Lecture / Ecriture
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L'Homme-dé de Luke Rhinehart

Luke Rhinehart
  L'Homme-dé

Luke Rhinehart est le nom de plume de George Powers Cockcroft, auteur américain né en 1932.

L'Homme-dé - Luke Rhinehart

Luke la main froide
Note :

    Voilà de quoi réchauffer les cœurs tristes et les dépressifs!
   C'est assurément un des romans les plus déjantés que j'ai eu le plaisir de lire... Voilà un pur roman jouissif, jubilatoire... et totalement barré!
   
   Le héros, Luke Rhinehart himself, est psychiatre/psychanalyste et s'ennuie à mourir... Mais mourir, il n'en a visiblement pas l'idée donc la seconde option reste de changer de vie, changer sa vie.
   Pour ce faire, Luke a une idée surprenante: jouer chaque décision de sa vie sur un coup de dé. Il s'offre différentes options et le Dé choisira parmi elles.
   Luke espère ainsi anéantir, exploser, totalement son Moi officiel et faire apparaître tous ses Moi, les plus petits et les plus muets. Vu de loin, cela ressemble à une création artificielle de la schizophrénie. Vu de près et selon les arguments de Luke, à la différence de la schizophrénie, le sujet ne se laisse pas envahir et dépasser par ses différents Moi : il va consciencieusement les chercher et leur permettre de s'exprimer.
   
   Totalement camouflé sous le personnage de Luke Rhinehart, on découvre George Cockcroft!
   Docteur en psychologie, il a un beau jour émis l'idée de vivre selon "la loi du Dé" lors des cours qu'il dispensait à l'université. Les réactions consécutives à cette idée donnèrent naissance à l'idée d'un livre qui deviendra "L'Homme-dé" ou in english "the Dice man".
   
   George Cockroft alias Luke Rhinehart, auteur pour le moins consciencieux, s'est mis à expérimenter la Dice Life, La vie selon le Dé, avant de s'attaquer à son livre.
   Évidement le Dé ne choisissant pas toujours comme option à exécuter le fait de s'atteler à l'écriture du livre, la progression de ce dernier fut très lente!
   De choix en choix et de dé en dé, George Cockroft se retrouve professeur d'anglais pour hippies à Majorque en Espagne.
   En 1971, son livre est publié et Luke Rhinehart se retrouve "leader du culte du Dé" ; il décide de créer un "Centre du Dé" à New-York, centre où serait appliquée la thérapie du Dé, alternative à toutes les autres thérapies existantes en psychologie.
   
   Au départ, Rhinehart était purement et simplement à la recherche du "sens de la vie" et c'est en lui donnant un sens aléatoire, qu'il s'est trouvé.
   Seulement, on ne peut s'empêcher de penser que derrière une idée très formelle et très claire sur le fonctionnement de sa méthode, Rhinehart ou Cockroft est passablement givré.
   Car passer d'une liberté de choix aliénée par les normes de la société à une liberté de choix aliénée par le hasard du roulement d'un Dé, on en revient à la même chose : le choix a besoin d'un maître.
   Que ce maître soit une masse d'individus ou que ce maître ressemble à Newton avec F = ma (F la force agissant sur un objet, m sa masse et a son accélération), il n'en demeure pas moins que le Dé est soumis à son poids, son volume (pour la friction) et à la force de la poussée qui lui est infligée. Bref même le Dé ne peut agir sans règles définies. Il s'agit donc en quelque sorte de brûler une idole pour en ériger une autre...
   
   Quant au livre... Eh bien j'ai passé un très bon moment! En dehors du côté timbré et absurde des péripéties de Luke, en dehors de quelques scènes érotico-pornographiques (je ne sais plus très bien si à ce stade des descriptions nous sommes encore dans de l'érotisme), en dehors de scènes franchement sado-masochistes, j'ai trouvé ce livre très... frais et drôle!
   
   D'abord parce que ce que cela dépasse l'imagination. C'est juste énorme! Si je ne vous avais pas dit que Luke Rhinehart avait mis en pratique ce qu'il a écrit vous n'auriez tout simplement pas pu l'imaginer.
   
   Dans ce cas précis, il est possible que la fiction ait clairement dépassé la réalité car j'ai un peu de mal à croire que Luke Rhinehart a réellement vécu TOUT ce qu'il a écrit.
   
