Lecture / Ecriture
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Loin de la foule déchainée de Thomas Hardy

Thomas Hardy
  Jude l’obscur
  Les petites ironies de la vie
  Tess d'Urberville
  Le retour au pays natal
  Les Forestiers
  Le Maire de Casterbridge
  Loin de la foule déchainée
  Cent poèmes
  Métamorphoses
  Une Femme d'Imagination et autres contes

Thomas Hardy est un écrivain anglais né en 1840 et décédé en 1928.

Christopher Nicholson a fait de Thomas Hardy le personnage principal de son roman "Hiver".

Loin de la foule déchainée - Thomas Hardy

Tranche de vie campagnarde
Note :

   La poésie des troupeaux qui rentrent le soir, les hautes futaies, les marais, les landes.
   Pour ce troisième roman restons dans la campagne anglaise du XIX ème siècle. Dans un village qui ressemble comme un frère au village natal de Thomas Hardy.
   
   Une femme et trois hommes et entre eux l’amour mais "L’amour est un usurier extrêmement exigeant" et les choses avec Thomas Hardy ne sont jamais blanches ou noires mais toujours en demi-teintes.
   
   Trois hommes donc, Gabriel Oak un berger qui le premier s’est épris de Bathsheba Everdene. La jeune fille refuse sa demande et le destin se rit de Gabriel Oak en décimant son troupeau. Le voilà pauvre et sans promise.
   Fini d’être propriétaire il lui faut chercher un emploi et c’est Miss Everdene qui l’embauche comme berger.
   " Il éprouva d'abord une immense peine devant le sort funeste de ces jolies brebis"

   
   Le deuxième soupirant à tourner autour de la jeune héritière : Bodwood le fermier, propriétaire terrien bien assis, plus tout jeune mais chez qui la tourmente de l’amour va faire des ravages, se croyant l’élu de la belle il en perd la tête et le voilà rêvant, voyez le descendre "le versant de la colline, méditant, les yeux fixés sur les bottes que le pollen des boutons d’or avait artistement dorées."
   
   Le troisième fait son apparition en costume d’apparat, fringant, jeune, tel est le Sergent Troy. Un peu ruffian, inconstant et beau parleur. Nous lecteur savons bien que ce sergent mène une vie dissolue mais c’est la séduction faite homme et Bathsheba est conquise, elle en perd la tête "la sensation que l’amour l’encerclait comme un parfum."
   
   On n’a pas le trio classique mais un joli quatuor. Thomas Hardy qui sait à perfection brouiller les pistes et dresser des portraits tout en nuances, créer des personnages à la personnalité complexe.
   Une jeune fille amoureuse au caractère bien trempé, libre et en quête d’indépendance et pour qui le mariage n’est pas une fin. Un homme sage et patient mais dont l’abnégation nous agace, un noceur faisant souffrir mais qui va se révéler sensible lui aussi à l’amour.
   
   Classique ô combien, ce roman se lit avec un plaisir certain.
   La vie du village, les travaux des champs tiennent une large place dans le roman, les moissons, l’agnelage.
   "La saison de la tonte des moutons battait son plein. Tout le paysage, jusqu’au moindre pâturage, respirait la santé et n’était que couleurs. L’herbe était d’un vert nouveau, les pores ouverts, les tiges enflées par les sucs qui coulaient en elles."

   On entre dans les tavernes boire une pinte avec le forgeron ou l’on participe à l’essaimage des abeilles.
   
   Thomas Hardy ne nous permet pas pour autant d’oublier ses convictions quant à l’amour et au mariage
   "Il apparait que les hommes ordinaires prennent des épouses parce que la possession n’est possible que par le mariage, et que les femmes ordinaires acceptent les maris parce que le mariage est impossible sans la possession."

   Voilà qui s’appelle parler en faveur du mariage.
   
   Embarquez-vous pour le Wessex imaginaire, allez à la rencontre de Bathsheba et Gabriel. La traduction est parfaite.
    ↓

critique par Dominique




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Lectrice pas déchaînée non plus
Note :

   Bathsheba une jeune fille de vingt ans, a hérité l’exploitation agricole de son oncle, à son décès ; elle en prend la direction et règne sur une équipe d’ouvriers, tous des hommes, avec célérité. Elle a une demoiselle de compagnie gentille et un peu sotte, cela lui suffit comme fréquentation féminine. Un jour sa ferme manque de périr dans un incendie ; Gabriel Oak, ex-fermier ruiné devenu journalier, sauve la propriété et entre à son service. Batsheba et Gabriel se connaissent déjà ; il en est amoureux mais elle l’a éconduit.
   
   Le fermier voisin de la jeune fille, Boldwood est un célibataire endurci deux fois plus âgé qu’elle ; pour lui faire une farce, elle lui envoie une carte de St Valentin. Hélas ! Boldwood a pris la chose au sérieux et commence à lui faire une cour plus qu’assidue. Oak, sage pieux et travailleur, continue à l’aimer en silence. Cependant que Batsheba est attirée par le sergent Troy, bel homme, galant, et plus amusant que les deux soupirants précédemment cités.
   
   Nous avons là une action plutôt lente inscrite dans une tradition bucolique ; la vie à la campagne, les travaux des champs, sont minutieusement décrits pour chaque saison. Des événements naturels tels qu’un gros orage, un incendie, les beautés de la nature (aube, nuit, coucher de soleil, averse) font l’objet de peintures colorées.
   
