Lecture / Ecriture
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Aux armes zécolos de Hervé Jaouen

Hervé Jaouen
  Au-dessous du calvaire
  Ceux de Menglazeg
  Aux armes zécolos
  Toilette des morts
  Dans l’œil du schizo
  Gwaz-Ru

Hervé Jaouen est un écrivain français né en 1946 à Quimper.

Aux armes zécolos - Hervé Jaouen

Sauvons le saumon! (et non l'inverse)
Note :

   La narratrice, Bleunwenn, prénom composé de Bleun (fleur) et de Gwenn (Blanc), est jeune, belle (ce n'est pas dit, mais pourquoi pas!), mais de cela on s'en serait douté Bretonne et fière de l'être! Née à Carhaix, par la volonté de sa mère, il faut dire que ses parents l'on bien éduqué cette petite! Comme beaucoup ils vivent à Paris, mais la Bretagne n'est jamais bien loin, déjà dans l'assiette avec les dîners celtiques (le menu sera fourni sur simple demande) baignant dans une musique d'ambiance bretonne (le jukebox n'est pas opérationnel pour l'instant).
   
   Revenons à nos saumons. Donc notre jeune narratrice persuade ses parents de poursuivre ses études à Ploumagoat, et vivre pour cela chez Cricri et Lulu, ci-devant grands-parents (maternels) de notre juvénile héroïne. Criri, écumeuse de fez-nos, reine incontestée de la gavotte des montagnes, qui la pauvre a un grand regret! Une petite malformation l’empêche de danser l'an dro! Le grand souci de Lulu, c'est le canal qui domestique l'Aulne et dont les écluses empêchent les saumons de retrouver leurs lieux de reproduction! Et Lulu, par moments de grand désespoir, est prêt à se pendre (enfin il en parle, et sait-on jamais...).
   Alors par une nuit de pleine lune, même au risque de se faire rembarrer (?), Bleunwenn, usant de charmes typiquement féminins, soudoie Gwendall et décide d'agir...
   
   Bleunwenn est prête à tout pour Lulu, son grand-père favori (l'autre est en Nouvelle-Calédonie, alors elle s'en fout un peu!), pêcheur et fine mouche devant l'éternel! Et quand je dis prête à tout, c'est pour l'instant il faut qu'une écluse soit ouverte ou fermée! Et pour les saumons il faut qu'elle soit ouverte! Alors elle déploie ses charmes (naissants) et en un clin d’œil entraîne Gwendall qui contrairement à ce que son prénom pourrait faire croire, n'est pas aveugle, mais plutôt plein de ressource (nous parlons d'une rivière) et de bon sens (de la source à la mer!).
   
   Les grands-parents sont des modèles du genre, style vieux (pas trop quand même!), hippies refusant de vieillir, la description que fait Hervé Jaouen de Cricri est très parlante. Pas beaucoup d'autres personnages, les parents dans les premières pages, portraits à déguster également, la maman inspectrice des impôts pleine de mansuétude suivant la consonance des noms est à garder dans son carnet d'adresse, mais hélas, ce n'est qu'une personne fictive...
   
   C'est bucolique, écologique, breton et amusant, bref beaucoup de choses pour me plaire! Et cela m'a plu! Je mettrai ce livre dans la même catégorie que «Pleure pas sur ton biniou», ou l'art et la manière de se moquer de soi, même en abordant un problème grave, l'état de la Bretagne!
   
   Entre pollution des rivières, proliférations des algues vertes, agrandissements des élevages en tous genres, surtout de porcs, la réalité n'est pas brillante. Sauvons la culture bretonne, mais laquelle?
   
   Un bon moment de lecture, beaucoup d'humour, mais aussi de réflexion.
   
   
   Extraits :
   
   - « Ma pauvre Bleunwenn, qu'est-ce que tu es venue faire en Bretagne? Tu aurais mieux fait de rester à Paris. Ici tout est foutu... ».
   
   - « Dans le temps. Aaahhhh dans le temps... »
   
   - À l'école, c'est la galère. Surtout à Paris, où les gens parlent toutes les langues, sauf le Breton.
   
   - En fait je sais très bien pourquoi mes parents m'ont appelé Bleunwenn: tout simplement parce qu'ils sont bretons, et moi aussi, fatalement.
   
   - Le hic, c'est qu'ils ont le chouchen triste, à Paris.
   
   - Et tous de pleurer comme des galettes de Pont-Aven, qui valent largement la madeleine de Proust, pour ressusciter la mémoire gwenn ha du.
   
   - Les Bigoudens sont réputés pour leur radinerie, que ne surpasserait que la pingrerie des Léonards.
   
   - Les aïeules maternelles sont des gens équilibrés. Ils préfèrent la pluie au beau temps. Et puis ils sont jeunes de corps et d'esprit.
   
   - Il découvrit que la bureaucratie c'est pire qu'une boîte à leurres mal rangée. Pourtant, il n'était pas né du dernier coup de tampon administratif.
   
   - J'ai cadenassé ma ceinture de chasteté morale et je suis monté direct dans sa chambre.
   
   - Lulu est un contemplatif, un arrière-petit-fils d'un Lamartine sous Valium.
   
   - Il n'avait même pas acquis les bases du flirt bilingue. C'est peu dire que l'enseignement des langues étrangères laisse à désirer dans nos contrées gauloises.
   
   - Front de Libération du Canal. Mais les Keufs croiront que c'est les Corses qui ont fait le coup a t-il ricané entre ses dents. On va les égarer.
   
   - Les chiffres sont irréfutables. Écoute, on est trois millions de bretons et on héberge douze millions de cochons. Or, un porc défèque quatre fois plus qu'un humain.

critique par Eireann Yvon




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