Lecture / Ecriture
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Le mystère Sherlock de J. M Erre

J. M Erre
  Prenez soin du chien
  Série Z
  Le mystère Sherlock
  Made in China
  La fin du monde a du retard
  Le grand n'importe quoi

Jean-Marcel Erre, qui préfère signer ses livres "J.M. Erre" (on se demande pourquoi), est un écrivain français né en 1971 à Perpignan.

Le mystère Sherlock - J. M Erre

Erre, candidat sérieux à la chaire d’holmésologie
Note :

   "Dans ce cas, si Holmes n’est pas Holmes, qui est Holmes?"
   
   Nous sommes en Suisse dans un chalet luxueux mais bien éloigné de tout et difficile d’accès en hiver ; et ce n’est pas sans risquer leurs vies que les holmésiens les plus brillants du monde le rejoignent pour répondre à l’invitation de l’éminent Professeur Bobo qui a une chaire d’ holmésologie à attribuer et compte profiter de ce huis clos pour déterminer qui est le plus apte à occuper ce poste. Pour ce faire, il a convoqué en ce lieu les neuf meilleurs spécialistes du sujet tandis qu’à son insu, une journaliste déguisée en servante est parvenue à s’introduire dans les lieux. C’est elle qui mène le récit par l’intermédiaire de son journal qu’elle tiendra à jour jusqu’au dernier moment. Elle nous montre avec la plus cruelle objectivité les éminents participants et leur mentor, le prestigieux professeur Bobo qui, malheureusement, est complètement gâteux (alors que les autres Gentils Membres ne sont que partiellement atteints).
   
   "Tout avait commencé comme un week-end de détente au milieu d’une troupe de passionnés gentiment fêlés. Je m’étais amusée à observer comment des cerveaux adultes et éduqués pouvaient régresser face au gros lot en jeu, jusqu’à retrouver les gestes et les attitudes des enfants qu’ils avaient été… Et puis nous avons subi l’avalanche et ramassé deux morts."
   
   Car avalanche il y eut, qui recouvrit le chalet et les lieux passèrent de «difficiles d’accès» à «totalement coupés du monde». Au même moment, tout aussi malencontreusement, commencèrent les décès et l’inexorable réduction du nombre des participants… Autant dire que nous ne sommes plus chez Conan Doyle, mais chez Agatha, et que nos dix petits holmésiens n’en mènent pas large.
   
   J.M. Erre manifeste dans le traitement de son roman une plus qu’excellente connaissance du sujet et de la littérature y afférant, aucune page du «canon»* ne semble pouvoir échapper à sa mémoire, aucune variation sur le thème de S.H, aucun écrivain ayant tenté de s’approprier le personnage ne semble lui être inconnu. Et le lecteur, lui-même très probablement holmésien (sinon il ne serait pas là ) – niveau 2 présumé-, a plaisir à reconnaitre les évocations et les clins d’œil et à se sentir entre amis.
   
   Ce roman traite son sujet sous deux angles : le comique et l’énigme policière.
   Le comique m’a parfois fait sourire, jamais rire, et relève d’un humour dont je ne suis pas très friande (je le trouve lourd).
   Par contre, l’énigme policière de type Whodunit est parfaite. Elle se tient très bien et si on y réfléchissait un peu on pourrait parfaitement trouver la (ou les) solution(s) en même temps que ce cher Lestrade, chose que les holmésiens aiment bien dans une histoire policière.
   
   Autre chose encore : on ne peut lire ces évocations des cruelles luttes entre universitaires pour les meilleurs postes sans songer à David Lodge et à ses peintures au couteau de ce milieu.
   
   "Chacun se l’(Holmes) appropriait, se voyait comme le gardien jaloux de sa mémoire, et vivait douloureusement les prétentions des autres à la garde du bébé… C’était une passion qui les habitait, qui les grandissait, qui les faisait vivre.
   Mais qui était aussi en train de les détruire."

