Lecture / Ecriture
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Requiem pour un paysan espagnol et Le Gué de Ramón Sender

Ramón Sender
  Requiem pour un paysan espagnol
  Requiem pour un paysan espagnol et Le Gué

Journaliste anarchiste (1901-1982), devenu célèbre très jeune pour ses prises de position contre les injustices, il a été marqué à vie par la guerre civile espagnole, où il a perdu sa femme et son frère, abattus par les franquistes.
Réfugié en exil au Mexique, il n’a plus cessé d’écrire, laissant plus de 60 romans, dont seulement 10 traduits en français. La plupart transposent des épisodes de la guerre civile, en décrivant l’étrangeté et la complexité des caractères humains.
Des romans psychologiques atypiques aux thèmes universels; les hasards et la vérité de la vie, la sincérité des êtres, la violence des sentiments, les rêves et les illusions, les contrastes sociaux...
(source l'éditeur)

Requiem pour un paysan espagnol et Le Gué - Ramón Sender

Deux romans pour un beau livre
Note :

   Ce livre est beau, sa présentation très soignée le rend attirant, c’est ce qui m’a conduite à ce récit.
   
   Le livre est composé de deux courts romans qui se situent tous les deux à l’aube du franquisme.
   
   
   "Requiem pour un paysan espagnol"
   

   Le héros est déjà mort dès le début du récit, il s’appelait Paco du moulin et son histoire est contée par Mósen Millán le prêtre du village. Le curé est en train de préparer sa messe, mais pas n’importe quelle messe, non celle qu’il va célébrer pour Paco, une messe de requiem. Le temps passe et l’église reste vide, alors Mósen Millán égrène ses souvenirs.
   
   On voit défiler la vie du village avec ses bagarres, ses superstitions, ses mesquineries. C’est un village où les plus pauvres vivent dans des grottes sombres, où le lavoir le carasol  est le lieu de tous les échanges.
   
   Paco, le curé l’aime bien, il l’a vu grandir, faire sa communion, se marier. Mais pourquoi est-il allé se fourrer dans les histoires?  Pourquoi livrer un combat perdu d’avance contre les puissants? C’est un peu de sa faute au curé, car c’est lui qui éveillé la conscience de Paco. Et quand un jour arrivent au village
   "Ces garçons rasés de près et élégants comme des femmes, on les appelait, au carasol, petites bites, mais la première chose qu’ils firent fut de passer une formidable raclée au cordonnier, sans que sa neutralité lui serve à quoi que ce soit. Puis ils abattirent six paysans, dont quatre de ceux qui vivaient dans les grottes, et ils laissèrent leurs corps dans les fossés de la route qui menait au carasol." 

    ce jour là Paco a tenté de se battre pour un idéal, il a livré un combat perdu d’avance contre les puissants.
   
    
   "Le Gué"

   
   Ce second récit est lui aussi centré sur un mort, mort par trahison. Trahi par la femme qui l’aime le plus mais ce n’est pas sa femme, mais sa belle-sœur.
   Il a été arrêté et exécuté, depuis Lucie garde le silence sur sa dénonciation, mais son secret l’étouffe, remonte, revient la hanter jour et nuit. Elle voudrait parler, crier que c’est elle, que c’est sa faute. Cette culpabilité enfle comme les eaux de la rivière, la nature se tourne contre elle, la rivière et le vent murmurent les mêmes mots "Moucharde tu parleras". Elle croit voir le mort lorsqu’une chemise s’envole du pré, la folie guette, le remords la ronge, elle veut avouer... mais "laisser ce malentendu en suspens c'était peut être guérir son angoisse à jamais."
   
   
   Deux superbes récits dans lesquels reviennent avec force les thèmes de la trahison, de la culpabilité, de la violence et des choix que les hommes ont à faire devant l’injustice ou l’oppression.
   
   Ici pas de grandes tirades politiques, victimes et bourreaux sont parfois tout aussi malheureux et tout aussi coupables. L’âme humaine apparaît dans toute sa complexité et sa fragilité. Ce livre a été interdit en Espagne jusque dans les années 80. L'église n'en sort pas à son avantage.
   
   L’écriture est fine, sobre, élégante et donne une fausse sensation de simplicité. Les personnages sont de ceux qui entrent en vous et ne vous quittent plus, personnages de tragédie qui continuent de vous habiter une fois la lecture terminée.

critique par Dominique




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