Lecture / Ecriture
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Mélancolie du rocker de Toby Litt

Toby Litt
  Mélancolie du rocker

Mélancolie du rocker - Toby Litt

« Keep on rockin' in the free world » *
Note :

   Sixième roman de ce jeune auteur anglais né à Bedford, que je découvre à cette occasion. L'envers du décor et l'enfer du rock raconté à travers les tribulations d'un groupe canadien. Sexe, drogue et rock n'roll le trio magique (ou infernal!), c'est ici (entre autre) que cela se raconte. Grandeur et déchéance d'une bande de jeunes unis par la musique, puis désunis par le business.
   
   Une tournée en Hollande commence ce livre. "Okay" est le nom de ce groupe, Clap, le batteur, sera le narrateur de leurs aventures souvent sordides parfois amusantes, mais toujours proches de la rupture. Les villes qui se suivent et souvent se ressemblent, hôtels dont le standing augmente avec le succès, filles qui deviennent plus belles dans la courbe ascendante. Drogues, mais aussi parties de pêche pour certains, l'enregistrement des disques peut devenir tout et n'importe quoi...
   
   D'abandons en reformations, de grands disques en splendides bides musicaux en passant par des tentatives de disques en solo, une carrière musicale en dent de scie avant l'oubli définitif. Une tournée des petites salles est une énième tentative de sauvetage...
   
   Mais ce livre se focalise ensuite sur Clap, le narrateur est un personnage très intéressant, quoiqu'un peu immature. Lucide sur lui même et sa condition de simple "Batteur". Il n'est donc pas le centre du groupe, il le sait et l'assume très bien, dommage que côté relations amoureuses, il ne soit pas aussi strict ; sa liaison avec Ether semblait lui avoir mis du plomb dans la tête. Une jeune et jolie japonaise lui fera faire un voyage à Osaka qui se terminera par quelques jours de cuite dans le Manitoba. La vie continue entre une divagation sur Bouddha et un chapitre sur Léonard Cohen, avec un mariage et deux naissances.
   
   Les musiciens et plus particulièrement Syph, le chanteur, dragueur impénitent, mais détruit par la drogue, ont une influence sur l'existence de Clap. Mono,bouddhiste bassiste, et Crab, percussionniste alcoolique que la sobriété ennuie, sont dans ce récit un peu en retrait. Un groupe tourne autour de la personnalité du chanteur et dans ce livre la problématique est là.
   
   Les femmes et les groupies passent de l'ombre au lit et du lit à l'oubli! Certaines sont pathétiques comme Lyndsay, la copine des premiers jours, la première fan (dont l'auteur donne une description pour le moins peu flatteuse), Barbara la top-modèle écervelée, Lydia, la plus proche de Clap, l'amoureuse abandonnée au petit matin dans une chambre d'hôtel. Forest qui déstabilisa Syph, mais que l'on retrouvera morte dans une forêt! Un roman intéressant qui pointe du doigt les problèmes d'égos des divers membres d'une entité (musicale ou autre) mais qui, malheureusement, tombe un peu dans les clichés "chercher" la (ou les) femmes pour expliquer la dissolution du groupe. On se croirait pendant l'enregistrement du fameux "Let I Be" des Beatles... D'ailleurs l'auteur parle souvent des musiciens célèbres de l'époque, Rolling Stones et autres...
   
   J'ai personnellement bien aimé la seconde partie du récit où Clap tente de mener une vie normale loin de monde du show-business. Le livre devient très bien lorsque les musiciens redeviennent des hommes.
   
   
   Extraits :
   
   - Moi j'écope plutôt des lots de consolations, le deuxième ou troisième et, environ une fois par tournée, je dois me contenter du quatrième.
   
   - Nous, les batteurs, on plaît à un type de fille bien spécifique.
   
   - Bref, c'était à l'époque où on formait le groupe qui a connu ensuite la gloire sous le nom d'Okay.
   
   - Après ça, on est vite devenu blasé. La célébrité te vieillit vite.
   
   - Jeunes, innocents, idéalistes... J'aimerais pouvoir t'assurer que l'on a été un jour, au moins l'un des trois. Plutôt que les quatre monstres d'égoïsme qu'on est devenu.
   
   - La musique était parfois plus importante que la célébrité et moins importante que l'argent.
   
   - J'aimais bien ce son un peu boîte de conserve, sur le fil, au bout du rouleau- cela rappelait le "Needle de Neil Young...".
   
   - Il y aura une suite, c'est obligé : je tombe amoureux de toutes les serveuses.
   
   - Or, moi aussi, j'avais attendu. Et Lydia aussi. On s'était trouvé. Mais pas comme on aurait dû.
   
   - Mais certaines nuits (qui étaient de plus en plus nombreuses), la tristesse prenait le dessus. Parfois, il n'y avait rien d'autre que la tristesse.
   
   - Pendant neuf mois, j'ai regardé la télévision avec sérieux, passion, et avec une dévotion absolue.
   
   - Ils nous ont filé une récompense, les cons.
   
   - Esther avait tout bon. J'avais tout faux- et j'étais puéril.
   
   - On s'est embrassé chaleureusement pour ne pas s'embrasser froidement.
   
   - Heureusement qu'il y a notre amie la cocaïne. Et l'acide. Et l'héroïne. Les maîtres de l'univers ont débarqué déguisés en humble dealers. Cocaïne. LSD. Héroïne. Dans cet ordre. En grande quantité. Mais sans abus non plus.
   
   - Il lui a fait la cour au Courvoisier, l'a épousé au Moët & Chandon, et l'a divorcé au Jack D.
   

   
   Titre original: I Played the Drums in a Band Called Okay. (2008).
   
   *Paroles et musique de Neil Young.

critique par Eireann Yvon




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