Lecture / Ecriture
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Le grand homme de Philippe Soupault

Philippe Soupault
  Le grand homme
  Les champs magnétiques - Vous m'oublierez - S'il vous plaît

Poète et romancier français né à Chaville en 1897.
Il a participé à l'implantation du Mouvement Dada en France, puis à la naissance du surréalisme : il a écrit "Les Champs magnétiques" en collaboration avec André Breton en 1920, ce qui est la première tentative d'écriture automatique. Il fut exclu du mouvement surréaliste en 1926 pour le motif "trop de littérature".
Son activité de journaliste a également été importante à partir des années 30.
Il est mort à Paris en 1990.

Le grand homme - Philippe Soupault

Faux grand homme et vrai grand homme
Note :

   Quand Philippe Soupault a écrit ce roman en 1929 il voulait écrire une charge contre la bourgeoisie.
   Pour son personnage principal de grand patron d’industrie, il a pris comme modèle son oncle, Louis Renault, l’inventeur des voitures du même nom.
   Ce dernier s’est d’ailleurs reconnu dans le livre et a pensé à «faire casser la gueule» à son neveu, avant d’acheter finalement tous les exemplaires parus …
   Voilà pour la petite histoire.
   
   Je pensais que ce roman serait le tableau d’une époque révolue et j’ai été surprise par sa grande modernité. Il n y a rien dans ce livre qui ne pourrait se produire à notre époque et je ne trouve même pas que les mentalités aient tellement évolué.
   Pour “une charge contre la bourgeoisie”, c’est très finement mené : rien n’est caricatural, les personnages, malgré leurs défauts et leur égoïsme, ont aussi des failles qui les rendent humains, parfaitement crédibles.
   
   Lucien Gavard, le grand patron d’industrie automobile, n’a pas plus de considération pour ses ouvriers que pour ses machines de production, il n’éprouve aucun intérêt pour sa femme, et ne se passionne que pour l’agrandissement sans fin de son usine, mais lorsqu’il voyage aux États-Unis et se compare aux américains il se met à douter de lui-même et devient presque touchant.
   Claude Gavard, sa femme, qui n’existe que par et pour sa beauté et qui ne vit que pour des mondanités et des conventions, a aussi quelque chose de touchant par ses hésitations et sa manière de toujours réprimer ses sentiments.
   Quant à Ralph Putnam, chanteur noir américain, aussi doué que Caruso, et capable d’interpréter avec autant de talent des chansons populaires ou de la musique classique, il est le vrai grand homme de cette histoire. Il est mondialement célèbre et ses tournées sont des triomphes. La bourgeoisie parisienne l’acclame et l’applaudit mais cette admiration n’est que de surface car il reste à leurs yeux, malgré tout son talent, un nègre, qu’il est mal vu de fréquenter de trop près.
   
   J’ai bien aimé ce livre : les analyses psychologiques sont très fouillées, les sentiments sont exprimés avec délicatesse, et le regard porté sur cette société est très lucide.
   Le petit bémol que j’apporterais c’est qu’on a du mal à s’attacher durablement aux personnages. Le seul auquel on pourrait vraiment s’attacher est Ralph Putnam, mais son caractère reste assez mystérieux jusqu’à la fin.
   
   Quant à l’écriture de Philippe Soupault, elle est alternativement sèche, développée, elliptique, poétique, et ces variations, déroutantes au début, donnent du piquant au récit.

critique par Etcetera




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