Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Crime song de Jake Arnott

Jake Arnott
  Crime Unlimited
  Crime song
  True Crime

Jake Arnott est un auteur britannique de romans policiers, né en 1961.

Crime song - Jake Arnott

La ballade de Billy Porter
Note :

   Après "Crime Unlimited", ce livre est le second volet d'une trilogie consacrée à la capitale britannique. Le Londres du crime et de la Coupe du Monde de football. L’Angleterre triomphante des "Swining Sixies", le chant du cygne de l'empire britannique. Des Beatles à Margaret Tatcher, de l'insouciance à l'austérité.
   Tuer trois hommes dans la jungle malaisienne pour un soldat c'est un motif de félicitation, mais plus tard à Londres, la sanction n'est pas la même! D'un côté vous êtes presque un héros, de l'autre une bête fauve.
   
   La Coupe du Monde se prépare, la police tente de faire face ou pour le moins fait semblant, objectif: nettoyer Soho et Mayfair, mission impossible? Trop d'intérêts sont en jeu, la pègre veille sur son fond de commerce, notamment la prostitution qui, avec l’affut de touristes, clients potentiels, est une vraie mine d'or. De tous les pays des truands débarquent, escrocs, voleurs à la sauvette, montes en l'air, filles de joie et trafiquants de drogue... la vie suit son cours, les magouilles en tous genres ont du bon temps devant elles, les gangs les plus connus tombent, mais la police participe aux bénéfices de l'argent sale, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et la victoire de l'équipe nationale entretient l'euphorie générale!
   
   Sauf que... l'impensable se produit... trois policiers sont abattus de sang froid... le meurtrier est Billy Porter, ancien soldat... rien ne sera plus pareil... ses deux complices sont rapidement arrêtés, lui non. Commence alors une longue traque sur plusieurs années.
   
   On retrouve ici le trio classique, le flic, le voyou et le journaliste, chacun sa déontologie et sa manière de l'appliquer! Trois figures pleines de contrastes, ni ange, ni démon, donc attachantes malgré tout.
   
   Frank, le policier, ambitieux, un peu ripoux mais pas trop, enfin rien qui perturbe son sommeil, son coéquipier Dave, lui, est un pur et dur. Malgré l'estime qu'ils se portent, une femme va s'insérer dans leurs relations. Et Frank constate que la corruption est beaucoup plus importante que ce qu'il pensait, pris au piège d'une relation sexuelle photographiée, il doit accepter certaines choses tout en n'étant plus d'accord. La mort de Dave dont il se sent responsable le hante, il veut participer à la capture de l’assassin. Il se marie, mais le couple ne marche pas fort, Frank reprend ses mauvaise habitudes, acceptant certains pots de vin...
   
   Tony Meehan, le journaliste pas trop regardant et pourtant spécialiste des faits divers, adepte du voyeurisme qui fait vendre, plus c'est horrible, plus c'est vendeur! Et les tabloïds britanniques ne sont pas avares de sensationnalisme (cela n'a guère changé!), alors toutes les combines sont bonnes même si elles sont pour le moins à la limite de la légalité. Une certaine ambiguïté sexuelle l'entoure mais il s'en cache bien dans un milieu très peu enclin à la tolérance. Premier journaliste sur les lieux du crime, il espère en tirer parti. Une grande campagne pour le rétablissement de la peine de mort suit la mort des trois policiers et son journal y participe activement. Mais son existence n'est pas des plus simples, quelques vieux démons resurgissent...
   
   Billy Potter, lui sa vie, c'est une mère seule, la maison de correction puis l'armée d'office qui ne le garde pas, alors c'est la délinquance. Puis la prison et l'engrenage des petits délits qui rapportent peu. Il s'associe avec deux autres voyous de son acabit, l'avenir n'est guère brillant! La victoire lui laisse un goût amer, il a tué pour son pays et l'armée l'a rejeté... alors fêter des footballeurs... Il passera à la postérité, héros d'une chanson hymne des hooligans contre les forces de l'ordre.
   
   Une prostituée et une fugueuse sont entre autre les personnages féminins, femmes ou filles perdues débarquant à Londres pour fuir leurs familles, mais la vie est souvent pire qu'avant! Londres n'est pas un lieu pour les faibles.
   
   Il est à noter que la première partie de l'histoire suit la chronologie des matchs de l'équipe de football anglais durant cette fameuse coupe du monde 1966. Fameuse, car déjà à l'époque, le problème de l'arbitrage à la maison s'est posé en plusieurs occasions, surtout en finale avec un but validé qui reste encore aujourd'hui un grand point d’interrogation. Bizarrement, le seul match non mentionné du livre est Angleterre-France. Par contre il est plus question d’Angleterre-Argentine qui lui sentait le soufre!
   
   Quelques références littéraires surtout de la part de Tony, qui aurait aimé être écrivain, Truman Capote pour son roman "De sang froid" ou Somerset Maugham. On retrouve aussi quelques personnages du premier roman de la série "Harry Starks".
   Autre détail l'auteur nous parle de l'importance des Francs-Maçons dans la police anglaise et sa corruption... vérité ou effet romanesque?
   
   Bref un bon roman noir dans la lignée des Ted Lewis et autres Robin Cook ou David Peace.
   
   
   Extraits :
   
   - J'étais jaloux, certes, mais j'éprouvais aussi un vague malaise, comme un pressentiment. Celui d'un désastre imminent.
   
   - L'horreur est le plus infantile de tous les sentiments. Ça vous fait retomber en enfance, au temps où toutes les histoires étaient sinistres et terrifiantes.
   
   - Ça faisait une drôle d'impression, de se mettre sur la tête un truc qui habille d'habitude les jambes des filles.
   
   - Je me suis senti jaloux. Je la voulais, je la voulais d'autant plus que maintenant je la voyais avec lui.
   
   - Le match Angleterre-Argentine faisait la une du canard. Une rencontre émaillée de coups tordus.
   
   - Des filles sans passé, aussi facile à séduire qu'à larguer. Une «énigme». Elle aimait ce mot-là, elle le trouvait romantique.
   
   - La Malaisie semblait avoir plus de réalité que la ville morne et grise dans lequel il s'éveillait.
   
   - Il me faisait bien comprendre que je lui serai toujours redevable de m'avoir tiré de ce pétrin.
   
   - Du pain et des jeux, mon garçon... , a-t-il marmonné. Après la chute de l'Empire, ce n'est guère qu'un prix de consolation. Désormais cela ne pourra aller que de mal en pis... .
   
   

   Titre original : He Kills Coppers. (2001).
   
   
   *Cela n'a pas duré !

critique par Eireann Yvon




* * *