Lecture / Ecriture
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Porporino Ou Les mystères de Naples de Dominique Fernandez

Dominique Fernandez
  L'art de raconter
  Avec Tolstoï
  Porporino Ou Les mystères de Naples
  Transsibérien
  La Course à l’abîme
  Dictionnaire amoureux de Stendhal

Dominique Fernandez est né à Paris en 1929. Ecole Normale Supérieure, agrégation d'italien, doctorat ès-lettres. Il écrit régulièrement pour le Nouvel Observateur. Il a obtenu le prix Médicis en 1974.
Il publie "L'Art de raconter" en 2007 et "Ramon", la biographie de son père, en 2009.
(source l’éditeur)

Porporino Ou Les mystères de Naples - Dominique Fernandez

Héros tiède, lectrice ad hoc
Note :

   Voici le dernier titre de ma série "trois romans historiques de la deuxième moitié du 18ème siècle" et je dois dire que cette série se termine un peu tristement car je me suis pas mal ennuyée avec ce pauvre Porporino...
   
   
   Après une fausse "introduction de l'éditeur", le récit nous est fait par un Porporino âgé qui se présente comme le dernier castrat. Et contrairement à ce que je lis ici ou là, Porporino n'a pas existé, ce personnage est fictif, inspiré des vastes connaissances musicales de l'auteur et de la vie de divers castrats réels.
   Porporino nous raconte son enfance de très pauvre fils de paysan en s'étendant de façon détaillée sur les coutumes et superstitions les plus étranges de ces paysans arriérés. Il mène cette vie jusqu'à ce que le Prince (monarque omnipotent), ayant remarqué son chant à l'église le prenne sous sa protection en échange de la castration qui lui permettra d'avoir cette voix tout à fait spéciale des castrats. Ces derniers sont alors la coqueluche des opéras. Des œuvres sont composées spécialement pour eux et ces "vedettes", formées à l'école où Porporino a été inscrit, sont adulées. Mais ce n'est pas cela qui a motivé le Prince, personnage original, inventeur qui consacre sa vie à des recherches et inventions dont certains se moquent en secret et qui effraient vivement la populace. Le Prince s'est fixé deux impératifs : découvrir les moyens d'effacer toutes les frontières (vivant-mort, noir-blanc, animal-végétal, homme-femme, enfant-adultes... et c'est à ces derniers titres que les castrats l'intéressent). ("Tu rentres de plain pied dans l'enfance éternelle.") Le second impératif est que surtout, aucune de ses inventions ne puisse avoir la moindre utilité.
   
   Sur ce fond, Porporino nous raconte aussi une histoire d'amour. C'est celle de Feliciano, son voisin de chambre à l'école des castrats, un être lumineux et incendiaire, qui déclenche les passions les plus folles alors que lui, Porporino, est un être introverti et prudent, maître de ses émotions, qui refuse le devant de la scène et qui se place en observateur.
   
   Certes, Dominique Fernandez écrit fort bien mais, à mon avis, il s'est ici fourvoyé dans l'exploration et la défense d'idées confuses et de prises de positions vaines et sans doute creuses. Les longues discussions sur l'effacement des frontières n'ont guère plus d'utilité que les inventions du Prince. D'ailleurs, va-t-on bien dans ce sens quand c'est toujours la première chose que l'on regarde et que l'on passe sa vie à scruter ces frontières pour voir si elles s'effacent ou non? Le tout se terminera par un retour compliqué avec interprétation des superstitions décrites dans la première partie.
   Bien que rarement évoquée clairement, l'homosexualité ou plutôt bisexualité est constamment en arrière plan mais sous des formes déguisées et quand les problèmes ne sont pas cernés avec clarté, on ne progresse guère comme chacun sait. Quant à l'absolue exigence de l'inutilité, elle parvient juste à me faire hausser les épaules. C'est une lubie comme une autre et en tant que lubie, ça, pour le coup, c'est inutile.
   
   J'en veux d'ailleurs à l'auteur qui, dans la mesure où il avait choisi de créer son personnage aurait pu tout aussi bien le mettre dans des situations autrement plus passionnantes et éclairantes, développer des idées audacieuses et lui faire vivre des aventures qui auraient captivé son lecteur. Mais non, on a eu cette longue et vaine histoire tout juste sauvée par le contexte historique et artistique qu'il nous donne à explorer et sur laquelle D. Fernandez sait nous éclairer savamment.
   
   Déçue, quoi. Mais si vous avez un autre avis, exprimez-vous.

critique par Sibylline




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