   Tout comme l’on songe aux différents chapitres de «l’art de la fiction» du même Lodge recensant les différentes techniques narratives. Car de même que tous les procédés comiques, J.M. Erre met en œuvre tous les procédés du récit (journal, correspondance, compte rendu, notes etc. et même post-it), cela tient un peu du pari ou de l’exercice de style amusant.
   
   Mais il reste Sherlock. Encore insoumis.
   "Au fond, c’est peut-être ça un mythe : un personnage dont le talent dépasse celui de son créateur, un être qui a davantage d’ampleur dans l’imaginaire collectif que dans celui de son géniteur, une figure que des écrivains successifs vont s’approprier dans l’espoir d’être celui qui saura enfin se hisser à son niveau.
   Un personnage qui fait naitre un auteur et non l’inverse."

   
   
   * Canon : les quatre romans et cinquante-six nouvelles que Conan Doyle consacra à Sherlock Holmes.
    ↓

critique par Sibylline




* * *



Élémentaire mon cher lecteur!
Note :

   Un congrès de spécialistes de Sherlock Holmes est bloqué par la neige dans un hôtel retiré de Suisse. Quand les secours arrivent, suite à une petite envie de charcuterie, ils découvrent les 10 (non pas petits nègres, vous vous trompez d'auteurs) congressistes morts et sagement alignés!
   
   Différents écrits provenant d'écritures différentes permettent de savoir ce qui s'est réellement passé durant ces quatre jours!
   
   Après une arrivée triomphale pour certains, chaotiques pour d'autres et franchement humiliantes pour quelques-uns d'entre eux, commencent ce que j'hésite à qualifier de : batailles de chiffonniers, complots sanglants, massacres à la tronçonneuses, règlements de comptes (en Suisse, bien sûr!), coups de Jarnac (en Charente et non pas en charentaises) Waterloo morne congrès, Trafalgar sur Léman... j'en passe et bien sûr des meilleures (et aussi des plus mauvaises)!
   
   Car les problèmes d'égo, de susceptibilité, de rancœur, de jalousie... mais nos charmantes têtes (près du bonnet) bien pleines, eux ne se passent rien!
   
   Mettez ensemble une bande de spécialistes de Sherlock Holmes qui ont tous un rêve, être le premier titulaire de la chaire d' holmésologie de la Sorbonne! L'ambiance déjà glaciale devient polaire, les coups bas pleuvent, bref c'est fantasia chez les profs, mâtinés du bal des prétendants... Envoyez les coups bas et l'artillerie lourde... que Sherlock reconnaisse les siens!
   
   Portraiturons certains des participants de cette foire d'empoigne : une femme Eva Von Gruber, le laideron devenu canon, adepte du proverbe "La vengeance est un plat qui se mange froid" et pour jeter un froid elle est passée experte. L'auteur de sa plume acérée nous dit à son sujet, (après, ou avant une description dithyrambique) :
   "-Elle en veut aux hommes et les hommes la veulent: on devrait pouvoir s'amuser."

   
   Sa première victime Jean-Patrick Perchois, spécialiste de la prise de gamelle (on parle de lui pour le prix Nobel, c'est vous dire!). Bobby McGonaghan est un surdoué, professeur émérite etc. et pourtant son rêve est plus terre à terre et unanimement partagé par tous les hommes présents : coucher avec Eva... En oubliant Dolorès Manolette qui pourtant est loin d'être un boudin, mais elle est enceinte jusqu'aux oreilles... ce qui dans le meilleur des cas refroidit les envies de parties de bêtes à deux dos! Et bien évidement elle réserve un chien de sa chienne à la pulpeuse Eva!
   
   Le professeur Jorge Rodriguez lui n'aurait pas de concurrence pour le Nobel de laideur, la nature est parfois ingrate! Le professeur Bobo porte très bien son nom..."Allô maman Bobo". Les autres participants sont le professeur Gluck (bof!) , un jeune homme Oscar Lecoq qui remplace son père au pied levé ; Eva le trouve à son goût et prendrait bien son pied avec lui... mais je m'égare! Elle aussi d'ailleurs est prête à faire une entorse à son régime d'abstinence!
   