   On suit les bonnes et mauvaises fortunes de Batsheba aux prises avec ses amoureux : le vieux voisin dépressif et insistant, le trop sage Gabriel ennuyeux comme un bonnet de nuit, et le libertin intéressé et dispendieux… la pauvre jeune fille est bien mal lotie !
   
   On la plaint… L’intrigue ne réserve pas de vraie surprise (on en devine facilement les grandes lignes). Le style est très soigné. les personnages sont bien campés, l’intrigue est parfaite, et… je me suis passablement ennuyée ! Il faut croire que je suis plus rat des villes que des champs…
    ↓

critique par Jehanne




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Etre une femme libérée, tu sais, c'est pas si facile ♫♪
Note :

   Ma première incursion dans l’œuvre de Thomas Hardy fut plutôt mélancolique, je dois bien l’avouer. Il s’agissait de Tess d’Uberville, une lecture imposée à la fac qui plus est. Est-ce à dire que j’aurai continué à ignorer indéfiniment cet écrivain anglais ? Probablement pas, surtout après le visionnage de la belle adaptation de Thomas Vitenberg qui m’a finalement convaincue de lire le roman.
   Ai-je été aussi emballée? Eh bien non, à mon grand désappointement.
   
   Pourtant, le roman commençait bien. Il était une fois une belle jeune fille, nommée Batsheba Everdene, qui hérite d’une grosse ferme quelque part dans un coin d’Angleterre. Loin d’être rebutée par l’ampleur de la tâche, la demoiselle s’efforce de relever le défi : elle participe aux travaux, négocie sur les marchés, fait chaque soir, bravement, le tour de son domaine pour veiller au bien-être de chacun… Bref, une figure féminine comme j’aimerais en croiser plus souvent au détour d’un roman anglais du XIXème. Comme elle est belle, un premier prétendant fait son apparition au bout de quelques pages, qu’elle repousse. La demoiselle est non seulement courageuse, mais elle a du caractère, voilà qui me plait encore davantage. Je n’ai pu cependant m’empêcher d’éprouver un peu de regret devant ce premier épisode romanesque qui tourne court, car le malheureux fermier éconduit, Gabriel Oak, est pourtant digne d’intérêt et même plus que ça. Mais tant pis, Batsheba est volontaire et décidée à se passer d’un homme, et une telle détermination me faisait bien plaisir.
   
   Mais ai-je dit qu’elle était jeune et belle ? Oui, je l’ai dit. C’est important de le souligner car après Gabriel Oak, deux autres hommes vont tomber raide dingues de notre délicieuse fermière. C’est un peu comme une épidémie qui se répand, mais je me dis que les belles jeunes filles à la tête d’un domaine dans la campagne profonde ne devaient pas être légion, et que, par conséquent, c’était peut-être normal d’assister à cette ruée de prétendants. Sauf que c’est à partir de ce moment là que l’histoire se gâte à mes yeux. Batsheba devient tout d’un coup gamine, inconséquente, coquette, voire même ingrate. Adieu sagesse, détermination et self-control. La voilà devenue plutôt cruche et toute prête à se jeter sur un bellâtre… Ah le prestige de l’uniforme… Car figurez-vous que j’ai irrésistiblement pensé à Lydia et son capitaine Wickham, d’Orgueil et préjugés. Oui, la comparaison n’est pas flatteuse pour notre héroïne…
   
   Que dire alors des personnages masculins ? Eh bien les portraits ne sont guère reluisants : l’un est un jeune coq briseur de cœurs qu’aucune femme sensée n’aurait daigné aimer (Jane Austen, reviens !!!), l’autre n’a pas toute sa tête (il y a du Hamlet chez cet homme, je vous le dis…), et une partie du malheur qui s’abat sur chacun des deux amoureux est dû à notre jeune écervelée…
   
   Voilà, ma déception était donc inévitable. Mais qu’on se rassure, j’ai quand même pris du plaisir à lire ce bon roman. La plume de Hardy qui ressuscite ce pan de l’Angleterre d’une manière tellement juste et empreinte de poésie, qui rend hommage à la vie de ces paysans, à la nature et aux bêtes, justifiait à elle seule la lecture. Et je remercie ce grand écrivain, non pas pour avoir créé le personnage de Batsheba, qui m’a laissée de marbre et m’a bien déçue, mais plutôt pour avoir donné vie à un magnifique portrait d’homme, Gabriel Oak, pour moi le seul véritable héros du roman. Le gars que beaucoup de femmes rêvent de rencontrer je pense…
   
   En définitive, si vous voulez faire connaissance avec des femmes fortes, qui ont du piquant et du caractère, mais qui ont aussi une belle sensibilité et une dose de romantisme, rabattez-vous sur La bienfaitrice d’Elisabeth Von Arnim, Nord et sud d’Elisabeth Gaskell, Beaucoup de bruit pour rien du grand Will, car le personnage de Beatrice figure parmi mes favoris ou tout simplement sur Autant en emporte le vent. Car en terme de femme indépendante et volontaire, personne n’a jamais fait mieux que Scarlett O’Hara…

critique par Folfaerie




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