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Le poète et le roi de Marc Fumaroli

Marc Fumaroli
  Le poète et le roi

Le poète et le roi - Marc Fumaroli

Le Grand Siècle
Note :

   "J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique
   La ville et la campagne, enfin tout ;
   il n’est rien qui ne me soit souverain bien
   Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélancolique"
*
   
   Notre culture poétique, nos réminiscences scolaires, sont imprégnés des œuvres de cet homme. Parfois incapables de dire les textes en leur entier, nous les reconnaissons pourtant dès les premiers mots.
   L'auteur est une mine pour les professeurs en mal de sujets de dissertation...
   
   La Fontaine est cet homme-là, l’homme qui aime Boccace, l’Arioste et par-dessus tout Montaigne.
   L’homme dont les amis s’appellent Madame de Sévigné, La Rochefoucauld, Madame de La Fayette. Un écrivain lié à la vie intellectuelle et politique de son temps.
   
   Laissez vous emporter par la plume savante de Marc Fumaroli, vous découvrirez un La Fontaine inconnu, un homme qui «a été l’objet d’amitié encore plus que d’admiration», dont Léon-Paul Fargue disait : «un ami de tous les instants ; qui pénètre le cœur sans le blesser.»
   
   Ici pas de parcours biographique classique, on est d’emblée confronté à l’évènement majeur pour La Fontaine : l’arrestation de Nicolas Fouquet, son mentor, le mécène auprès de qui il fit ses premières rimes.
   Immédiatement le ton est donné car La Fontaine bravant l’autorité toute neuve de Louis XIV, va tenter de défendre Fouquet avec une belle détermination et un certain courage.
   
   La Fontaine était en bonne compagnie à Vaux le Vicomte comme pensionné du surintendant, tout ce que la France comptait d’artistes de valeur est là, Poussin et Le Nôtre, Molière et les frères Corneille.
   Le procès de Fouquet que La Fontaine estime inique est pour lui l’occasion de s’élever avec talent contre l’arbitraire royal. On peut presque dire que le procès, voulu par Louis XIV, a participé à la naissance de l’écrivain!
   
   L’homme se fait ainsi quelques ennemis et en particulier Colbert qui a maintenant la haute main sur les largesses en faveur des écrivains.
   La Fontaine va passer sa vie sans être admis à la cour et revendiquant de manière très prudente mais permanente, la liberté de l’artiste face à l’autorité de l’Etat.
   Son langage, ses écrits seront donc un perpétuel pied de nez aux grands, aux vaniteux, un pied de nez teinté d’érudition, d’inspiration des poètes antiques, préférant l’insinuation et la malice à la diatribe hargneuse.
   Ses amis seront en même temps ses soutiens financiers, Madame du Bouillon, Madame de la Sablière permettent à son talent de s’épanouir tout en lui assurant une indépendance d’esprit, soutiens qui lui permettront de n’avoir jamais à glorifier le roi comme le fera un Racine avec son apologie de Louis XIV.
   
   On voit se dessiner le portrait d’un homme qui a le goût du bonheur, qui aime le «gai savoir».
   Ses contes puis ses Fables vont le rendre célèbre, même Colbert finira par s’incliner en l’acceptant à l’Académie Française.
   Le poète que l’on imagine la fleur à la bouche, dilettante de génie, volage à l’occasion est en fait nous dit Marc Fumaroli un philosophe épicurien, adepte de l'amitié à la manière d’un Montaigne
   « En dépit de la douceur que La Fontaine avait imprimée à sa prose et à sa poésie, il était clair qu’elles émanaient d’une arrière boutique toute franche construite sur le même modèle que celle de Montaigne.»
   
   C’est l’indépendance conservée qui va lui permettre de composer ses fables «quintessence de poésie, fruit de l’expérience d’un artiste qui n’avait écrit qu’après avoir passé la quarantaine : une goutte de miel, un grain d’encens, qui donnait saveur et parfum à tout le livre».
   
   Des textes simples en apparence, mais c’est une simplicité trompeuse :
   « J’ai fait parler le loup et répondre l’agneau.
   j’ai passé plus avant : les arbres et les plantes
   Sont devenues chez moi créatures parlantes. »

   
   Les mots sont parfois féroces vis-à-vis du pouvoir mais comment pourrait-on le reprocher à la fourmi, la cigale et autre belette.
   Le ton est parfois cinglant, cruel, la langue est d’une telle élégance qu’elle sert de masque aux propos.
   
   Ses amis s’amusaient à mettre un nom derrière l’animal, à deviner la cible des attaques, riant des ruses de La Fontaine pour dire sans dire et mettre les rieurs de son côté.
   
   Superbe livre, où Marc Fumaroli sait nous faire le tableau de cette période qui est un tournant important dans la vie politique de la France, pour lui La Fontaine est le dernier des poètes de la Renaissance, à la sortie du livre les critiques ont vu en lui un Saint Simon moderne et cela lui va bien.
   
   A côté des Fables, faites une place à ce livre dans votre bibliothèque
   
   
   * Les Amours de Psyché (Jean de La Fontaine)

critique par Dominique




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