   Puis vient enfin Durieux, super prof, une âme bien née dans un corps parce qu'il faut bien porter sa croix ; il est affublé de Rufus, son esclave bénévole et consentant. Un mot pour signaler qu'il y a une personne normale dans l'hôtel, Audrey, narratrice occasionnelle!
   
   On trouve aussi un personnage sortant tout droit des enquêtes de Sherlock Holmes, le commissaire Lestrade.
   
   Prenez Agatha Christie pour le scénario (remplacez une île par un hôtel de luxe isolé par la neige), Sherlock Holmes comme personnage principal et grand absent, le tout raconté avec une verve San-Antoniesque! Et un peu de Flann O'Brien aussi, en prime, un zeste de Stephen King avec Shinning pour décor. Cela donne une toute petite idée de ce roman!
   Car sous ses aspects un peu loufoques, il y a aussi une intrigue policière quasiment digne du maître Conan Doyle... qui, ne l'oublions pas, est l'écrivain qui se cache derrière Sherlock Holmes!
   
   C'est jubilatoire, avec une dose de cynisme dans la caricature féroce d'un arrivisme forcené, et cela fait du bien!
   
   
   Extraits :
   
   
   - Le temps était suspendu, bien sûr. Il ne manquait plus que le Père Noël accompagné de sa tripotée de lutins, et c'est l'extase cosmique.
   
   - Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, l'homme et la femme, le poisson et l'oiseau, ainsi que - juste après avoir inventé l'humour - le ver solitaire et le chancre mou.
   
   - Car jusqu'à l'arrivée d'Eva sur le marché, c'était Dolores qui occupait le créneau
   "activités extraconjugales" dans les colloques universitaires.
   
   - Après un apéritif consacré à un concours de basse servilité catégorie poids-lourds arriva l'heure de passer à table.
   
   - Le patriarche... Celui que l'on déteste parce qu'il a le plus grand des pouvoirs : transmettre le sien. Celui que l'on hait parce qu'il fera de nous, soit un obligé, en nous choisissant, soit humilié, en nous ignorant.
   
   - Oscar : jeune recrue plutôt joli garçon, pas encore abîmé par l'université. Entorse au régime no phallus envisagée.
   
   - C'est vrai qu'on n'a pas encore eu d'incendie, ça manque, remarqua Eva.
   
   - Préposé au bureau des pleurs, voilà à quoi est réduit l'honnête homme confronté à l'épreuve du petit déjeuner en groupe.

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critique par Eireann Yvon




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Arthur et Agatha sont dans un chalet
Note :

   Oh my god! Qu'est-ce que j'ai pu rire en lisant ce roman!
   
   Dans ce roman, l'auteur nous amène en Suisse, juste à côté des chutes où ont supposément péri Sherlock Holmes et Moriarty. Parce que, of course, Sherlock a vraiment existé hein... il ne faudrait surtout pas dire le contraire dans les murs de cet hôtel où 10 universitaires sont enfermés, pris par une terrible tempête de neige. Et il y a un gros truc en jeu. La chaire d'Holmésologie de la Sorbonne. Le problème, au départ, c'est que le célèbre professeur qui doit décerner le dit gros lot a du mal à se souvenir de son propre nom. Et quand, un par un, les spécialistes de Holmes commencent à mourir, ça va de mal en pis. Hmmmm... 10 personnes, coupées du monde, ça ne vous rappellerait pas un truc, ça?
   
