Lecture / Ecriture
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Les désarrois de l'élève Törless de Robert Musil

Robert Musil
  L'Homme sans qualités (2 tomes)
  Les désarrois de l'élève Törless

Robert Musil est un écrivain autrichien né en 1880 et décédé en 1942.

Les désarrois de l'élève Törless - Robert Musil

Jeux didactiques
Note :

   Robert Musil, auteur autrichien contemporain de Zweig, a laissé deux grands ouvrages. "Les désarrois de l'élève Törless" est son premier roman, et l’œuvre qui l'a révélé. Quant au second, "L'homme sans qualités", il y a passé trente ans sans parvenir à le terminer. Pour aborder l’œuvre de Musil, j'ai donc commencé par le commencement.
    
   "Les désarrois de l'élève Törless" raconte les mésaventures de Törless, jeune autrichien, dans un internat huppé du pays. Mis là par ses parents fonctionnaires qui ont beaucoup d'espoir pour lui, il fait les découvertes de tout adolescent, mais dans un cadre austère et souvent hostile : l'adversité, l'admiration pour un professeur, la plongée maniaque dans une matière qu'on estime essentielle. Mais il fait la connaissance de matières très peu scolaires : les émois, hétéro comme homosexuels, mais aussi le sentiment de domination, et celui de honte. Comme entraîné par deux camarades, Reiting et Beineberg, la vie de Törless à l'internat prend des chemins très aventureux.
    
   Musil signe avec son premier ouvrage un véritable roman d'apprentissage. On y retrouve non seulement la séparation d'avec les parents et la découverte d'un monde inconnu, mais aussi tous les doutes qui assaillent le jeune homme dans cette école a priori très austère. Si les premières aventures se font à l'extérieur, à l'étage d'une auberge avec une jeune fille, ce sont très vite le grenier et les moindres recoins de l'internat qui deviennent les lieux de jeu de Törless. En particulier cette petite pièce sous les combles, tendues de tapisseries, où les trois amis se livrent à tous les jeux, y compris les plus barbares.
    
   L'autre force du roman est la très belle écriture du traducteur, Philippe Jaccottet. Pas question ici de juger de la fidélité à l'ouvrage initial, même si on peut penser que Musil n'est pas manchot dans ce domaine. L'écriture est soignée, recherchée, poétique, et nous emmène dans les méandres qu'on peut penser être ceux de l'esprit de Törless. Une plongée parfois exigeante mais souvent exaltante dans cette œuvre de jeunesse qui loin d'être un brouillon, est une grande œuvre littéraire.
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critique par Yohan




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Roman de formation
Note :

   "Les désarrois de l’élève Törless" est un de ces romans de formation qui retiennent l’attention pour avoir exprimé des phénomènes pourtant courants, mais qui étaient généralement passés sous silence, bien avant que l’ordre moral commençât à s’estomper.
   
   Le jeune Törless est un adolescent ambitieux qui choisit d’effectuer ses études secondaires dans l’école de W., une petite ville située "sur la ligne de Russie", c’est-à-dire dans les régions orientales de l’Empire d’Autriche Hongrie. Cet établissement réputé pour donner la meilleure éducation attirait les futures élites de l’Empire. Ce choix, immédiatement passée la séparation d’avec sa famille, causa un grand trouble à Törless, déprimé par l’aspect austère de l’établissement.
   
   Bientôt plongé dans le quotidien de sa nouvelle vie, il eut d’autres difficultés à affronter. Au début de l’adolescence, les garçons ressentent les premiers élans de la sensualité et, dans la petite ville de W., c’est auprès d’une prostituée vieillissante, Bozena, qu’ils tentaient de la satisfaire, sans ressentir une grande excitation.
   
   A l’intérieur de l’établissement, les relations sont rugueuses. Törless se lia bientôt à deux camarades, Reiting et Beineberg, qui lui firent part des difficultés qu’ils connaissaient avec Basini, un élève qui avait emprunté de l’argent et ne parvenait pas à le rembourser.
   
   Ces prémisses conduisent à une situation où les deux "amis" de Törless harcèlent Basini, le maltraitant et le poussant à des relations homosexuelles que la victime acceptait sans trop se plaindre.
   
   L’intrigue verse ainsi dans le mélange de la terreur qu’exerçaient les deux camarades de Törless envers Basini, et de l’homosexualité dans laquelle les quatre adolescents trouvent un exutoire fortement teinté de sadomasochisme.
   
   Törless, décidément décalé dans ce milieu, est également gagné par des troubles intellectuels, notamment vis-à-vis des mathématiques, et en particulier des nombres imaginaires.
   
   Remarquablement mené, ce roman constitue certainement l’une des meilleures analyses des difficultés de l’adolescence, exacerbées par la vie en vase clos d’un internat rigoureux. Tous ces thèmes reviendront d’ailleurs dans l’œuvre maîtresse de Musil, "L’homme sans qualités".

critique par Jean Prévost




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