Lecture / Ecriture
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Grâce et dénuement de Alice Ferney

Alice Ferney
  L'élégance des veuves
  Dans la guerre
  Grâce et dénuement
  La conversation amoureuse
  Les autres
  Le Ventre de la Fée
  Paradis conjugal
  Cherchez la femme
  Les bourgeois

Née en 1967, écrivain français dont le vrai nom est Cécile Gavriloff, elle a choisi ce pseudonyme en hommage à Voltaire (qui résidait à Ferney) et à Lewis Carroll, ou du moins à son Alice.

Alice Ferney est enseignante et Docteur en Sciences Economiques.

* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Grâce et dénuement - Alice Ferney

Incursion dans le monde gitan
Note :

   Alice Ferney, écriture de femme pour les femmes ? Pas seulement, pas ici en tout cas dans cette très belle histoire d’une bibliothécaire qui fait l’impossible pour rentrer en contact avec une famille (au sens élargi) de gitans installée sur le terrain vague d’une ville lambda. Rentrer en contact en venant lire des histoires aux enfants d’abord et en luttant pour tenter de les scolariser. Il y est beaucoup question de femmes, d’abord de femmes, mais le propos est universel et constitue avant tout une interpellation du lecteur sur le «cas» gitan, la manière dont nous ne le gérons pas, nous occidentaux et édiles politiques, et les espoirs qui pourraient éclore si …
   
   Esther est une bibliothécaire plutôt éprise d’idéal et qui ne supporte pas de voir les enfants gitans livrés à … rien, en tout cas au néant social, et qui se met en tête de rentrer en contact avec eux, d’abord en leur lisant des histoires et en leur faisant découvrir le monde des mots, des livres, de la lecture. Elle a choisi un campement gitan de quelques caravanes, «gouverné» en quelque sorte par Angéline. Angéline mère de cinq garçons, tous adultes, ayant ou non fondé famille. Tout ce monde : Angéline, ses garçons, ses brus et ses petits enfants, vit en quasi osmose/autarcie et Alice Ferney nous fait découvrir, au fil du cheminement d’Esther, la logique interne de ce noyau familial et des codes gitans.
   
   « Esther Duvaux avait été infirmière pendant dix ans avant de devenir bibliothécaire. L’accompagnement des mourants, par lequel elle avait fini sa première carrière, avait donné la mesure de son courage et de sa douceur. Cette expérience ne l’avait pas endurcie, un rien lui tirait des yeux une rivière : elle avait le don des larmes. Pourtant cette tonalité primordiale s’accompagnait chez elle d’une vitalité fervente. Elle mettait en œuvre ce que d’autres eussent jugé utopique. Si jamais gadjé pouvait gagner de la vieille (ce dont il est possible de douter), elle était celle-là. »
   
   Amours, injustices, fierté, obstination, tous ces sentiments sont mêlés et font de «Grâce et dénuement» autre chose qu’un livre didactique. C’est une vraie et belle histoire d’aujourd’hui. L’histoire de l’incompréhension de deux mondes qui n’en peuvent plus de se côtoyer dans la peur de l’autre; un monde de terre et un monde de fer.
   
   Bel ouvrage qui n’est pas seulement à recommander à ceux qui s’intéresseraient à la cause gitane. Un ouvrage sur l’ouverture aux autres, l’amour du prochain et le carcan de plus en plus figé de notre monde moderne.
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critique par Tistou




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Gitans et gadjo: à quand la rencontre ?
Note :

   Avec Grâce et dénuement, Alice Ferney a obtenu le prix Culture et bibliothèques.
   