   C'est donc à travers documents et enregistrement que l'inspecteur Lestrade (certains noms sont prédestinés, sans doute) devra reconstituer les événements et éclaircir le mystère. Vu comme ça, ça semble banal. Un simple policier, quoi. Sauf que sous le plume de Erre, ça se transforme en grand n'importe quoi complètement jubilatoire bourré de personnages se prenant horriblement au sérieux tout en pelletant des nuages, tous plus cinglés les uns que les autres et se bitchant allègrement. Sans compter les références au Canon ainsi qu'à la littérature paraholmésienne. C'est que, voyez-vous, certains ont commis limite des sacrilèges, dans leurs interprétations! Le ton est ironique et tout ça mis ensemble donne un récit complètement déjanté, qui semble aller un peu partout mais qui frappe en plein dans le mille.
   
   J'ai adoré les passages de "Sherlock Holmes pour les nuls", remplis de dérision et se moquant des petits travers des passionnés du célèbre détective. Et on me dit que l'une de mes copines bien connues aurait atteint le niveau 4-5 de l'Holmésien. Je sais pas pour vous, mais ça fait peur, non?
   
   Un hommage à l’œuvre d'Arthur Conan Doyle (yep, je ne suis pas siiii barrée que certains, je le considère encore comme l'auteur et aussi à Agatha Christie.
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critique par Karine




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Dix petits Sherlock
Note :

   "Le mystère Sherlock" sonne plus comme un exercice à la "Dix petits nègres" d’Agatha Christie qu’en un polar à proprement parler. Et notamment parce que J.M. Erre en profite pour revisiter l’œuvre "Sherlockienne" de Conan Doyle.
   
   C’est que ses "Dix petits nègres" à lui sont des "Holmésiens", réunis dans un chalet isolé en hiver à Meiringen, dans la montagne suisse. Isolé le chalet, et doublement puisqu’une avalanche empêche les congressistes de sortir et quiconque d’entrer. Ils sont effectivement dix universitaires réunis dans une espèce de colloque qui devrait permettre à la sommité "Holmésienne" - sommité désormais gâteuse vu son grand âge – le Professeur Bobo, de désigner le plus à même de se voir attribuer la première chaire d’holmésologie qui se crée à la Sorbonne.
   
   Il y a bien une onzième personne dans ce même chalet, Audrey, une journaliste infiltrée comme serveuse, qui enquête sur tout ce qui se fait en sectes, sociétés secrètes… Sherlock Holmes et les Holmésiens l’intéressent à ce titre.
   "Après des mois d’investigation discrète dans le milieu des holmésiens, je pensais clôturer mon enquête en beauté à Meiringen. Ma couverture était parfaite pour observer de près les participants au colloque : employée en extra le temps du week-end comme femme à tout faire par l’hôtel Baker Street, j’allais pouvoir jouer à la petite souris invisible, au pois chiche au milieu des cerveaux. Tout s’annonçait sous les meilleurs auspices, sauf que j’ai failli mourir avant même d’arriver à l’hôtel, dans le taxi qui m’amenait de la gare. Et j’aurais dû y voir un signe…"
   

   Ils sont donc tous là, avec leurs certitudes et leurs haines réciproques recuites, dévorés les uns comme les autres par l’ambition de se voir attribuer cette chaire, de devenir "l’Holmésien" de référence. Et très vite des morts vont survenir, qui peuvent d’abord passer pour accidentelles puis…
   Typiquement "Dix petits nègres". Mais un "Dix petits nègres" qui ne se prendrait pas au sérieux. Un pastiche de "Dix petits nègres" traité avec désinvolture et un humour toujours à fleur de lignes qui, pour deux chapitres au moins, m’ont fait hurler de rire au point d’indisposer autour de moi.
   J.M. Erre "révise" donc son Sherlock Holmes, les morts s’alignent dans la chambre froide, et le lecteur passe un excellent moment. Surtout s’il n’y a personne autour de lui susceptible d’être indisposé par des rires trop bruyants !
   
   En fait de polar nous sommes dans une tendance Exbrayat mâtinée d’Elmore Leonard ou Donald Westlake pour le côté délibérément drolatique et décalé.

critique par Tistou




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