Lecture / Ecriture
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Du temps qu'on existait de Marien Defalvard

Marien Defalvard
  Du temps qu'on existait

Du temps qu'on existait - Marien Defalvard

Du temps qu'on le lise...
Note :

    Marien Defalvard est tombé sur le monde littéraire comme un fou de Bassan.
   Sa prestation dans l'émission de Laurent Ruquier (vidéo du 24/09/2011) a été selon moi une véritable catastrophe! Une antipub ambulante. Il s'est montré extrêmement pédant, crispé, voire même déconnecté du réel pour ne pas dire barré. Je ne vois pas du tout où étaient les fulgurances et l'aplomb qu'on lui a alloués... J'ai vu un jeune homme atteint du syndrome d'adultissime aigu qui confinait au ridicule intense.
   Les twitts qui circulaient à son égard étaient épouvantables... Peut-être trop, ce qui m'a fait basculer dans le camp des observateurs et non pas des sabreurs.
   Dans le même temps les critiques sur son ouvrage "Du temps qu'on existait" étaient dithyrambiques.
   Mais attention - et je ne suis pas certaine que cela soit un compliment pour l'auteur - ce dithyrambe exacerbé était en grande partie dû au fait que l'auteur avait 19 ans et même 15 ans quand il a écrit son manuscrit.
   La presse aurait-elle dit les mêmes choses si l'auteur avait eu 55 ans?
   
   Qu'en est-il de ce ce livre?
   Tout d'abord il convient de signifier que c'est un road book. Tout comme un road movie, ce livre raconte le chemin d'un individu au travers de diverses villes et villages français.
   L'histoire, je ne l'ai pas trouvée.
   L'écriture si. Elle est omniprésente et peut-être même que ce livre n'est qu'écriture.
   
   Je n'ai pas du tout le bagage littéraire pour vous dire s'il est exact que Marien Defalvard est la réincarnation de J-K. Huysmans (mort il y a 105 ans tout de même!) mais pour ce qui est de la ressemblance avec M. Proust, je ne suis pas vraiment d'accord.
   Manque cruellement un parfum... du parfum... le parfum... de la nostalgie sucrée.
   J'ai senti chez Defalvard des odeurs de pluies, de regrets, d'orages, de solitude mais pas le doux parfum de Proust.
   
   Et puis le souci majeur des road books, où peut-être simplement de celui-ci, c'est l'ennui!
   Un terrible ennui qui vous fait bailler et sauter les pages.
   Cela pourrait se résumer à :
   J'ai voulu voir Vierzon
   Et j'ai vu Vierzon
   J'ai voulu voir Vesoul
   Et j'ai vu Vesoul
   J'ai voulu voir Honfleur
   Et j'ai vu Honfleur
   etc...
   
   J'ai donc entrepris une lecture assez originale de ce livre : je l'ai lu dans le désordre!
   Oui je sais, c'est étrange mais figurez-vous qu'incroyablement on suit quand même l'histoire! Oui! Même dans le désordre!
   Et là, je l'avoue, ça devient beaucoup moins rébarbatif! De toute façon c'était l'ultime méthode pour rester accrochée parce qu'après une bonne cinquantaine de pages, M. Defalvard ne vous laisse pas le choix. Cela devient tellement pénible qu'il faut une stratégie offensive.
   Ce fut la mienne.
   
   Donc "Du temps qu'on existait", lu en dépit du sens que l'auteur lui a octroyé, est... intéressant.
   Du moins par son écriture qui est parfois vraiment très belle et parfois vraiment très chiante. Une oscillation originale qui laisse, vous vous en doutez, un énervement intellectuel conséquent et un vrai doute à la fin : réussite ou échec?
   
   Pour répondre, il faut laisser décanter plusieurs mois.
   ...
   
   Me voilà donc trois mois plus tard.
   
   Et il n'en reste rien!
   Comme il n'y avait pas d'histoire, forcément ça, je ne risquais pas de m'en souvenir. Mais les envolées littéraires assez belles, il faut le dire, ont disparu. La phase de décantation qui aurait dû déposer au fond de mon cerveau, la belle écriture de Defalvard, s'est transformée en phase d'évaporation.
   
   Donc à l'endroit comme à l'envers, il ne m'en reste rien.
   Je ne suis définitivement pas une lectrice pour ce jeune homme qui aura trouvé un public bien plus enthousiaste que moi, je le lui souhaite.
   Dans le même temps je lui souhaite de stopper l'onanisme stylistique qui rend, non pas sourd comme tout le monde le sait, mais terriblement présomptueux et je lui propose d'essayer l'accouplement avec le lecteur qui au bout du compte lui donnera beaucoup plus de plaisir qu'il ne le soupçonne...
   C'est aussi cela, grandir.
    ↓

critique par Cogito Rebello




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Bêcheur, va!
Note :

   Tout commence par un enterrement. Celui du narrateur. Un homme né dans les années 60, qui nous raconte son histoire par delà la mort. Et ce héros est pour le moins bavard : de Sacierges à Coucy, de Paris à Orléans, de Brest à Lyon, voici ce nomade de luxe qui évoque ses souvenirs, depuis sa plus tendre enfance jusqu'à ses rencontres d'adulte. De ville en ville, il traîne son ennui profond pour la vie, sa misanthropie et son regard d'esthète, vaguement entouré d'une famille pour le moins discrète et de quelques amis de passage, pour lesquels il semble avoir davantage d'aversion que de véritable sympathie. Durant plus de trois cents pages, ce narrateur mélancolique nous entraîne dans un tourbillon de souvenirs et d'impressions fugaces, avant de nous ramener, brutalement, à cet enterrement initial, celui d'une vie passée à éviter de vivre, précisément.
   
   Phénomène littéraire récompensé en 2011 par le prestigieux Prix de Flore, ce roman est l'un des plus atypiques qui soient. Comme on peut le deviner à la lecture du résumé, il n'y a aucune histoire, aucune intrigue dans ce livre : Marien Defalvard et son narrateurs enfilent les souvenirs comme d'autres enfilent des perles, et cela pourrait durer presque indéfiniment. Bien évidemment, le succès médiatique de ce roman est en grande partie dû à son auteur, qui l'aurait écrit à quinze ans, à l'âge où d'autres maîtrisent à peine la syntaxe d'une phrase simple. Il est vrai que Defalvard semble avoir déjà tout assimilé de la littérature qui l'a précédé, avec un style aux accents proustiens, rousseauistes, mallarméens ou encore verlainiens. Au moins, on ne pourra pas lui reprocher d'avoir une écriture monotone et commune : chaque page est une flamboyante démonstration de virtuosité stylistique. Hélas, malgré son goût prononcé pour les énumérations, les allitérations, les rythmes ternaires, les termes rares et les descriptions lyriques des phénomènes météorologiques, malgré son talent indéniable et sans doute exceptionnel pour son jeune âge, Marien Defalvard signe ici un roman désespérément vain. A la différence du Proust de Combray, qui semble être son modèle plus ou moins avoué, Defalvard ne parvient pas à dépasser le stade du souvenir ou de l'état d'âme égotiste, son narrateur est au mieux agaçant, au pire soporifique, aigri et pédant. Pour tout dire, le moment le plus palpitant du roman est la description, sur cinq pages, d'une partie de Monopoly... Alors certes, ce roman est un bien bel objet littéraire, mais il est surtout terriblement prétentieux, suffisant et exaspérant, à l'image de son auteur, venu écumer les plateaux de télévision à l'automne 2011 comme pour se gargariser de sa supériorité sur le commun des mortels.

critique par Elizabeth Bennet




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