   Elle parle vrai, Alice Ferney dans ce roman qui nous présente la vie des gens du voyage. Elle nous fait entrer dans l’intimité de leur misère absolue, de leur vie hors du temps, de leur rejet par tous et, par réaction, de leur rejet des autres.
   "Non, se disaient maintenant les frères gitans, leurs vies n'étaient pas si misérables. Ils n'étaient pas les plus pauvres. Ils n'étaient pas des rampants sans feu ni lieu, puisqu'ils avaient des camions, des caravanes, et de belles femmes qui portaient de jeunes enfants. Que pouvait-on demander de plus à la vie ? "
   
   Justement, ces femmes, l’auteure nous en trace un portrait aussi proche que possible de la réalité : malmenées par des conditions de vie sans confort et sans hygiène, totalement dépendantes d’hommes frustes, voire violents ; mais quand même femmes conscientes de leur rôle…
   " Elle le répétait : les hommes et les femmes, c’est rien de commun, et ça tient toujours à cause des femmes… Elles voient, après la chair, l’amour et les caresses, qu’ils s’arrêtent jamais de prendre, et qu’il y a rien d’autre à faire que donner. "
   
   C’est d’ailleurs par ces femmes, qu’Esther, la « gadgé » bibliothécaire arrive à faire sa place dans ce camp de banlieue où, pour un temps ils se sont presque sédentarisés ! A force de patience et d’insistance, Esther est d’abord seulement attendue des enfants auxquels elle lit des histoires simples mais aussi «Le Petit Prince» ! Puis peu à peu, un vrai dialogue s’installe entre elle et Angélina, la doyenne, avant que n’émerge un climat de confiance entre toutes les femmes.
   " Je crois que la vie a besoin des livres, dit Esther, je crois que la vie ne suffit pas."
   Elle lut comme jamais elle ne l'avait fait, même pour ses garçons : elle lut comme si cela pouvait tout changer.
"
   
   Je mesure d’autant mieux la difficulté de la tâche que, il y a quelques années, j’ai accompagné des familles dans la tentative de scolarisation de leurs enfants. Comme Esther, j’ai réussi partiellement : malgré un désir réel d’accession à la connaissance, leur mode de vie représente un handicap de taille pour une intégration réussie. Nombre d’entre eux sont encore loin du respect des horaires, de l’allégeance à des règles qui leur sont étrangères ; tout simplement d’une vie où le train-train quotidien ne saurait être de mise …
   
   L’écriture d’Alice Ferney, comme sur un rythme de berceuse bohémienne, donne à ce roman un ton serein et reposant malgré le marasme matériel présent à toutes les pages. La chaleur humaine élude tous les inconforts.
    ↓

critique par Jaqlin




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Les mots contre les maux
Note :

   Résumé : C’est une famille de Gitans installée illégalement dans un jardin potager à l’est de la ville, regroupée autour d’Angéline, la matriarche. Le dénuement est leur lot quotidien. Grand-parent, parents, enfants, tous sont analphabètes. Un beau jour, une femme arrive dans le campement: Esther, bibliothécaire gadjé, se propose de lire des livres aux enfants. Les mots du mercredi parviennent peu à peu à soulager les maux…
   
   Mon avis : J’ai découvert ce livre lors d’un club de lecteurs et ce fut pour moi un véritable coup de cœur. Les personnages, hauts en couleur, sont très attachants. L’auteur nous les présente dans toutes leurs dimensions humaines, notamment leurs fragilités. C’est ainsi que nous faisons la connaissance d’Angéline la matriarche qui a perdu tout attrait physique, mais dont la personnalité reste attirante: elle montre un amour maternel sans borne pour ses fils et une certaine jalousie pour ses belles-filles. L’auteur décrit Simon, le fils aliéné ou encore Angelo, le Gitan amoureux d’une gadjé.
   
