Lecture / Ecriture
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A la façon des années soixante de Sǔng' ok Kim

Sǔng' ok Kim
  A la façon des années soixante

Bien que né au Japon (en 1941), Kim Sǔng' ok (ou Kim Seung-ok)*, retourné dans son pays dès 1945, est un auteur sud-coréen, également scénariste, qui a peu à peu abandonné les livres pour le cinéma.

* Il s'agit d'un nom coréen ; le nom de famille est Kim. Il est placé avant le prénom

A la façon des années soixante - Sǔng' ok Kim

Quant au suicide…
Note :

   To-in, trentenaire, professeur d’Instruction Civique à Séoul, a passé sa nuit à écrire deux lettres qu’il poste au matin. La première est sa démission, adressée au directeur de son établissement scolaire, la seconde, adressée au plus important journal de Séoul, est sa lettre de suicide. Il pense en effet qu’il est bon qu’il ne parte pas sans avoir attiré l’attention des autorités et du public sur l’étouffement social qui condamne chacun à une vie morne et sans intérêt. Il se tuera, avec le sentiment du devoir accompli, dès que sa lettre sera publiée. Il n’y a là nulle passion, nulle rage, juste le sentiment de mettre ses affaires en ordre. Ainsi cette idée de démissionner au moment de se tuer!...
   
   Bref, après cette nuit blanche il passe donc cette journée à se reposer et le lendemain va acheter le journal pour vérifier la bonne publication de sa lettre… mais elle n’a pas été publiée! Très surpris (et ça, c’est comme l’idée de démissionner quand on se tue, une logique interne qui lui est propre), il décide de s’occuper un peu à des rangements en attendant le jour suivant et la probable publication. Ces rangements lui remettent en mémoire ses débuts amoureux qui ont d’ailleurs peut-être fait de lui un père. Il se met à la recherche de sa conquête d’alors pour lui présenter ses excuses pour la façon malhonnête dont il s’est conduit envers elle. Il la retrouve pour découvrir qu’elle est devenue une femme légère et un escroc, amorale mais pas malheureuse et il va passer les jours suivants en sa compagnie et découvrir avec elle un monde moins terne que le sien, même s’il n’est pas franchement reluisant. Il va aussi constater que peut-être, c’est en lui que se trouve une partie du problème,
   « Par contre, je ne cessais de me demander de quoi on pouvait bien parler avec une femme comme interlocuteur. Moi, j’avais trop peur des femmes ; je les admirais et je les méprisais trop ; j’avais trop de répugnance à leur égard. Au fond, je les aimais trop et je les considérais trop comme des êtres sacrés. Le résultat en était qu’il m’était absolument impossible de fréquenter une femme pour aboutir, comme les autres, à ces choses que sont l’amour et le mariage»

   Et il s’en apercevra parce que, sous l’influence des situations, il changera un peu (et non le contraire).
   
   On retrouve dans ce court roman ce pragmatisme parfois rude qui est souvent la marque des romans asiatiques (Yan Mo par exemple) ainsi que cet humour un peu grossier. On a une vision du monde (et même de l’amour) tout à fait dénuée de romantisme. Tous les personnages sont constamment en train de mener des raisonnements (souvent chiffrés), quadrillant tout le réel de relations de cause à effet simples, pratiquement toujours en vue d’un gain. Ils ont une vision de la vie superlativement prosaïque.
   
   Quant au suicide…

critique par Sibylline




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