Lecture / Ecriture
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Breakfast on Pluto de Patrick McCabe

Patrick McCabe
  Breakfast on Pluto

Breakfast on Pluto - Patrick McCabe

Il a un drôle d'Eire ce garçon!
Note :

   Après le surprenant mais un brin traumatisant "Butcher Boy", peu d'autres titres de Patrick McCabe on été traduits en français, par quel mystère?
   
   Après un exposé géopolitique (plein d'humour) de la frontière entre le nord et le sud aux environs de la charmante bourgade de Tyreeelin, nous avons le droit et même le devoir de faire la connaissance de notre adorable héros Patrick Braden! Figure locale haute en couleurs (au propre comme au figuré!) dont le surnom préféré est Pussy, prostitué et travesti, il pense qu'il vaut mieux se plier à la coutume locale, l'émigration à Londres, où bien sûr il se fera moins remarquer. Quoique! Enfin la guerre (pardon les troubles) n'est pas terminée...
   Sur les conseils d'un ami médecin hélas disparu, notre narrateur écrit le roman de sa vie (rocambolesque), son titre en toute simplicité :
   "Patrick Braden, sa vie, son époque"
   
   A tout seigneur tout honneur, Patrick Pussy Braden, reconnaissons humblement qu'avoir comme surnom Pussy ne doit pas aider beaucoup dans la vie. Surtout lorsque soi-même on ne sait pas trop de quel côté se tourner pour ne pas mal tourner! Et voler des sous vêtements féminins (trop grands en plus!) n'arrange pas les choses! Surtout que comble de malchance notre héros ou héroïne, (rayez la mention qui vous dérange le plus!) est le fils non déclaré du curé local! Dans la très catholique Irlande, enfer et damnation! Pussy, fleur qui s'étiole dans la morne campagne irlandaise, part à l’aventure Londres et ses fastes (food), OK, elle est facile, pas comme la vie londonienne quand on est prise pour une dangereuse terroriste... et que l'on est au mauvais endroit au mauvais moment! A l’instar de Francie Brady dans "Butcher Boy", on est toujours dans un sentiment de fascination ou de rejet pour les héros de McCabe.
   Sa mère-pas mère et sa famille, madame La Moustachue, ou la Poilue si Pussy est de bon poil ou pas. Les autres enfants... Minie, Tony, Hughie, Peter, Josie, Caroline et Bébé Ba...
   Son père-père, prêtre libidineux, Bernard McIvor pour qui la vie a changé quand (et c'est l'auteur qui le dit "il avait inséré son kiki chatouilleux dans le vagin d'une femme aussi belle que Mitzi Gaynor …" qui, pour le bien de tous, partit à Londres... Sa mère-mère, enfin la vraie, mérite des recherches mais est-ce bien raisonnable?
   
   Son mentor et protecteur de ses jeunes années, son Éminence (désolé pour cette allusion!) Monsieur Totoche, ministre en exercice, qui a force de magouiller dans des affaires louches sautera sur une bombe... IRA ou Ulster Defence Association... le résultat est le même (on a les martyrs que l'on peut!).
   
   Un récit en 56 chapitres dont certains ont des titres très explicites, par exemple : Patrick Braden, 13 ans les problèmes commencent pour de bon! (la valeur n'attend pas le nombre des années).
   
   Patrick envoie également quelques missives bien senties au Père-père Bernard "Le père Bonnard plante son crucifix ou Le père Bernard re (va et -) vient!" Déluré ce jeune personnage...
   
   L'écriture manie un certain humour pour décrire des scènes osées et des situations très crues. La profession d'escort-girl travestie n'est pas un métier de tout repos et même sur le tard Pussy de retour au pays pense avec jubilation à la tête des jeunes gens qui se moquent d'elle s'ils savaient le quart de la vérité...
   
   Les deux œuvres les plus connues de cet écrivain ; celle-ci et "The Butcher Boy" ont été portées à l'écran par Neil Jordan avec la collaboration de McCabe lui même.
   
   Un ouvrage qui me laisse une impression mitigée (comme le reste de l’œuvre de McCabe que je connais) d'ailleurs. Le mélange du tragique (les attentats de Londres) et ce personnages lunaire acceptant sa situation avec un fatalisme impressionnant… enfin Pussy est bien dans sa vie mais pas forcément dans son époque...
   
   
   Extraits :
   
   - 1922 : Une frontière géographique est dessinée par un ivrogne, aussi tremblante et trompeuse que celle qui sépare la vie et la mort.
   
   - Je suis à deux doigts de leur répliquer : "Mais oui! Bien sûr, les garçons! Je n'ai pas laissé la porte ouverte ce soir et vous pourrez tous venir à la queue leu leu pour me donner quelques coups de reins! Pourquoi pas!"
   
   - Il revêt l'habit sacerdotal qui, un psychiatre mal renseigné l'affirmait par la suite, serait partiellement responsable de l'attirance de son fils pour les frivoles toilettes du sexe opposé.
   
   - Tous les jours, un politicien différent débarqué en ville et, le soir dans les pommes, ils parlaient tous de monter dans un camion et de traverser la frontière pour prendre le nord d’assaut.
   
   - Et ce n'était pas le cas, et qu'à l'intérieur de son pantalon noir une émeute était sur le point d'éclater? Non! C'était tout simplement impossible. Popol est sournois, Popol est vilain, mais une bonne vieille blouse, des chaussons traînant et des bas de couleur de thé froid devraient certainement garantir qu'il se surveille et reste à sa place.
   
   - Vous savez, à cette époque, les filles n'avaient pas vraiment d'expérience en ce qui concernait les garçons et leur turlute électrique. Pour être tout à fait honnête, je crois qu'elles ne savaient même pas qu'ils en avaient une!
   
   - "Fais-moi encore frotti-frotta!" répliquait-il alors, ou : "Que dirais-tu de jouer un petit air de flûte pour ton Totoche! Alors- je me lançais, m' agenouillais et jouais de la turlute- mais pas seulement pendant les moments guillerets!
   
   - Surtout qu'une fois rentrée, on a appris qu'à Derry, les soldats de la British Army avaient tiré sur treize personnes, les blessant mortellement.
   
   - Avant cela, il n'aurait pas su où regarder dans un atlas pour situer l'Irlande- et encore moins Tyreelin!
   
   - Celle que l'on appellera la Chasseuse de Puanteur, la Porteuse de Parfum, la Semeuse de Fleurs, voilà l'Ennemi de l'Obscurité, celle qui arrachera cet endroit et ces gens aux ténèbres pour les mener vers la lumière!

   
   
   Titre original : Breakfast on Pluto (1998)

critique par Eireann Yvon




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