   Si oui, je le plains même s'il aborde les situations les plus critiques avec une résignation qui force l'admiration (je pense notamment à une scène où Luke s'essaie à la sodomie laissant au Dé le choix de le rendre actif ou passif... c'est franchement drôle... et douloureux!).
   
   Au niveau de l'écriture nous sommes au cœur de l'écriture américaine moderne donc nette et sans bavure. Je trouve l'oscillation, très fréquente, de la 1ère à la 3ème personne particulièrement bien réussie. Cette alternance entre la focalisation interne et externe est judicieuse et aère le récit.
   
   A tous ceux qui voudraient échapper le temps d'une lecture à notre société bien pensante et remarquablement cadenassée dans des clichés et dogmes anciens, je recommande vivement un passage entre les mains de Luke même si au sortir de la Vie selon le Dé, on se prend à réaliser que les dogmes et les règles sociétales représentent finalement une protection que nous n'aurions pas imaginée.
   Bien que tentée d'essayer juste une fois, j'ai renoncé au Dé, préférant mes douillettes habitudes et mon pseudo libre arbitre.
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critique par Cogito




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Dé(à)lire
Note :

   Un livre qu’on dit culte sur le net. Le point de départ porte en effet tous les ingrédients d’une originale expérience et d’un livre dont on n’oubliera pas l’idée de si tôt.
   
   Luke Rhinehart, héros de ce roman, mais également pseudo littéraire (ce qui tend à montrer le côté autobiographique de l’ouvrage, ce qui se vérifie par la suite en se renseignant), est un psychiatre qui s’ennuie. Un jour lui vient l’idée de lancer les dés après avoir fait un listing des différentes options (dont quelques possibilités non quotidiennement correctes) et de suivre ce que le hasard lui ordonnera.
   
   "Durant mes premiers mois de dé-viation, je n’ai jamais consciemment décidé de laisser les dés prendre en charge l’ensemble de ma vie. Je ne cherchais pas à devenir un organisme dont les moindres actes seraient déterminés par les dés. Cette idée m’eut alors effrayé. J’avais tendance à restreindre mes options de telle sorte que Lil et mes collègues ne se missent point à soupçonner que j’étais engagé dans une entreprise légèrement orthodoxe. […]Cependant ma rupture avec mes façons d’être établies constituaient une menace pour mes "moi" profondément enracinés et m’aiguillonnait à un niveau de conscience inhabituel. Inhabituel car la tendance générale du comportement humain est de trouver un entourage propre au relâchement de la conscience. En me créant des problèmes, je créais de la pensée.
   Mais je créais aussi des problèmes." P 114-115

   
   Cet extrait explicatif et sage ne doit pas cacher la forêt déjantée d’une bonne partie du texte. La narration relate les expériences sexuelles de notre héros de plus en plus désinhibé puis les situations conflictuelles engendrées par la toute puissance du dé s’enchainent jusqu’à modifier la vie personnelle du héros en profondeur et à mettre en péril sa position professionnelle lors d’un hilarant interrogatoire par les pairs.
   
   En effet, testant d’abord la méthode sur des proches (dont son fils qui fait du dé, un temps, un père Noël permanent!), celle-ci devient alors une nouvelle thérapie dans des "centres d’expérimentation en milieu hasardeux". Ce qui pose problème, vous l’imaginez.
   
   Tout de suite, je me débarrasse du bémol, un développement un peu long et un peu démonstratif. Pour le reste, l’idée vaut réflexion. La vie dé – ordonné ne pourrait-elle pas avoir ses charmes? Qu’engendrerait l’expérience? Au final, la "normalité" se trouve tout de même dans les options choisies avant de lancer le dé. Le libre-arbitre intervient lors du listing. Les options farfelues ou de l’ordre du fantasme ne sont que plus facilement assumées parce que "soit disant" voulues par le hasard. Comme si on s’excusait de tel ou tel comportement en se réfugiant derrière une Nature qui nous aurait fabriqué comme ceci ou un Dieu qui nous ordonnerait cela. Quelque chose de plus fort que nous qui nous domine.
   
   Vastes interrogations qui valent le coup d’œil, n’est-ce pas?

critique par OB1




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