Lecture / Ecriture
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Contrée indienne de Dorothy Johnson

Dorothy Johnson
  Contrée indienne
  La Colline des potences
  Quand toi et moi étions jeunes, Whitefish

Auteure américaine née en 1905, décédée en 1984.

Contrée indienne - Dorothy Johnson

Une absence totale de préjugés
Note :

   Le recueil "Contrée indienne" (chez 10x18) contient dix nouvelles, chefs-d’œuvre de perfection. Hollywood a largement puisé dans cette œuvre pour en tirer ses plus grands classiques, tels que "un homme nommé Cheval", "la colline des potences" ou "l'homme qui tua Liberty Valence".
   
   Il faut lire de toute urgence ces 10 nouvelles (publiées en recueil en 1953), de cette femme incroyable, classée meilleur auteur western de tous les temps (mais ce serait stupide de la réduire à cette étiquette, elle est un sacré bon écrivain avant tout!).
   
   Novelliste hors pair, écrivain talentueux, précurseur de l'école du Montana - a donné des cours dans les ateliers d'écriture - (elle a grandi à Whitefish et s'est éteinte à Missoula en 1984, à l'âge de 78 ans,) Johnson plante son décor en quelques lignes, et va droit à l'essentiel, sans détours ni fioritures, d'une écriture brève et sèche, économe de mots, avare de descriptions. Ce qu'elle aime Dorothy, c'est l'action! mais attention, cela ne signifie pas que ses personnages sont dénués de toute psychologie; Seulement, vous ne trouverez pas de description poétique des grands espaces américains...
   
   Outre son style fabuleux, elle se distingue de ses confrères par une absence totale de préjugés. Ses personnages ne sont jamais caricaturaux, pas de "mauvais" indiens ni de "gentils" cow-boys. Elle était d'ailleurs extrêmement bien documentée sur les différentes tribus et n'a jamais commis l'erreur de confondre un Crow avec un Sioux par exemple! Elle fut d'ailleurs membre honoraire de la tribu des Blackfeet.
   
   Véritable pionnière dans l'âme, Dorothy Johnson revendique au contraire son affection pour les "bad boys", les cow-boys solitaires, son goût pour le courage et la persévérance, et une vie librement décidée, pleinement vécue, à l'image de ces farouches tribus indiennes.
   
   La nouvelle la plus poignante, et ma préférée, est certainement "une sœur disparue"; et j'ai particulièrement aimé, "Flamme sur la plaine" qui m'a rappelée, d'une certaine façon "La prisonnière du désert".
   
   Moi en tout cas j'ai lu et relu avec plaisir ses deux recueils de nouvelles, que je recommande donc particulièrement aux amoureux de la littérature américaine. Le seul hic, c'est que "Contrée indienne" semble épuisé chez 10x18. Pourquoi faut-il que les bouquins les plus intéressants de la littérature américaine soient boudés?
    ↓

critique par Folfaerie




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Cap à l’Ouest
Note :

    Dorothy M. Johnson, née en 1905 dans l’Iowa, est décédée en 1984. Principalement auteure de nouvelles, plusieurs furent adaptées au cinéma. "La colline des potences" et aussi, figurant dans ce recueil, "L’homme qui tua Liberty Valance" et "Un homme nommé cheval".
   Onze titres, dont deux inédits, comparés à la première édition française de cet ouvrage :
   Flammes sur la prairie. L'incroyant. Prairie Kid. L'exil d'un guerrier. Retour au fort. L'homme qui tua Liberty Valance. La tunique de guerre. Après la plaine. Cicatrices d'honneur. Et toujours se moquer du danger. Un homme nommé cheval.
   
   Dans "L’incroyant", Mahlon Mitchell retourne chez les Crows ou il a vécu plusieurs années, sa tignasse rousse lui avait valu le nom de Iron Head. Malgré le temps son prestige est intact. Il fait la connaissance de son fils, il retrouve la mère de celui-ci. Il décide de rester parmi eux, mais il doit retourner une dernière fois chez les blancs…
   
   "Prairie Kid", c’est Elmer Merrick, un gamin de 11 ans, qui n’a pas froid aux yeux ! Avec maturité et sang-froid, il mettra en fuite un homme armé… et élèvera sa petite sœur.
   
