Lecture / Ecriture
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L'île de la tentation de Stephen Leacock

Stephen Leacock
  L'île de la tentation

L'île de la tentation - Stephen Leacock

Pourquoi résister?!
Note :

   Vacances et récréations littéraires avec ce livre. Surnommé le Mark Twain canadien, cet auteur (1869/1944) est considéré comme un des meilleurs humoristes de sa génération. Qu'en est-il un siècle plus tard?
   
   Six textes, une post face et une table (des matières, bien que, suite au premier texte, une table d'orientation fut plus indiquée) pour le contenu.
   
   Le récit qui donne son titre à l'ouvrage concerne un voyageur, Monsieur Borus, Harold de son prénom, partant de Southampton à La Nouvelle-Orléans. Son navire ayant fait naufrage, il dérive sur un canot de sauvetage lorsqu'il recueille (homme charitable) Melle Croyden, Edith de son petit nom. Donc voici Harold dans la situation enviable d'être seul ; loin de la civilisation avec une jeune femme qui semble charmante! Ils accostent sur une île déserte, enfin déserte avant qu'ils n'y accostent bien sûr! La suite, vous la devinez... hé bien non vous avez tout faux!
   
   John et moi ou "Comment j'ai failli perdre mon mari", mettez-vous à la place de cette femme, Minn, deux ans de mariage, tous les jours un petit déjeuner qui vire au cauchemar et cette constatation : son époux préfère son journal à sa douce et tendre épouse. Là je m'avance car je n'en sais absolument rien, mais bon en littérature, sauf dans les textes les plus noirs, les épouses sont toujours tendres, douces, attentionnées etc... On peut se poser la question de savoir pourquoi tant de gens divorcent! Lire tous les jours la page financière en buvant son thé... c'est beau la vie! Un texte à méditer, mais remplacez le journal par la télévision...vision des temps modernes.
   
   Un texte très caustique sur le monde politique britannique et ses dignes représentants, Sir John Elphinspoon, Lady du même nom (qui n'est pas à prendre avec le dos de la cuillère, même en argent car elle est née avec cette même cuillère dans la bouche!), Angela, leur fille, qui est pour l'instant sous la véranda avec le secrétaire de son père. Car un problème délicat se pose «Un projet de loi sur les frontières du Wazuchistan ! Scandale : un député mineur (de son métier, pas d'âge) gallois sans doute a posé une question stupide qui offusque la Chambre (pas à coucher l'autre, celle où l'on parle) où est le Wazuchistan? Un texte hilarant mais consternant!
   
   Roméo et Juliette à la mode écossaise, six siècles plus tôt, l’ancêtre de l'un a tué l'ancêtre de l'autre (ou le contraire peut-être?) d'un coup de galette d'avoine! Les clans se boudent, s'étripent donc l'amour n'est pas une priorité bien au contraire. Mais la charmante, jeune et ravissante higlanderesse (?) fille d'Oyster McOyster Mc Manus... qui pêche des homards, a de la suite dans les idées... et pas froid aux yeux, (qu'elle doit avoir très beaux je suppose)! Un récit qui ne manque pas de sel!
   
   Une histoire de passion au moyen-âge, chevaleresque bien sûr Guido, le damoiseau, Iseult la damoiselle... la flamme de leur amour vaut bien quelques sacrifices (et quelques sacrifiés aussi, le monde est cruel!). Notre noble chevalier est prêt à tout pour s'emparer de la pure jeune fille, sortez vos épées, que résonnent les glaives, emparez-vous du donjon... L'amour est aveugle... souvent mais pas toujours... enfin la rencontre... Ah c'est vous!
   
   Un homme (mal marié) une femme (dont l'homme est tombé amoureux) une île déserte et sans télévision, mais ce n'est pas forcément tous les jours dimanche et il ne faut pas toujours se fier aux apparences souvent trompeuses. Pauvre John, sa demande en mariage (en est-ce une?) ressemble plus à un kidnapping qu'à une déclaration d'amour! Car entre la fille, puis la mère et ensuite le père, c'est passe-moi la bague au doigt et tais-toi! Une famille de l'aristocratie anglaise caricaturale jusqu'au bout des ongles, et plus si c'était possible! Une femme amoureuse, une âme supérieure mais un peu stupide... enfin tout est bien qui finit bien, l'amour n'était pas celui qu'elle pensait!
   
   Avec le recul, c'est bien gentillet, pas désagréable mais un peu vieillot et sans une once de cruauté, juste un peu de méchanceté, mais très feutré. Minn en est un exemple frappant, elle pense, mais malheureusement pour deux!
   
