Lecture / Ecriture
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La berge des rennes déchus de Jovnna-Ánde Vest

Jovnna-Ánde Vest
  La berge des rennes déchus

Né en 1948, en Laponie finlandaise, Jovnna-Ánde Vest est écrivain et traducteur. Son premier roman, La berge des rennes déchus (1988), est aussi le premier traduit en français. Sa trilogie Les héritiers (Árbbolaččat, 1997-2006), a été nommée en 2006 pour le Prix de Littérature du Conseil Nordique. Vest a traduit en same plusieurs romans d’écrivains finnois et scandinaves, dont ceux de Timo K. Mukka.(source l’éditeur)

La berge des rennes déchus - Jovnna-Ánde Vest

Voyage au pays Same
Note :

   Les lectures faites dans l’enfance sont de celles que l’on oublie pas, Frison-Roche m’avait emporté chez les Sames il y a bien longtemps et j’ai fait avec lui un voyage au pays des Lapons (Le rapt et La Dernière migration) romans sans doute un peu folkloriques mais que je n’ai jamais oubliés.
   Me revoilà aujourd’hui en Laponie Finlandaise avec un auteur né dans le petit village de Roavesavvon.
   
   Jovnna-Ande Vest nous fait franchir d’un bond le temps et l’espace, il nous introduit dans une société de l’immédiate après-guerre loin au nord du nord.
   
   C’est son père le héros de ce récit largement autobiographique, un père pour le moins extraordinaire, aimé et honni à la fois par son fils.
   
   Loin de l’attachement permanent aux traditions, ce père est un précurseur, lui le lapon qui vit et fait vivre sa famille de la pêche au saumon, de l’élevage des rennes est en même temps un passionné fou de technique et de modernité "Il était porté par la fascination fantasque du progrès technique."
   La fascination du père s’exerce d’abord sur une moto, mais la fièvre le tient et il passe ensuite à des voitures pour lesquelles il lui faut tenter cinq fois le permis car "Il réussissait chaque fois l’épreuve écrite, mais quand on abordait la conduite les choses se gâtaient."
   Bien sûr il a le premier magnétophone à cassettes, il apprend le suédois à distance, fait l’acquisition d’une machine à écrire. Mais la modernité a un prix: l’incendie de la maison "En somme, nous avions gagné la lumière, mais le feu détruisit nos habitations."
   Même dans les activités traditionnelles, comme la cueillette des mûres arctiques, le père est un incorrigible rebelle:
   "Papa était un cueilleur de moréales hors pair, mais je ne me rappelle pas qu’il ait une seule fois rempli un seau d’airelles ou de myrtilles au point d’en recouvrir le fond.(...) On connaissait bien sûr des marais dans lesquels il poussait toujours des moréales, pour peu que ce fût une bonne année à moréales. Mais ces marais-là n’intéressaient guère mon père. Il voulait chercher et découvrir lui-même ses coins à moréales. Du fait de son obstination, plus d’une moréale a échappé à notre cueillette."

   
   D’essai en fiasco total, le père curieux impénitent entraîne sa famille dans ses tribulations. Se dessine une vie marquée par la fracture entre traditions et vie nouvelle, entre regrets et espoir.
   
   J’ai beaucoup aimé ce récit-témoignage, entre conte drolatique et souvenirs émouvants, entre histoires truculentes et péripéties pitoyables. La langue dont la traduction est assurée par l’épouse de l’auteur, spécialiste des langues nordiques, est riche, inventive et reflète la truculence du personnage.
   
   Souhaitons que l'éditeur publie la trilogie du même auteur.

critique par Dominique




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