   Les dialogues sont nombreux mais ils ne sont pas présentés selon la mise en page habituelle: ici, les échanges sont inscrits à la suite, au fil du texte, sans retour à la ligne ni tiret pour figurer chaque tirade. Cette présentation est assez spéciale mais ne complique pas la lecture, chacun des protagonistes étant bien marqué, comme dans l’extrait suivant:
   
   J’ai rien et je veux rien, je demande plus. Ses joues luisaient tellement qu’on aurait pu les croire mouillées. On a toujours envie de quelque chose, dit Esther émue. Angéline secoua la tête: Non. Esther dit: Vous n’avez envie de rien? L’autre secouait toujours la tête et cela ne ressemblait qu’à la vérité: ce qui se perdait dans la misère c’était aussi le désir et l’élan vers l’avenir. (p. 216)

   
   En somme, le dénuement amène à un repli sur soi et oblitère la dimension du projet, la capacité à se projeter dans l’avenir, à s’inscrire comme un sujet désirant. Mais cela n’empêche pas l’espoir, notamment celui de la vie:
   
   "Milena, Misia, Nadia. Les trois belles-sœurs étaient enceintes. […]
   Elles sont trois fruits du printemps, une réponse au sort contraire, à la folie, aux amours malheureuses, à la mort, une audace et une grâce."
   p. 280-282.

   
   L’espoir vient aussi d’Esther qui apporte les mots et le savoir et parvient même à faire scolariser une enfant. Cela n’est d’ailleurs pas sans poser problème à l’enfant mais aussi aux parents et aux autres enfants. Alice Ferney explore, outre les conditions de vie ou de survie des Gitans, la dimension de l’analphabétisme, de la scolarisation, de la médiation d’une gadjé qui ouvre les enfants à l’univers des mots, du savoir, du plaisir de lire. Les ouvrages qu’Esther lit aux enfants sont issus du patrimoine littéraire, tels ces contes de Hans Christian Andersen (La Petite Sirène, La Princesse et le petit pois, …) ou les fables de Jean de La Fontaine (Le Loup et l’Agneau, Le Savetier et le Financier) ou «Le Petit Prince» d’Antoine de Saint Exupéry.
   
   D’un bout à l’autre, j’ai été captivée par ce roman qui sait camper une atmosphère, amener des changements plus ou moins importants chez les personnages, qui prend le temps de conter la vie quotidienne du camp. Il évolue selon un rythme lent, expose des tensions dramatiques, mais l’espoir reste toujours présent. Les sentiments des protagonistes sont exposés sans mièvrerie, la vie des Gitans est décrite sans larmoiement, avec une volonté de réalisme.
   
   Je conseille vivement ce livre qu’on parcourt d’une traite sans se lasser. Un message d’une lucidité terrifiante sur les conditions de vie des Gitans mais qui sait maintenir une flamme d’espérance.
    ↓

critique par Seraphita




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Tendre et tragique
Note :

   Un terrain vague, des caravanes, une tribu de gitans qui s'installe. La grand-mère, les cinq fils, les quatre belles-filles et ces enfants, sauvages, joueurs, heureux. Qui ne savent pas lire et ne vont pas à l'école. Comment pourraient-ils y aller puisqu'ils n'existent pour personne. Sauf pour Esther. Esther qui arrive un jour avec une pile de livres et qui commence à raconter. Esther qui va petit à petit gagner l'amour et la confiance...
   
   J'ai pour Alice Ferney une tendresse qui remonte à ma découverte maintenant lointaine de sa belle plume, de sa petite musique qui reste longtemps en tête une fois la dernière page tournée. Ses beaux personnages de femmes, la finesse de ses descriptions. De beaux souvenirs.
   
   Et puis il y avait ce texte, cette bibliothécaire, ce thème... Plusieurs raisons d'ouvrir enfin ce roman au plus fort de l'été dernier et de laisser la magie agir.
   
