Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Malavita de Tonino Benacquista

Tonino Benacquista
  Les morsures de l'aube
  Trois carrés rouges sur fond noir
  La maldonne des sleepings
  Quelqu'un d'autre
  Saga
  Malavita
  La machine à broyer les petites filles
  B comme: Le serrurier volant
  Homo erectus
  B comme: La Commedia des ratés

Auteur français, né le 1er septembre 1961.

Malavita - Tonino Benacquista

Peut-on encore croire, à Cholong-sur-Avre, que «la vita é bella» ?
Note :

   Lorsque l'on sait que « Malavita » est l'un des multiples surnoms donnés à la mafia, il est aisé alors de percevoir dans quel milieu se situe ce livre.
   
   Fred Blake (de son vrai nom Giovanni Manzoni) s'installe avec sa famille dans une petite ville normande, Cholong-sur-Avre, pour y couler des jours paisibles et qui devraient être ordinaires. Alors que ses enfants (Belle et Warren) découvrent leur nouveau milieu scolaire et que sa femme, Maggie, s'intéresse activement à des œuvres caritatives, Fred, dans une forme de désœuvrement et de nonchalance, s'adonne aux joies de l'écriture au grand étonnement de tous. Lui qui n'avait probablement jamais ouvert un seul livre de sa vie se trouve mû d'un irrésistible besoin d'écrire, mais pas n'importe quoi, car ce sont ses Mémoires. Et il en a à raconter…
   « Giovanni Manzoni prônait (jusqu'alors) l'art de l'éloquence à coups de barre à mine, et les joies de la dialectique se traduisaient en général par une recherche d'arguments sophistiqués allant du chalumeau à la perceuse. »
   
   Dans ce contexte normand pourtant bien tranquille, Fred est tout de même sous la surveillance et la protection constantes d'agents du FBI. Précautions indispensables suite à ses révélations qui ont fait tomber d'éminents membres de la Cosa Nostra. Ainsi, toute la famille est depuis des années condamnée à fuir sans cesse. Dans cette fuite incessante, les enfants ainsi que la mère semblent victimes des anciens agissements mafieux du père même s'il est repenti.
   
   Alors que la personnalité de Fred est fort peu sympathique au demeurant, on se lie très facilement à sa vie et à ses mœurs.
   L'auteur joue bien souvent avec la dérision et la caricature, sans excès toutefois, en saupoudrant ses personnages d'un rien de ridicule, ce qui confère à l'histoire une croustillante drôlerie. À l'instar de ce rocambolesque cheminement qui mène les vengeurs à retrouver, par hasard, la trace de ce “Parrain” repenti et délateur… Et là, toute la puissance de narration de Tonino Benacquista est à son comble. J'ai adoré !
   
   Une histoire construite comme dans bien des livres à suspense mais avec ces notes supplémentaires d'humour, de burlesque parfois et d'acidité aussi qui en font toute l'originalité.
   ↓

critique par Véro




* * *



La mauvaise vie
Note :

   «Une famille apparemment comme les autres. Une chose est sûre, s’ils emménagent dans votre quartier, fuyez sans vous retourner.»
   
   Fred, Maggie, Belle et Warren ne sont pas vraiment Fred, Maggie, Belle et Warren. Et s’ils viennent s’installer au bout du monde à Cholong-sur-Avre, ce n’est pas pour leur amour du terroir normand, loin de là. Car la famille Blake est sous la protection du plan Witsec, le plan de protection des témoins. Fred Blake n’est autre qu’un repenti, un parrain qui s’est mis à table et s’est mis à dos toutes les mafias d’Amérique du Nord. A tel point qu’il lui a fallu s’exiler avec sa famille en Europe.
   
   Mais tout n’est pas si simple : il faut gérer la crise d’adolescence des petits, les crises de nerfs de Maggie et sa crise humanitaire. Le pire étant sans doute ce naturel du mafioso qui revient au galop chez Fred, lui faisant réaliser les coups les plus tordus. Le pire étant surtout que par une série de hasards, voilà notre famille de repentis repérée par la mafia, transformant du même coup Cholong en succursale du far west.
   
   Je ne connaissais pas du tout Tonino Benacquista, mais après moult concerts de louanges, Malavita me tombant sous la main, je me suis décidée ! Et grand bien m’en a pris ! Car Malavita, la «mauvaise vie», la vie de la mafia et des repentis vue par M. Benacquista, c’est drôle ! Bourré de clichés, de répliques entre acidité et truculence, des coups de théâtre, de coups bas et de coups tordus ! Les personnages ne s’épargnent rien et n’épargnent rien aux autres. La rivalité de Fred avec le flic qui l’a fait tomber et qui maintenant le protège est un sommet !
   
   En plus de tout ça, Benacquista offre un tableau intéressant du monde des mafieux, des rapports humains et de la nature humaine.
   
   Je regrette quand même quelques longueurs : au bout d’un moment, j’ai eu le sentiment que la famille Blake s’enlisait un peu. Qui dans sa confession, qui dans ses activités associatives, qui dans sa vie de collégien. Des longueurs qui se terminent avec brutalité. La fin est un tantinet trop rapide. Mais sinon, que du bonheur !
   En plus, il semblerait que ce soit le moins bon des romans de Benacquista ! En ai-je de la chance d’avoir commencé par celui-ci !
    « - Si on m’avait dit un jour que je vivrais dans le pays de la crème fraîche, dit Richard.
   - C’est pas que c’est pas bon, j’ai rien contre, mais notre estomac n’est pas habitué, reprit son collègue.
   - Hier, au restaurant, ils en ont mis dans la soupe, et puis sur l’escalope, et pour finir sur la tarte au pommes.
   - Sans parler du beurre.
   - Le beurre ! Mannaggia la miseria ! S’exclama Vincent.
   - Le beurre, c’est pas naturel, Maggie.
   - Qu’est ce que vous voulez dire ?
   - L’organisme humain n’a pas été conçu pour affronter un corps gras de ce calibre. Rien que d’imaginer ça sur les parois de mon estomac, j’en ai des suées.
   - Goûtez à cette mozzarella au lieu de dire des bêtises. »

critique par Chiffonnette




* * *