   "L’homme qui tua Liberty Valance" est l’histoire de deux hommes qui ont eu des destinées à la fois proches et lointaines. On enterre Bert Barricune, un homme de rien. Et pourtant le sénateur Rance Foster et Hallie, son épouse, sont présents. Quels sont les liens qui unissaient ces deux hommes ?
   
   "La tunique de guerre". Bije Wilcox, un éclaireur a été engagé par Francis Mason, riche pied-tendre pour retrouver le frère de ce dernier. Et Francis le cherche depuis déjà deux longues années.
   
   "Cicatrices d’honneur". Un vieil indien est mort, fallait-il sacrifier un cheval sur sa tombe ?
   
   "Un homme nommé cheval". Capturé par des indiens, un blanc, richissime et oisif, est leur esclave pendant un certain temps. Peu à peu il est accepté, mais il lui reste une épreuve pour prouver sa bravoure. Son choix être un cheval ou un chien ? Il épouse une femme de la tribu, mais son grand désir reste de partir…
   
   Des gens ordinaires sont les personnages de tous ces textes, pas de héros, mais des hommes et des femmes avec leurs qualités et leurs défauts. Et aussi leurs peurs.
   
    Deux sœurs enlevées par des indiens, l’une est rachetée par des blancs, l’autre reste avec eux.
   
   Charlotte Ainsworth semble avoir une situation des plus enviables ! Seule femme blanche célibataire dans un rayon de 150 kilomètres. Les prétendants ne manquent évidemment pas ! Rising Smoke, indien apsaruke, c’est plutôt la situation inverse, il est exilé dans sa propre tribu, car il porte malchance ! En effet il n’a pas eu de "Rêve sacré" ! Mais il espère toujours, et sa persévérance sera récompensée.
   
    Une femme blanche rachetée aux indiens regagne le fort. Durant sa captivité, la question de la mort de son mari et de sa fille l’obsédait. Son époux est en vie, mais sa fille ?
   
   Un autre Kid, Dogie, prouve que l’on peut devenir un homme très vite à la suite d’épreuves comme une attaque indienne. Une grand-mère retrouve dans sa mémoire des souvenirs secrets, mais sont-ils réels ?
   
    Une belle écriture très classique. Très agréable de lecture.
   
    Dorothy Johnson ne prend pas position, homme blanc ou indien, modernité ou tradition, mais la vérité oblige à dire que les USA ont et auront toujours une dette envers les nations indiennes. Ici il est surtout question de femmes et d’hommes courageux, dépassés par des évènements tragiques de leurs vies quotidiennes !
   
    Hommage aux pionniers et respect pour les indiens spoliés.
   
   
    Extraits :
   
   - Elle sentit les yeux sombres posés sur elle, entendit des murmures. Elle était redevenue l'étrangère qu'elle avait cessé d'être depuis longtemps.
   
   - La vie d'un homme blanc était infiniment plus compliquée. Il y avait trop de choses qu'il pouvait désirer et trop de façon d'échouer en essayant de les obtenir.
   
   - Recharger, ça prenait du temps ; plus d'un homme s'était fait tuer et scalper aux temps héroïques, pendant qu'il tâtonnait entre la poudre et les balles.
   
   - Les supplications se révélèrent inutiles ; les Indiens se moquaient de ceux qui les imploraient.
   
   - Et avec l'aube arriveraient les Sioux, qui avaient peur de mourir dans l'obscurité.
   
   - À cinquante ans, c'était un vieil homme, une relique dont personne ne voulait plus dans un Ouest qui n'existait plus ; et pour ces temps plus civilisés, un héritage encombrant.
   
   - Le salut n'était qu'un mensonge. Bije avait connu pas mal de mensonges au cours de sa vie.
   
   - Il n'était plus un cheval mais une sorte d'homme, un semi-Indien, toujours pauvre et maladroit mais chargé d'honneur, s'accrochant aux franges de la société Crow.

   
    Titre original : Indian Country (1947).

critique par Eireann Yvon




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