   Car il y a de la magie chez Alice Ferney: celle de parvenir à offrir un texte superbe, sans misérabilisme, sans jugement, celle de donner à entendre l'importance de connaître l'autre, de l'apprivoiser doucement sans jamais édulcorer la violence, le dénuement matériel et culturel, la difficulté de se confronter à une manière de vivre aux antipodes de ce que l'on conçoit et comprend. On découvre en même temps qu'Esther les codes du monde gitan, des hommes et des femmes attachants, la méfiance du monde qui les entoure, la marginalisation et cette peur rampante qui en fait moins que des êtres humains pour certains, la difficulté, voire l'impossibilité de s'adapter à des normes étrangères, la dépendance aux hommes pour les femmes, la fierté... Autant dire que par les temps qui courent, c'est un texte essentiel. Essentiel par ce qu'il donne à voir d'une réalité qu'on méconnaît ou que l'on ne veut pas connaître, essentiel par ce qu'il dit du partage et de la découverte de l'autre, essentiel par cette nécessité du respect qu'il affirme haut et fort. Essentiel parce qu'il ne sombre pas dans un manichéisme de bon temps sanctifiant ces martyres de la société occidentale: jamais les aspects plus sombres de la vie de ces familles ne sont évités. Ni la violence conjugale, ni l'omnipotence de la matriarche, ni les activités plus ou moins légales qui permettent à ce petit groupe de vivre... Le plus sûr moyen, de fait, de donner à connaître, sinon à comprendre la complexité de la situation des gitans.
   
   C'est une belle histoire, à la fois débordante de tendresse et tragique, violente et portée par un style d'une rare douceur, qui empreint le récit de sérénité et laisse émerger des bulles de moments parfaits, comme cette scène où Esther lit une histoire aux enfants réfugiés dans sa voiture par une journée de froidure. Car le manque, le dénuement n'empêchent pas la grâce et le bonheur d'être en vie, d'être aimé. Ni la possibilité de voir un jour une fenêtre s'ouvrir vers une autre vie. J'ai beaucoup aimé la manière dont Alice Ferney parle de la prison que représente l'analphabétisme dans une société où l'écrit est roi, mais aussi du plaisir, de la liberté, de l'ouverture au monde que représentent la lecture, les histoires partagées.
   
   Un très, très beau texte qui offre un éclairage sur une actualité qui reste brûlante.
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critique par Chiffonnette




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Ici aussi : la soif de la connaissance
Note :

   Le monde des gitans n'est guère un thème fréquent en littérature et rares sont les romanciers qui en font le sujet de leurs œuvres. C'est pourtant le choix d'Alice Ferney qui décrit dans ce roman la vie d'une famille de gitans français sédentarisés depuis quatre cents ans et ayant perdu ce qui leur permettait de vivre, notamment l'art de la vannerie; en fait des êtres "en dehors". La grand'mère Angéline, le chef de clan, ne dit-elle pas, en évitant de parler de l'holocauste: "On nous croit disparus […] Mais on est bien là, Dieu!"? Grâce au talent de la romancière, nous pénétrons les pensées et les désirs souterrains de ces éternels voyageurs que la société rejette.
   
   Nous découvrons leur camp, installé sur un ancien potager déclaré inconstructible: "La terre, pleine de fondrières, était incrustée de verres cassés, de morceaux de pneus et de bouts de ferraille. Des portières de voitures démolies servaient de pont sur les grandes flaques qu'apportait la pluie. Une poubelle municipale scellée sur un socle de ciment débordait. Un pommier finissait de mourir dans le sol pelé, couvert de détritus et d'un peu de bois pourri."
   
   La romancière brosse un superbe portrait de la grand'mère: "La vieille n'avait pas encore soixante ans. Mais, si la vérité est bonne à dire, elle portait bien son surnom. Son visage était fendu de rides si profondes et nombreuses qu'on aurait dit une maladie de peau. A la regarder de près, on avait mal à sa place. Elle ne soufrait pourtant de rien et les ans difficiles, qui l'avaient précocement vieillie ne l'avait pas tuée. Elle en concevait un orgueil sympathique. Elle était en vie, envers et contre le monde et le froid, elle avait un furieux désir de continuer à voir ce spectacle de la terre, du vent, du feu sous les nuages, des nuages même, et des nouveaux venus qu'elle avait engendrés dans cette bourrasque." Dans ce roman, la grand'mère a cinq fils dont un n'est pas marié et dont un autre sera interné dans un hôpital psychiatrique. Ils vivent tous avec femmes et enfants autour d'Angéline: "C'était une tribu: personne n'était jamais seul et chacun se mêlait aux autres."
   
