Lecture / Ecriture
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Pont de l'Alma de Eoin McNamee

Eoin McNamee
  Pont de l'Alma

Pont de l'Alma - Eoin McNamee

Il aurait suffi de passer le pont...
Note :

   J'ai beaucoup aimé les deux précédents romans que j'ai lus de cet auteur irlandais.
   J'ai mis très longtemps à me décider à lire celui-ci. Le sujet certainement ne m'inspirait pas, la mort de Lady Di, le côté mouvement de foule et gros business, le cadre non irlandais, très différent de ce que j'ai lu de ce romancier. Bref pas mal de réticence de ma part.
   Le contenu de ce livre, c'est la mort de cette femme et de son amant sous le pont de l'Alma, sous le regard du zouave qui, lui, est bloqué là depuis des années. Et qui en plus est, du fait de son statut, muet!
   Nous avons tous été passionnés ou, comme moi, consterné par la place qu'a pris ce fait divers, quand Pierre, Paul ou Jacques meurt dans un accident, certes pénible, la presse, la télévision et tous les médias ne nous serinent pas pendant des heures! Pour que ce livre existe, il faut une cause extérieure à celle du simple accident de voiture, alors tout se met en place pour un complot imaginaire ou pas.
   
   Ce livre commence le 27 août 1997 à l'aéroport Charles de Gaulle. John Harper débarque à Paris. Un coup de téléphone l'a sorti de sa semi-retraite de vigile sur des chantiers de construction de Belfast! Il a accepté de reprendre du service sous la houlette de Benett, un de ses anciens employeurs! Une simple mission de surveillance, avec l'aide de Grace, son ancienne maitresse. Juste de la surveillance, bien payé et en espèces...
   Le couple Lady Diana, souvent nommée Spencer, et Dodi Al Fayed sont les personnages les plus en vue de ce livre. Il n'est pas nécessaire pour moi de rajouter quoi que ce soit à ce que l’histoire officielle a retenu.
   
   Penchons- nous plutôt sur les autres acteurs de ce fait divers. Henri Paul, le Breton, l'homme qui conduisait la voiture, a existé. Mort dans l'accident, il semble avoir été le coupable idéal, le lampiste de service... Fortement alcoolisé et sous antidépresseur, il allait vite, trop vite, c'est du moins la version officielle... A moins que… Les paparazzi sont sur le qui vive. En particulier James Andanson, fan de vitesse et d'électronique, qui semble en savoir beaucoup, beaucoup trop même...
   Le monde de l'espionnage, du contre-espionnage, de la DGSE à d'anciens membres des services spéciaux britanniques en rupture d'Irlande du Nord, comme Benett, Harper ou Grace. Ils sont là pour surveiller, mais qui ou quoi? Des bruits courent... on parle d'attentats... Furst et Oates sont des mercenaires en provenance d'Afrique du Sud, il y a peu de chance que leur présence soit due uniquement au hasard!
   
   Un panier de crabes sans pitié, baignant dans un monde de fric, de coups tordus, où la vie n'est pas une chose très importante et la raison d'état une excuse bien commode.
   
   Une chose est sûre, c'est que Eoin McNamee ratisse large dans ses références. Des personnalités du monde de la finance, Roberto Calvi qui a été retrouvé pendu à un pont à Londres, ou Adnan Kashoggi qui fut à un moment un des hommes les plus riches du monde, de la politique avec Pierre Bérégovoy, des sectes comme le «Temple Solaire», des frères Kray, jumeaux régnant sur une partie de Londres dans les années 1960/1970 ou Mark Chapman!
   
   Il est à noter l'absence de la formule consacrée :
   - « Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existantes ou ayant existé, ne saurait être que le fruit du hasard »...
   Ce genre de roman pose la question: «Où est le vrai, où est le faux?»
   L'auteur parle au sujet d'Henri Paul de seize comptes en banque contenant chacun 20 000 francs? Affabulation ou choses découvertes par l'enquête?
   
   Même si parfois l'histoire est un peu emmêlée, ce roman se laisse lire et l'intrigue paraît plausible. Ce livre n'est pas au niveau des deux œuvres qui l'ont précédé, il n'a, en effet, pas la même intensité politique. Il faut reconnaître aussi que le monde des grands hôtels, des célébrités et de l'argent à outrance me navre un peu et me paraît très surfait.
   
   
   Extraits :
   
   - Cela aurait pu sortir d'une cave de la Stasi, cela puait la trahison.
   
   - Henri Paul était un employé de Mohamed Al Fayed.
   
   - James Andanson était un employé de l'agence photos Sipa.
   
   - J'ai entendu dire que les temps étaient un peu durs pour les ex-flics de Belfast.
   
   - Sa ville natale, Lorient, était le pays des chalutiers, des pêcheurs de langoustes, des types trapus qui buvaient dans les bars du port. Henri savait comment agir. Il savait que les gens qui traînaient dans les rues voyaient ça à sa démarche.
   
   - Monaco était un endroit ensoleillé pour des gens de l'ombre. Des souvenirs très particuliers s'attachaient aux royautés mineures.
   
   - C'est tout? Deux mascottes. Ça ne protégerait personne. Putain, elle est complètement exposée.
   
   - Quelque chose dans ce lieu appelait le langage du meurtre, ce langage qu'il avait appris à Belfast, l'argot de la mort.
   
   - Un drame se préparait et à cet instant il ne voyait pas comment s'en sortir.
   
   - Une calamité poursuivait Spencer à travers toutes ces pages saturées de couleur.
   
   - Il règne le calme du quartier des ambassades dans une ville en guerre.
   
   - Elle s'était bien dit que les photographies montraient un homme ordinaire, mais ne l'avait pas imaginé aussi banal.
   
   - Des employés d'aéroport. Des portiers d'hôtel. Des vigiles. Tous vendaient des informations sur les arrivées et les départs, la chirurgie esthétique, les adultères.
   
   - À Belfast, il avait appris à quel point il est facile de se retrouver dans des zones dangereuses.
   
   - Les souvenirs de poursuite en voiture lui retraversèrent l'esprit, McQueen dans Bullitt, les pneus à flancs blancs et le grand orchestre en bande-son, McQueen mince et détendu, une icône.
   

   
   Titre original : 12:23.Paris,31 st August 1997. (2007).

critique par Eireann Yvon




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