Lecture / Ecriture
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Tâche de ne pas devenir folle de Vanessa Schneider

Vanessa Schneider
  Le pacte des vierges
  Tâche de ne pas devenir folle

Tâche de ne pas devenir folle - Vanessa Schneider

Une icône en héritage
Note :

   Second roman de cette journaliste politique après «La mère de ma mère». La famille semble au centre de l’œuvre romanesque de cette auteure.
   
   Une tradition familiale veut que la mère offre pour ses 15 ans une icône à sa fille aînée. Car à partir de cet âge les jeunes filles peuvent se marier. Ici, c'est la grand-mère qui l'offre à sa petite fille, car sa propre fille a déshonoré les siens!
   
   Nous découvrons le monde de cette famille d’exilés roumains au moment de la mort de la grand-mère Ohé, car celle qui fut la scandaleuse Marthe est devenue par la grâce d'un de ses petits enfants, Ohé, vieille femme en maison de retraite. Mais quelle fut sa vie, elle, qui bébé, fut maudite par une vieille gitane alors qu'elle se rendait à Budapest avec sa mère?
   
   Plus tard pendant la guerre, Marthe fugue dans Paris et découvre le monde des adultes, mais son retour à la maison fut pour le moins violent. Elle se marie très jeune avec un bourgeois alsacien qu'elle ne connaissait pas! Et toujours en elle cette affirmation de sa mère «Tu es folle, ma fille!». Elle s’installe à Strasbourg , profite d'un certain bonheur matériel, mais pour oublier, il lui reste la boisson. Son mariage tournant court, elle cherche un certain bonheur avec d'autres hommes, des enfants naissent de ces unions que son mari a l'élégance de reconnaître, mais certains de ses fils, les plus grands, ne sont pas dupes. Quant à la fille trop belle et trop faible pour dire non, enceinte à 15 ans, elle semble suivre les traces de sa mère...
   
   L'auteur nous livre le récit sur deux points de vue, celui de Marthe et celui de sa petite fille, donc sur deux époques et à divers âges de la vie pour elles...
   
   La narratrice regarde la vie avec ses yeux d'enfant, avec comme parenté «cette famille de fous» comme se plaisait à la qualifier son père. Et nous ne sommes pas loin de partager son point de vue. Puis les années passent, le monde change, elle devient une jeune fille renouant avec les origines de ses parents dans un pays en plein bouleversement politique.
   
   Ohé, en réalité Marthe, a mené pour le moins une vie dissolue, elle a collectionné les amants, abusé de la boisson jusqu'à devenir alcoolique. Son mariage ne fut pas une réussite mais plutôt une catastrophe. Déracinée, avec un mari avec qui elle n'a aucun goût en commun et qui, sous ses apparences bourgeoises du jour, est un autre personnage la nuit.
   
   Hélène, mère de Marthe, princesse roumaine a un jour tout abandonné pour l'amour de Constantin qui devient chercheur en France. Que dire de son comportement de mère avec sa fille? Peu d'amour dans leurs relations, pour Hélène, Marthe est trop rêveuse, pour ne pas dire dérangée.
   
   Une écriture pleine de pudeur pour des situations familiales compliquées, l'auteur d'ailleurs par la voix d'Hélène dit que celle-ci priait pour que la famille ne connaisse pas le malheur, mais rajoute lucide ou fataliste «tout au moins pas trop»!
   
   Ce roman m'a permis de parfaire un peu mes connaissances de la Roumanie, son histoire, de l'empire Ottoman à la dictature de Ceaucsescu, la narration d'un voyage à Bucarest, ville dévastée par des travaux grandioses et à l'ambiance étouffante sont très réalistes. Mais la situation dans les premiers temps de «La liberté» retrouvée ne semble guère meilleure d'un point de vue matériel, car beaucoup de choses semblent manquer.
   
   L'histoire de l'Europe en suivant le destin d'une famille franco-roumaine des années 1900 à la chute du communiste en Roumanie. Une approche originale, une femme ballottée par la vie, une famille tellement composée et recomposée que parfois, enfin c'est ce que j'ai ressenti, le lecteur s'y perd, les drames proches et historiques, dans un bon roman qui mérite une lecture attentive. L'écriture est romanesque, puis devient celle d'une journaliste en reportage, qui donne une impression de vécu.
   
   Une lecture intéressante bien que loin de mes bases littéraires habituelles.
   
   
   Extraits :
   
   - J'écoutais à la porte, mais je ne percevais que des bribes de phrases, des mots qui m'effrayaient comme «sevrage», «délire», «lithium», «électrochocs».
   
   - Le malheur était partout, il avait frappé cette famille, il l'avait ruiné, détraqué, il l'avait mis en miettes. Mais pas nous. Pas nous.
   
   - Très vite, Marthe se révéla être une petite fille étrange.
   
   - Elle ne parlait jamais des folies de son passé, mais son corps portait des traces de ces excès. Il était maigre et voûté, fourbu, comme si elle avait été rouée de coups.
   
   - J'avais trop peur que mes parents ou mon frère puisse se dire que j'étais folle, moi aussi. Une de plus dans la famille.
   
   - Elle n'était jamais entrée dans un bar ni dans un restaurant et ces endroits interdits la fascinaient.
   
   - Les pères, le vrai et le faux, étaient morts depuis longtemps, il était trop tard de toute façon.
   
   - Elle passait de lit en lit avec la douceur d'une enfant abandonnée.
   
   - Marthe ne sut pas comment réagir au décès de son mari. Elle chercha en vain de la tristesse au fond d'elle-même. Elle n'y trouva que de la peur.
   
   - Elle avait confiance en son petit dernier, il trouverait son chemin et réussirait sa vie, il effacerait des années de déchéance et de malheur. Il se jura de ne pas la décevoir.

critique par Eireann Yvon




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