Lecture / Ecriture
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Le dernier guérillero de Didier Daeninckx

Didier Daeninckx
  En marge
  Le der des ders
  La mort n'oublie personne
  Le Poulpe : Éthique en toc
  Le facteur fatal
  Play-back
  Dès 10 ans: Il faut désobéir : La France sous Vichy
  Dès 10 ans: Un violon dans la nuit
  Passages d'enfer
  La route du Rom
  Lumière noire
  Mort au premier tour
  Cannibale
  Camarades de classe
  Itinéraire d’un salaud ordinaire
  Métropolice
  Nazis dans le métro
  Missak
  Histoire et faux-semblants
  Meurtres pour mémoire
  Galadio
  D comme: Le der des ders
  Le dernier guérillero
  Rue des degrés
  Caché dans la Maison des Fous
  D comme: Octobre noir

Didier Daeninckx est né en 1949.
Avant d’être écrivain, il fut imprimeur, animateur, journaliste local..
Son premier livre fut «Meurtres pour mémoire», dans la Série Noire Gallimard en 1984.
Son œuvre de romans populaires ou policiers (Il a plusieurs fois participé aux aventures du Poulpe) s’accompagne d’une critique sociale, historique et politique. Elle a déjà été récompensée par plusieurs prix.

Le dernier guérillero - Didier Daeninckx

Histoires d'Histoire
Note :

   L'histoire ne s'écrit pas seulement avec des héros, des personnages hors normes ou aux facultés supérieures à la moyenne. L'histoire, c'est aussi celle de ceux qu'on oublie, et qui à leur façon, en écrivent une partie. Car chaque individu peut écrire l'histoire ou y être confronté, sans s'attendre à ce qu'elle surgisse. C'est en parlant de ceux qui vivent l'histoire que Didier Daeninckx aborde différents événements de notre passé collectif célèbres ou non.
    
   S'il y a un point commun à presque toutes les nouvelles de ce recueil, c'est ce rapport à l'histoire. Dans certaines, comme les deux premières, on y plonge aux côtés des protagonistes. On partage ainsi la vie d'Antoine Varlot, soldat de la guerre de 14-18, condamné à mort et fusillé pour avoir chanté un air interdit. Puis c'est l'histoire d'un jeune ouvrier, qui vit les grèves de 1936, les espoirs et les désillusions qui ont suivi. Mais à chaque fois, Daeninckx ne se limite pas à une simple description de ce passé, mais évoque les conséquences de ces actes dans un futur proche, par l'intermédiaire d'un monument aux morts ou par l'action d'une enfant lors de mai 1968.
    
   Dans d'autres nouvelles, l'histoire parvient jusqu'aux personnages de manière inattendue. Dans "Gare aux enchères", alors que les nouveaux propriétaires d'une ancienne gare pensent avoir trouvé l'endroit rêvé, ils découvrent que les rails ont servi autrefois à conduire les convois dans les camps de détention de Pithiviers ou de Beaune-la-Rolande. Dans "Vestiaires", la découverte d'ancien casiers des ouvriers d'une usine sucrière fait remonter l'histoire de ce passé industriel. Et parfois, les recherches historiques n'aboutissent pas, comme dans la dernière nouvelle, où un personnage cherche à retrouver un homme ayant porté son nom quelques années auparavant.
    
   Mais la marque de fabrique est également de mettre en avant le destin d'hommes oubliés. Comme celui de Jacques Benzara, jeune tunisien invité à venir jouer au football au Red Star, en banlieue parisienne, qui deviendra une vedette de l'équipe de France d'avant-guerre, mais qui sera victime des lois racistes du régime de Vichy. Personnage fictif, il est néanmoins inspiré du destin d'un boxeur, Young Perez, qui a connu le même parcours. Dans "Le dernier guérillero", on découvre la rencontre entre un jeune homme et le gardien de son foyer de jeunes travailleurs, qui s'avère être un ancien combattant républicain espagnol. Homme qui a combattu pour la liberté, et qui se verra refuser la nationalité à la fin de sa vie, alors que son fils a réussi à devenir député.
    
   Toutes les nouvelles n'ont néanmoins pas cet aspect historique. On passe ainsi d'une histoire inspirée de la vie de Jean-Dominique Bauby, cet handicapé qui ne s'exprime qu'en clignant des paupières, à celle d'un tueur en série d'autostoppeur, en passant par celle d'un Père Noël perdu en Nouvelle-Calédonie. Daeninckx ne se prive d'ailleurs pas pour avoir un regard sur le société contemporaine, comme dans cette nouvelle, "En attendant Rodolphe...", dans laquelle il fustige la rigidité de l'éducation et de la pensée bourgeoise et militaire.
   
   Un recueil qui fait voyager, dans le temps et l'espace, et qui porte un regard sans concession sur notre société, en essayant de faire appel à notre histoire, pour que le lecteur n'oublie pas d'où il vient.

critique par Yohan




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