Lecture / Ecriture
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Prairie de James Galvin

James Galvin
  Prairie

James Galvin est un poète américain né en 1951 à Chicago.

Prairie - James Galvin

Littérature de l'Ouest
Note :

   Galvin est avant tout un poète, "Prairie" est donc son premier livre en prose, pas vraiment un roman, et donc essentiellement classé en Nature Writing, sorti en 1992 aux USA, et traduit en français en 2001.
   
   Outre-Atlantique c'est un livre culte, encensé entre autres par Jim Harrison, Bary Lopez ou Peter Matthiessen et il est facile de comprendre pourquoi. Je crains bien en revanche qu'il ne soit jamais considéré comme un livre culte ici, mais cela est également prévisible. C'est pourtant un très bon livre, dédié aux habitants de cette prairie, quelque part dans les Rocheuses, et qui, sur plusieurs générations, ont eu la folie de s'accrocher à ce morceau de terre qu'ils aiment par-dessus tout.
   
   Il y a Lyle, le doyen, qui meuble sa solitude en fabriquant toutes sortes d'objets, le vieux App qui ne s'est jamais remis de la mort de sa femme, Franck qui boit trop, et puis Ray, et le narrateur himself, James Galvin qui regarde vivre tout ce petit monde, farouche et isolé. Ces hommes et ces femmes doivent lutter contre les hivers rigoureux, la solitude et faire corps avec cette prairie car c'est elle la plus forte. Elle rend les hommes fous (certains se suicident), elle se montre si rude que d'autres meurent de froid, perdus dans la neige, ou crèvent d'isolement, mais tous s'accrochent et restent, en dépit, ou plutôt à cause de ce milieu encore sauvage.
   
   Un tel sujet avait tout pour me plaire, malheureusement j'ai dû mettre quelques bémols à mon enthousiasme. Le principal défaut de ce livre c'est qu'il est trop centré autour des hommes. Galvin a choisi de parler de cette prairie à travers quelques portraits d'hommes rudes, typiques de l'ouest américain, c'est d'ailleurs pourquoi je l'ai rangé dans cette catégorie, la littérature de l'Ouest.
   
   Ensuite, j'ai été gênée par les trop longues descriptions consacrées à la construction de cabanes en rondins, qui doivent être une mine de renseignements pour tout charpentier et menuisier amateurs, mais qui sont un peu ennuyeuses pour le commun des lecteurs. De même que l'omniprésence de la voiture, composante essentielle de la culture américaine, vient quelque peu gâcher l'esprit du roman, où malgré les affirmations du quatrième de couverture, la faune et la flore ne sont pas si présentes que ça. (quelques allusions aux castors et coyotes, sans plus).
   
   Un avis sans doute un peu mitigé, mais une fois encore, si je présente James Galvin, c'est parce que le sujet de son livre est bien lié au Nature Writing et aussi parce que je crois que c'est un écrivain à découvrir, un de ceux qui comptent dans la littérature américaine. D'ailleurs, je compte me procurer au plus vite son roman "Clôturer le ciel".
   
   "Ray, ils sont si nombreux, que la terre vierge qu’ils convoitent, ils vont la transformer en parc à caravanes. Ce sera un country club pour pauvres Blancs. Cette terre, ils vont la dévorer avant même d’en être propriétaires et nous non plus, on n’y aura plus droit. Ces crétins croient vraiment les agents immobiliers quand ils disent que l’accès est garanti tout l’hiver, que les rivières sont hautes tout l’été et que le prix de la terre ne va pas cesser de grimper. Ils vont construire des horreurs dans la vallée que nous avons regardée intacte pendant si longtemps qu’on est devenus comme drogués. On ne verra plus les montagnes à cause des saloperies qu’ils vont disséminer en bas."
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critique par Folfaerie




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Au pays des westerns
Note :

   Il est loin d’être l’écrivain des grands espaces le plus connu mais il mérite une place aux côtés d’ Harrison, de Rick Bass ou de O’Brien.
   
   Je vous engage à travers ce récit à faire connaissance avec lui, si vous êtes séduit vous pourrez ensuite lire "Clôturer le ciel" un roman que j’aime beaucoup également.
   
   Ce n’est pas l’histoire d’une personne mais celle d’un lieu : la Prairie, une terre perdue aux confins du Wyoming, du Nebraska et du Colorado.
   
   A travers "une litanie d’épisodes météorologiques" l’auteur nous fait vivre dans cette nature magnifique et plus que rude.
   
   Une galerie de personnages qui ont vécu, travaillé et qui sont morts sur cette terre mais dont ils ne furent jamais réellement propriétaires, la nature rappelant ses droits à chaque saison.
   
   Deux ou trois personnages émergent, Lyle qui est né "dans une maison faite de terre. On dirait une tombe avec un toit dessus". Sa famille vit là comme dans des "terriers chauds et sombres".
   
   Lyle qui a tenu bon, il a racheté sa terre à Appleton Worster, pour ce dernier l’expérience a mal tourné, et il a finit par se construire une maison.
   "On dit que la prairie est dans les nuages alors qu’en réalité les nuages sont dans la prairie. On dit qu’une vapeur monte de la rivière comme si la rivière exhalait son âme en se mettant à l’envers et c’est bien ce qui se passe."
   
   Lyle c’est un sacré bonhomme, il a des mains énormes mais peut faire preuve d’une grande douceur et avec le dessus de son énorme index "caresser doucement l’hirondelle sous la gorge".
   
   "Bientôt quarante ans que j’ai les yeux fixés sur cette foutue prairie"
mais pas question de la quitter.
   
   C’est un drôle de personnage ce Lyle, il écume les bibliothèques et après avoir épuisé celle de Laramie il se fait envoyer des livres depuis Denver car "Il aimait Homère, Tolstoï, Dickens, des histoires qui racontent ce que font les gens. Il n'aimait ni Dostoïevski ni Faulkner. "
   
   Venez vous perdre dans cette prairie, voir ce pays où les castors sont de très bons ingénieurs en hydraulique et où Ray doit s’efforcer d’être meilleur qu’eux, faire connaissance avec Frank qui boit trop, avec App inconsolable, Clara qui tient son journal.
   
   Ces hommes tellement durs à la tâche qu’en cas de maladie ou de blessure le médecin doit multiplier par dix l’importance des symptômes pour être près de la réalité.
   
   Vous allez tomber amoureux de cette prairie qui l’hiver est engoncée dans son manteau de neige où les vies sont parfois éclatées par le froid, interrompues par la nature qui se fait démon et où l’homme livre un combat perdu d’avance.
   
   Et puis quand on lit : Laramie, North Platte river, on est immédiatement transporté au pays des westerns et on rêve de rencontrer Jéremiah Johnson!

critique par Dominique




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