Lecture / Ecriture
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Le ténor hongrois de Patrick Raynal

Patrick Raynal
  Arrêtez le carrelage
  Le débarcadère des anges
  Le ténor hongrois
  Au Service Secret de sa Sainteté

Patrick Raynal est écrivain français né en 1946 à Paris.

Le ténor hongrois - Patrick Raynal

Les feux de la haine
Note :

   Au festival du roman policier de Penmarc'h dont il était l'invité d'honneur, j'ai pu faire la connaissance de Patrick Raynal. Fidèle à mes habitudes, dans la mesure où c'est possible, j'aime bien découvrir un auteur par la lecture d'un recueil de nouvelles. Ce titre m'a été recommandé par Madame Raynal.
   
   Sept nouvelles, dont l'une "Un ornithorynque dans le tiroir" est en douze chapitres, ce qui est relativement original pour être souligné! Trois hommes et l’ornithorynque, c'est moche la vie et les secrets de famille... parfois on se brûle les doigts et personne n'en sort intact.
   
   "L'âge de la paix" doit être proche de l'âge de raison! Mais les gens ne les atteignent pas forcément au même moment. Dans Paris un homme cherche une femme, normal, le monde est ainsi fait... c'est de l'histoire ancienne, il espère pour lui une sorte de rédemption... la paix avant la fin. Alors il veut donner...
   
   "Monsieur" porte en lui toutes les séquelles de la guerre d'Algérie... de la violence et de la barbarie. L'amour lui donne envie de parler, de se raconter, la guerre ou plutôt les guerres et la vengeance enfin assouvie. Mais pour avoir enfin l'âme en paix, il lui reste une dernière chose à faire...
   
   "Angie", c'est la guerre des casinos, une dénommée Agnès Lebrun qui disparaît... elle était héritière d'une des plus grandes salles de jeux de la ville... « Oh Niçois qui mal y pense" Mélanger les maffias ne fait pas forcément une bonne salade.
   
   L'auteur revient à Nice en mai d'une année restée célèbre. Affrontements violents ou feutrés entre étudiants, policiers, renseignements généraux... ainsi va la démocratie! Les facs sont occupées, la police aussi... à tenter de déloger les occupants; chacun a ses occupations, pas toujours compatibles les unes avec les autres.
   
   Un Américain à Paris, mais qui a du mal à le prouver car il parle un français "châtié" qui surprend tout le monde. Sa visite de la capitale française ne sera pas de tout repos... Pourtant (ou à cause de cela) il a été au Père Lachaise où repose Jim Morrisson... tout cela repose... sur un malentendu! Enfin, cela donne un prétexte à une balade dans le vieux Paris.
   
   Des hommes, l'un se découvre un frère, l'autre une petite fille, un troisième recherche une amie d'enfance disparue corps et âme. Un autre nommé Philip Marlows devrait sûrement laisser dormir les secrets de sa famille... Le grand sommeil est la dernière étape de la vie!
   
   Deux policiers qui font la chasse aux gauchos gauchistes près de la baie des Anges, lesquels s'envolent à tire d'ailes, un peu effarés de ce qui se passe dans la ville avec le fils qui succède au père à la mairie, comme dans toute république bananière qui se respecte! Triste monde sous le soleil...
   
   Les descriptions du Lorient de Patrick Raynal sont pour le moins sévères, mais justes. Par contre je suis tout à fait d'accord avec cette phrase au sujet des touristes et des ports:
   - Ils aiment les ports qui ne servent à rien, ceux où l'on range de jolis bateaux devant de jolis troquets et où l'appel du large ne pue pas le poisson, le mazout, l'acier rouillé et le sang des membres amputés.

   
   Un bon livre, une découverte qui va sûrement en appeler d'autres, la bibliographie de Patrick Raynal étant riche et variée avec en particulier "Corbucci", un autre recueil de nouvelles dont le personnage principal est un privé niçois. A noter le clin d’œil (très appuyé) à la série noire américaine et à Raymond Chandler en particulier.
   
   
   Extraits :
   
   - C'est vrai que la peluche ressemblait à ce drôle d'oiseau des antipodes. Un canard déguisé en castor. Ou le contraire...
   
   - Le repas de soir de deuil, version Morbihan. Je me suis dit que j'en avais pas encore fini avec les rites.
   
   - Un môme qui pense que le monde est si dégueulasse qu'on a rien à perdre à essayer de lui ressembler. Une résurgence du jansénisme version rock 'n' roll.
   
   - Si mon père était un mec bien, il n'avait jamais pris la peine de me le faire savoir. Un mur. Un mur d'aristocratie, de froideur et de sciences.
   
   - C'était une femme superbe, de celles que les années embellissent avec un respect toujours grandissant.
   
   - Un winner, c'est comme ça qu'on désigne les types dans mon genre en Amérique. Des types qui ont tous les droits tant qu' ils gagnent.
   
   - J'étais destiné à mourir seul sur un tas d'or, comme l'oncle Picsou.
   
   - Le résultat a failli me faire tomber de ma chaise; la vieillesse n'avait pas fait le boulot toute seule. Cette femme avait l'âge d'être toujours belle.
   - Entre le cauchemar et le rêve, en quelque sorte.
   
   - C'était le genre de fausse blonde qui prenait ses fesses pour un saint-sacrement et sa fonction pour la ligne Maginot.
   
   - Ça puait le fric, la respectabilité et l'éther.
   
   - Fume. Cela te rendra moins triste.

critique par Eireann Yvon




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