Lecture / Ecriture
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Une pinte de Bruen (Vol.1 ) de Ken Bruen

Ken Bruen
  Hackman Blues
  London Boulevard
  La Main Droite du Diable (Jack Taylor, 5)
  Blitz (Série R&B -4)
  Le martyre des Magdalènes (Jack Taylor, 3)
  Delirium tremens (Jack Taylor, 1)
  Toxic Blues (Jack Taylor, 2)
  Le dramaturge (Jack Taylor, 4)
  En ce sanctuaire (Jack Taylor, 7)
  Vixen (Série R&B -5)
  Le gros coup (Série R&B -1)
  Le mutant apprivoisé (Série R&B -2)
  Rilke au noir*
  Cauchemar américain
  Une pinte de Bruen (Vol.1 )
  Une pinte de Bruen (Vol.2)
  Munitions (Série R&B -7)
  Le démon (Jack Taylor, 8)
  Tower
  Brooklyn Requiem
  Sur ta tombe

Né à Galway en 1951, après une carrière d'enseignant d'anglais qui le mène en Afrique, en Asie du sud-est et en Amérique du Sud, il décide de se consacrer à l'écriture.

Auteur de polars, Ken Bruen crée le personnage de Jack Taylor. (Nous indiquons l'ordre de parution des romans de la série car il est préférable de les lire dans l'ordre à cause des personnages récurrents.)

Une pinte de Bruen (Vol.1 ) - Ken Bruen

Blanc au dessus... noir en dessous...
Note :

   Un livre qui regroupe les œuvres de jeunesse de Ken Bruen, celle d'avant Jack Taylor et le succès que l'on sait. Dans une très bonne préface, Allan Guthrie nous explique la genèse de l'écriture de Ken Bruen.
   Une curiosité en deux volumes, celui-ci comprenant deux romans et quelques nouvelles.
   
   Le premier texte se nomme "Le Funérailleur" (Morbidités irlandaises) dont le personnage principal est Dillon, un habitué des cérémonies mortuaires, même s'il n'y connait personne!! Il a une copine (enfin, une femme qui s'est un peu imposée) nommée Marisa. Il cumule en plus toutes les us et coutumes irlandais moulinés et agrémentés à la sauce Bruen. Il est agent de sécurité parce qu'il faut bien vivre, il est sans ambition, bref le gars peinard un peu roublard, buvant parfois, philosophant à l'irlandaise, parlant de la pluie (souvent) du beau temps parfois... un être ordinaire...
   On trouve dans ce texte la matière du Bruen à venir, l'Irlande profonde, l'alcool, la dérision et la mélancolie de voir l' américanisation de l'île et la perte de ses valeurs profondes.
   
   "Martyrs" est un très bon texte qui peut paraître profondément immoral. Le héros Stephen Beck semble réussir, pas toujours facilement, tout ce qu'il entreprend, mais même si c'est absolument illégal... comme jeter sa mère par la fenêtre... sans être inquiété... Martin son frère, le génie de la famille, enfin avant... , maintenant il est un peu dérangé, leur mère est un peu dérangeante, Nina, l'épouse de Stephen est partie un jour avec leur fille (enfin, sa fille à elle, pas forcément à lui, disent certaines mauvaises langues...). Devenu riche il entreprend de faire des recherches pour les retrouver... et se venger. Mais le sort est cruel et qui sème le vent récolte la tempête.
   
   "Le prêtre" est un texte un peu long pour être classé comme une nouvelle, Morgan est en poste à Clapam, quartier de Londres fréquenté par les irlandais. Mais tout le monde n'apprécie pas outre mesure sa présence, alors un chat décapité sur l'autel sert d'avertissement. Puis survient Kate Delaney journaliste "féministe radicale" un texte qui semble préfigurer "Delirium tremens" avec une sorte de folie qui entre dans la vie de ce représentant de Dieu.
   
   Les nouvelles qui complètent ce livre sont pour le moins de qualité très inégale; ce genre littéraire est un exercice de style plus périlleux qu'il n'y paraît.
   
   "Ils rêvent des anges" mais dans ce monde à part en rêver... ! une femme, Cora, et une seule place de libre dans un pub à côté d'un vieil homme pour quelques instants de grand bonheur. Un peu de gaieté dans un monde de brutes.
   
   "Dieu portait des chaussures" est un texte très énigmatique: "Sherry" raconte une triste soirée style club de rencontre, l'homme qui ne vous va surtout pas... , alors il reste Sherry...
   
   Un amateur de funérailles, deux frères dans une histoire plutôt sordide, une infirmière nommée O'Brien, immigrée irlandaise, un barman mort et pas trop regretté, un dénommé Jack, personnage invisible, peu de figures très marquantes dans ces courts textes, des êtres plutôt effacés, souvent broyés par un monde qui les dépasse.
   
   La littérature prend une grande part dans l’œuvre et dans la vie de Bruen dont les références oscillent (comme souvent) entre les classiques irlandais; Oscar Wilde, James Joyce, G.B Shaw, d'autres moins connus comme James Stephens, ou Samuel Johnson. Deux autres écrivains gros buveurs sont également nommés, Dylan Thomas et Jack Kerouac, ainsi que quelques romanciers sobres, enfin je crois! James Ellroy, William Styron, Elmore Leonard pour les américains.
   
   Malgré certains défauts de jeunesse, ce livre est un témoignage des débuts de Bruen et il laisse entrevoir ce style très particulier qui pour moi s'exprime le mieux dans ses œuvres typiquement irlandaises que sont les romans avec Jack Taylor comme personnage (on ne peut pas dire héros) récurrent.
   
   Une très bonne idée des éditions Fayard d'avoir fait paraitre ces deux tomes qui raviront les fans et aussi les autres.
   
   
   Extraits :
   
   - La ville irlandaise où je vis traverse actuellement une crise d'identité. Qui n'en a pas? Est assez grande pour pouvoir s'affubler du nom de ville, mais a gardé un parfum provincial.
   
   - Comment en vouloir à une fille qui va vous chercher un verre?
   
   - On peut tout faire à un Irlandais, sauf lui poser des questions directes.
   
   - Les Irlandais, eux, poussent à fond. Ils font du raffut, gueulent, veulent étrangler la mort. Comme si tout ce bruit et cette fureur leur permettaient de garder le contrôle. La mort a du boulot avec nous.
   
   - Le thème du retour du mort traverse toute l’œuvre de Joyce. Dans Ulysse, Stéphen voit des cadavres sortir de leurs tombes comme des vampires ... Pour voler aux vivants la joie.
   
   - Être irlandais signifie qu'on ne peut jamais dire qu'on ne sait pas. Peu importe l'exactitude de la réponse.
   
   - L'attention qu'on y porte fait la différence entre baiser et faire l'amour, elle a dit.
   
   - Je l'avais entendu sortir cette même tirade pour des Anglais... des Irlandais du Nord... des nonnes.
   
   - J'ai couché avec Marisa le week-end et arrêté de fumer, Mais pas de boire, parce qu'en Irlande ça se fait rarement.
   
   - Du soin des vivants à la mise en terre des morts, une réussite irlandaise.
   
   - Mrs Nestor est aussi vieille que la Guinness. Et aussi sombre. De crasse.
   
   - Stéphen pensait à Oscar Wilde.
   Nous tuons toujours ce que nous aimons.
   
   - Les chaussures faisaient un drôle de bruit... comme le son diffus d'une veillée mortuaire irlandaise.
   
   - « L'amour est ce qui fait d'une fille ordinaire une déesse».

   
   
   Titre original : A Fifth of Bruen (2006).

critique par Eireann Yvon




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