   Par contre j'aime beaucoup les titres et ce qui pourrait passer pour des sous-titres explicatifs :
   Crise au cabinet, ou Le destin de l'Angleterre ; Hannah des Highlands ou Le laird du Loch Aucherlocherty (à consommer avec de la panse de brebis farcie, et à faire passer avec un bon whisky!) ; Guido la Broche de Gand ou Une idylle chevaleresque!
   
   La société de l'époque avec son hypocrisie triomphante, ses codes et ses manières parodiés jusqu'au grotesque. A découvrir, pour sourire et pour changer de la grisaille des informations quotidiennes.
   
   
   Extraits :
   
   - La jeune dame, avec un goût féminin instinctif, s'était attachée un morceau d'algue dans ses cheveux. Je ne résiste pas aux algues, c'est plus fort que moi. Mais je parvins quand même à me contenir.
   
   - Pas un mot. J'ai deviné votre amour pour Minn dès le début. Je ne sais pas ce que je ferais sans elle, John, mais à présent elle est à vous ; prenez-la!
   
   - Et nous le prîmes chacun par un poignet et le menâmes auprès de papa sous la véranda. Aussitôt que John vit papa il tenta à nouveau de parler.
   
   - Elle ne pouvait se dissimuler que son visage, lorsqu'il s'était assis dans son fauteuil, avait pris dix ans par rapport à ce qu'il était il y a dix ans.
   
   - Tu oublies, ma chère, expliqua le baronnet, en tant que secrétaire d'État aux affaires étrangères, ma participation à une exposition canine pourrait offenser le Shah de Perse. Si cela avait été une exposition féline...
   
   - Et c'est à la sortie du vallon que se dresse le rocher derrière lequel William Walllace s'arrêta pour changer de culotte alors qu'il fuyait la colère de Rob Roy.
   
   - Il se fit le serment de ne plus rien manger, à l'exception de nourriture, et de ne plus rien boire, à l'exception de spiritueux, jusqu'à ce qu'il eût réussi dans son entreprise.
   

   
   Titre original : Nonsense Novels (1911) & Winsome Winnie and Other Nonsense Novels (1920).
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critique par Eireann Yvon




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Nonsense
Note :

    Le nonsense, ça passe ou ça casse, et je craignais un peu de devoir abandonner froidement ce petit volume de six histoires. Cependant le canadien Stephen Leacock (récemment "Bienvenue à Mariposa" a enchanté quelques blogueurs, et je possède dans ma bibliothèque personnelle un "Ne perdez pas le fil" que je garde précieusement) sait raconter des histoires et manier un humour fin, sans que l'absurde ne rebute le lecteur.
    Ici il s'amuse à parodier des romans...
   
    "Grâce à une épingle tordue fixée au bout d'une rame, je n'eus aucun mal à établir notre latitude."
Un homme et une femme naufragés se retrouvent sur une île, sera-t-elle celle de la tentation? Loufoquerie au rendez-vous, en tout cas.
   
   "John et moi ou Comment j'ai failli perdre mon mari" est un petit bijou de non-dit à la britannique. L'épouse narratrice est franchement épouvantable d'égoïsme et de bêtise...
    "Je me demandais si j'avais tout fait pour garder l'amour de mon mari. Je l'avais retenu à la maison le soir, je lui avais interdit de fumer, j'avais mis un terme à ses parties de cartes. Qu'est-ce que je pouvais faire de plus?"

   
    Où se situe le Wazuchistan? L'heure est grave! "Crise au cabinet ou Le destin de l'Angleterre" fera la lumière sur cette situation de crise très british. Sous le sérieux, la loufoquerie.
   
    Les amateurs d'histoires 100 % écossaises trouveront leur bonheur avec "Hannah des Highlands ou le Laird du Loch Aucherlocherty", où ne manque aucun cliché.
   
    Amusant pastiche de Journal de jeune fille russe, "Les souffrances d'une âme supérieure" ou Les mémoires de Marie Mushenoff, fille d'Ivan Ivanovitch et de Katoucha Katouchevitch, soeur de Dimiti Dimitrievitch (etc) dans lequel une jeune fille s'éveille à l'amour.
   
   Pour terminer, une histoire de preux chevaliers et de bel amour! "Guido la Broche de Gand ou Une idylle chevaleresque" :
    "Il projeta de retourner à Gand et d'escalader de nuit la falaise du château. Il prouverait son amour à Iseult en tuant son père et en précipitant sa belle-mère du haut des remparts. Puis il brûlerait le château et l'enlèverait."
   

    La couverture étant une illustration de Glen Baxter, dont l'univers colle parfaitement à celui de Leacock.

critique par Keisha




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