Lecture / Ecriture
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Récits d'un jeune médecin de Mikhaïl Boulgakov

Mikhaïl Boulgakov
  Le Maître et Marguerite
  Le Roman de monsieur de Molière
  Le roman théâtral
  J’ai tué
  Endiablade
  Cœur de chien
  Récits d'un jeune médecin

Mikhaïl Afanassievitch Boulgakov (Михаил Афанасьевич Булгаков) est un écrivain et médecin russe d'origine ukrainienne né en 1891 et décédé de maladie en 1940.

Médecin durant la Première Guerre mondiale et la guerre civile russe, il abandonne cette profession à partir de 1920 pour se consacrer au journalisme et à la littérature. Il s'est heurté tout au long de sa carrière à la censure soviétique.

Récits d'un jeune médecin - Mikhaïl Boulgakov

Inspiré du réel
Note :

   
   A peine diplômé, un jeune médecin de 24 ans est nommé en pleine campagne russe, loin de tout, dans les années 20 du siècle dernier. On lui confie un hôpital. Tout est contre lui: l’isolement, les tempêtes de neige, la pauvreté et les superstitions, le manque d’hygiène, de médicaments, d’infirmiers mais le pire c’est son inexpérience. C’est son premier poste. Il n’a jamais exercé. Sa hantise est de devoir affronter un accouchement difficile. C’est une diphtérie laryngée diagnostiquée chez une enfant de trois ans qui sera sa première intervention à chaud: une trachéotomie qui lui causera bien des tourments mais qui sauvera la petite fille!
   
   Dès lors, la clientèle, d’abord très méfiante, ne cesse d’augmenter. Il reçoit jusqu’à cent dix personnes par jour et travaille de l’aube à la nuit. Les cas s’enchaînent, toujours dramatiques. Parfois il doit se déplacer en pleine nuit, pour sauver un malade isolé. Qu’importe la fatigue! Parfois les éléments se déchaînent contre lui et il s’égare en pleine tempête. Il croit mourir plusieurs fois mais son personnel de plus en plus admiratif le soutient et l’encourage.
   
   Il apprend sur le tas et le plus souvent il doit courir dans sa chambre pour consulter en cachette ses livres de médecine et revenir accomplir les bons gestes en salle d’opération.
   
   Ce récit alterne les passages de descriptions médicales très crues et réalistes et les notes d’humour et de dérision qui détendent l’atmosphère. C’est très agréable à lire et surtout c’est un bon complément au chef d’œuvre de l’auteur que j’aime tellement: «Le Maître et Marguerite».
   
   Longtemps poursuivi par la censure soviétique, Boulgakov est très lu désormais non seulement en Russie mais dans le monde entier grâce aux traductions qui se multiplient.
   
   C’est sa propre expérience qui inspire ici l’auteur puisque lui-même exerça la médecine dans un petit hôpital géré par la Croix-Rouge durant l'année 1916-1917.
   
   Une lecture dépaysante, tour à tour effrayante et drôle, vu l’horreur des faits racontés. Une bonne approche de l’écrivain russe au talent sans cesse contrarié par le pouvoir en place. Un bon moment de lecture.
    ↓

critique par Mango




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Relents autobiographiques
Note :

   En septembre 1917, le jeune docteur Bomgard, tout récemment promu au titre de docteur en médecine, gagne le poste où il a été nommé, dans le bourg de Mourievo, qui se situe dans le district de Gratchevka, proche de Smolensk, sur une voiture à cheval. Il arriva fourbu et engourdi du fait de la longueur et de l’inconfort du voyage.
   
   A peine installé, il commença à s’inquiéter de l’activité qu’il allait devoir déployer, jugeant ses connaissances insuffisantes. Et effectivement, dès le début, il ne fut pas gâté : sa première patiente fut une toute jeune fille dont une jambe avait été broyée et qu’il devait amputer.
   
   Puis il y eut le cas d’une femme qui devait accoucher et dont le fœtus se présentait mal : il dut pratiquer une version, totalement improvisée, à partir de ses vagues souvenirs de cours.
   
   D’autres situations tout aussi difficiles se présentèrent encore à lui, et il eut la chance et le talent de s’en tirer favorablement à chaque fois.
   
   Boulgakov, lui-même médecin, décrit les opérations de son alter ego avec clarté, empathie et suffisamment d’humour pour ne pas trop effrayer ses lecteurs. Il faut préciser que le jeune médecin était complètement isolé et ne pouvait compter que sur le soutien de quelques infirmières et d’un "feldscher", une sorte d’assistant médecin.
   
   Un jour, le Docteur Bomgard dut traverser une effroyable tempête pour aller au secours d’un patient qui ne pouvait être déplacé.
   
   Fort heureusement pour lui, ses interventions, même les plus risquées, se terminèrent avec des résultats positifs, ce qui lui valut une grande renommée dans les environs.
   
   Après avoir quitté l’hôpital de Mourievo pour un poste plus important, il dut encore s’occuper de son successeur qui, frappé de dépression, se mit à absorber de la morphine. Boulgakov décrit avec une étonnante vivacité la progression de l’addiction chez le collègue de Bomgard, le jeune docteur Poliakov.
   
