ciel ouvert, où l'existence est régie par l' hypocrisie et ce sentiment de faute perpétuelle créée par la religion et l'isolement.
   
   Bref, un roman qui m'a, malgré quelques réserves, réconcilié avec cet auteur.
   
   
   Extraits :
   
   - Le père de Kathrine mourut, il ne se réveilla pas un matin. Il n'était pas encore vieux.
   
   - Il avait fallu réchauffer le sol quatre jours durant pour que les fossoyeurs puissent creuser la tombe.
   
   - Les véritables frontières étaient ailleurs: entre le jour et la nuit, l'hiver et l'été, entre les personnes.
   
   - Les hommes, c'était la blague qui circulait, refusaient de se marier en hiver parce que la nuit de noces durait alors trois mois.
   
   - On se mariait en été, et en hiver on divorçait, on passait alors une nuit avec un autre homme qui n'épargnait pas sa peine.
   
   - Tout ce qui était arrivé par la suite avait été une erreur.
   
   - Son existence s' effilochait au gré des paysages aléatoires dont sa vie était faite.
   
   - C'était son Amérique à elle. Des villes ténébreuses pleines de bandits. Des rues luisantes de pluie où marchaient des gens solitaires.
   
   - Mais ça n'était pas du vrai. Rien n'était jamais du passé au village.
   
   - «Je ne veux pas rentrer», dit-elle, puis, à un moment plus tard: «J'ai envie de coucher avec toi. De faire l'amour.»
   
   - Mille fois mille faisait un million, pour découvrir cela, il n'était tout de même pas nécessaire d'aller jusqu'à Paris.
   
   - Les hommes aiment. Les femmes se laissent aimer.
   
   - L'amour éternel était une invention des auteurs de romans.
   

   
   Titre original : Ungefäre Landschaft (2001)

critique par Eireann Yvon




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