   Les femmes du clan n'ont guère un destin enviable: Lulu doit hurler dans l'hôpital pour qu'une sage-femme condescende à aider Misia à mettre son fils au monde; Héléna, que Simon son mari frappe "comme s'il fendait du bois", le quitte avec ses filles, malgré l'amour qu'elle lui porte; Misia perd son fils Sandro, renversé par une voiture qui s'enfuit impunément, et Nadia fait des fausses couches à répétition dans sa caravane éclaboussée de sang. Pour elles, "Tout est écrit et les destins sont irrésiliables." Il ne leur reste que l'amour de leurs hommes qui leur donne "ce plissé extatique et douloureux qui est le sourire des saintes" et la tendresse qu'elles éprouvent pour leurs enfants, "leur peau douce, la chaleur de leur ventre et cette manière qu'avaient les facultés d'apparaître les unes après les autres et de [les] conduire à l'émerveillement."
   
   Pour les gitans, leur vie n'est pas la plus misérable et il s'en satisfont: "Ils n'étaient pas des rampants sans feu ni lieu, puisqu'ils avaient des camions, des caravanes, et de belles femmes qui portaient de jeunes enfants. Que pouvait-on demander de plus à la vie […]?"
   
   Au sein de cet univers de "grâce et de dénuement", une porte va s'ouvrir vers autre chose qu'ils ne connaissent pas: la lecture. Cet imaginaire inconnu leur sera apporté par Esther Duvaux, longtemps infirmière avant de devenir bibliothécaire. Elle vient vers les Gitans non par compassion mais parce qu'elle a l'intime conviction que "la vie a besoin de livres […], que la vie ne suffit pas." Installée dans sa Renault, elle lira des histoires aux enfants, et cela, chaque semaine pendant une année. De Jean de la Fontaine à Babar en passant par Perrault, Andersen et Saint-Exupéry, son choix éclectique permettra à Esther de donner aux Gitans la clef d'un domaine jusque là inaccessible mais en même temps elle s'ouvrira à elle-même le monde de ces exclus: "Les Gitans prenaient plus que les livres, ils prenaient Esther. Les femmes se confiaient, les enfants s'attachaient et les hommes désormais s'en mêlaient aussi. Esther! Et nous alors! Disaient-ils de loin. Ils voulaient la même attention qu'elle donnait à leurs femmes."
   
   Grâce à l'entremise d'Esther, Anita, une des petites filles de la tribu aura la chance d'aller à l'école mais beaucoup de questions se poseront à elle. "Pourquoi tu sais pas lire grand-mère? demandait Anita. La vieille elle a jamais su lire, disait Angéline, son père il voulait pas qu'elle aille à l'école pour qu'elle devienne comme les gadjé. Esther disait: les hommes ont une langue, une écriture, une culture. Anita aimait Esther et elle aimait Angéline et elle ne comprenait plus rien." Mais, désormais, rien ne fera qu'Anita n'aime plus les histoires dont elle embrasse le carton de la couverture et qu'elle serre contre sa poitrine.
   
   "Dans la colère des femmes, le silence abruti des maris et les pleurs des enfants"
, les Gitans seront expulsés "tels des cafards indésirables", "une offense autant qu'une blessure." Plus loin vers le sud, ils s'arrêteront de nouveau. Esther les retrouvera et reviendra leur faire la lecture un mercredi par mois. Trois autres enfants auront été scolarisés et Nadia, une des femmes, souhaitera lire un "rôman" et elle lira Petit-Bond en hiver, son préféré.
   
   Dans ce troisième roman, récompensé par le prix Culture et Bibliothèque pour tous, Alice Ferney, dans une langue dense et imagée, nous fait partager avec sensibilité les rêves et les aspirations de ceux qu'on appelle les gens du voyage mais qui ne voyagent plus, sinon autour de leur feu. Elle nous apprend surtout que la soif de la connaissance est ancrée au plus profond de chaque être et que l'apprentissage de la lecture en est le sésame magique.

critique par Catheau




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