   Le grand mérite de cet ouvrage est la capacité développée par son auteur à rendre son récit exaltant en dépit de l’atmosphère lourde de la pauvreté, de la maladie, des risques constants des opérations chirurgicales et de la difficulté de la vie dans cette région au climat hostile. C’est le talent de l’écrivain qui hausse ces récits à une dimension presque fantastique.
    ↓

critique par Jean Prévost




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Toujours juste
Note :

   J’ai entre les mains un petit livre intitulé "Carnets d’un jeune médecin" de Mikhaïl Boulgakov,(celui du "Maître et Marguerite", que j’ai tenté au moins dix fois de lire, sans y parvenir.), paru en édition Folio bilingue. Il m’a captivé à plus d’un titre. Il faut savoir, tout d’abord que Boulgakov était médecin , comme je le suis. Il relate dans ce recueil de nouvelles ses premières expériences de médecin, catapulté dès l’acquisition de son diplôme dans le petit hôpital de Nikolskoïe, dans la région de Smolensk en 1916, hôpital perdu au milieu d’étendues neigeuses, à des centaines de verstes de toute zone urbaine. Il est appelé à pratiquer toutes les branches de la médecine, chirurgie, obstétrique, "bobologie", enfin tout ce qu’on peut imaginer.
   
    Il se trouve confronté à des cas qu’il connaît à peu près en théorie, et encore, qu’il relate dans les différents chapitres. Ce faisant, il fait défiler sous nos yeux un petit peuple de paysans, devant qui il fait figure de magicien, prêts à l’encenser, ou à le maudire si les choses tournent mal. Ce qui est frappant pour moi, c’est l’entière similitude de ses réactions avec celles que j’ai moi-même eues devant "les premières fois", par exemple, quand il avertit de l’urgente nécessité de pratiquer une trachéotomie chez une petite fille atteinte du croup, opération que sa mère refuse catégoriquement. Il en ressent, d’emblée, un grand soulagement, car il redoute la réaction de toute la famille présente en cas d’échec, même s’il n’y était pour rien. Et il s’absente, en proie à un début de panique, pour "potasser" la question dans sa chambre, en feuilletant un traité de pneumologie.
   
   Puis revient en trombe vers la petite fille, la regarde… Elle est si belle… Et du coup, toute peur disparaît. Et entretemps, la famille s’est ravisée, et il va falloir y aller. Le schéma du traité danse devant ses yeux… Et dans un état second, guetté par ses deux auxiliaires, il commence…
   
   D’autres cas défilent les uns après les autres, au cours desquels il doit se battre contre lui-même, contre des familles frustes, aux exigences absurdes… Il doit aussi se déplacer chez des malades en téléga au diable vauvert…
   
   Le livre contient sept nouvelles, toutes captivantes, qui décrivent le peuple russe de ces années-là.
   
    Une mention toute particulière, à ceux qui lisent le russe, pour la qualité, la précision, et le style impeccable de la traduction (faite par Jean-Louis Chavarot.)
   On croirait cette œuvre écrite en français…
   ↓

critique par Somsakt




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Autobiographique
Note :

   Les récits d’un jeune médecin se présentent comme un recueil de sept nouvelles mais on peut également lire chaque nouvelle comme un chapitre d’un même roman dans la mesure où le personnage principal est toujours le même jeune médecin débutant, exerçant dans une région reculée de Russie.
   
    Les trois premières nouvelles abordent le même problème : comment réaliser pour la première fois telle ou telle opération chirurgicale quand on ne l’a quasiment jamais vue réalisée durant ses études ? Le jeune médecin est en proie aux angoisses bien compréhensibles de son inexpérience, tout en cherchant à sauver la face vis à vis de ses patients et des aides médicaux qui l’entourent (sage-femmes, infirmières, etc.) et qui d’ailleurs lui apportent un secours très efficace.
   
    Le jeune médecin est extrêmement sollicité par ses patients, jour et nuit, ce qui ne lui permet pas toujours de dormir, manger ou se laver normalement. Il souffre aussi d’une grande solitude dans cette région campagnarde. Il doit affronter, parfois au risque de sa vie, des tempêtes de neige, des brouillards, et toutes les rigueurs du climat russe pour aller soigner un malade éloigné. Il doit aussi affronter les superstitions et l’ignorance des personnes qu’il veut soigner, et qui souvent n’obéissent pas à ses prescriptions, ce qui lui donne de grandes inquiétudes dans le cas de certaines maladies contagieuses qui risquent de décimer toute la population.
   
    Beaucoup de pages sont très saisissantes et je me suis parfois sentie gagnée par l’inquiétude du jeune médecin.
   
    Boulgakov a un réel génie pour nous faire ressentir les affres de son héros et les tourments qu’il traverse. Ayant été lui-même médecin, on se dit qu’il a dû puiser dans sa propre expérience de jeunesse pour écrire ces récits.
   
    Un excellent livre, qui nous tient en haleine, et qui est suivi dans l’édition du Livre de Poche par la nouvelle Morphine, sur la toxicomanie d’un médecin, qui est aussi tout à fait prenante.
   
   Extrait page 52:
   "D’un geste déjà familier, je saisis le bras inerte, y appliquai mes doigts et tressaillis. Je perçus de menus battements précipités, puis les pulsations se firent irrégulières et s’espacèrent jusqu’à n’être plus qu’un fil. Je ressentis un froid que je connaissais bien au creux de l’estomac, comme chaque fois que je voyais la mort en face. Je la hais. J’eus le temps de rompre l’extrémité d’une ampoule et d’aspirer l’huile jaune dans ma seringue. Mais déjà je la plantai machinalement, et l’injection que je pratiquai sous la peau du bras était inutile. (…)"

critique par Etcetera




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