Lecture / Ecriture
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Chamboula de Paul Fournel

Paul Fournel
  Courbatures
  Chamboula
  La liseuse
  Jason Murphy
  Avant le polar. 99 notes préparatoires à l'écriture d'un roman policier

Paul Fournel est un écrivain français né en 1947.

Chamboula - Paul Fournel

Chamboula vous chamboulera
Note :

   Voici un joli roman à l’écriture imaginative, drôle et souvent frappante, à la mode des contes africains. Reste à préciser que Paul Fournel est né à Saint-Etienne et qu’il a su brillamment s’inspirer du style si particulier aux écrivains africains d’expression française.
   
   Chamboula est la plus belle jeune femme du village. Elle fait rêver les hommes et chavire les cœurs avec sa démarche chaloupée. Une invitation à l’amour charnel. Mais Chamboula est indépendante. Elle accepte de se donner aux hommes qui lui plaise sans vouloir s’attacher à l’un en particulier. C’est aussi une femme moderne, de pouvoir et qui milite pour la liberté de la femme.
   
   Chamboula habite un petit village tranquille au chef respecté. Un village de traditions et où le temps s’écoule selon des rites bien spécifiés.
   
   Tout ce bel équilibre va se trouver mis à bas lorsqu’un ingénieur blanc débarque et remarque la présence de gisements pétrolifères et de pierres précieuses sur cette terre ancestrale.
   
   Avec l’ingénieur débarque le commerce. L’arrivée du premier réfrigérateur, du premier téléviseur, alimentés par un groupe électrogène à pédales va provoquer un sentiment de jalousie et de propriété.
   
   Un sentiment renforcé par les belles images prometteuses du catalogue de la manufacture de Saint-Etienne.
   
   Avec l’ingénieur, Chamboula perd sa liberté. Elle accepte d’être sa compagne pour gagner l’autorité avant que de se débarrasser d’un homme encombrant en ayant recours aux recettes traditionnelles visant à le priver de sa virilité.
   
   Avec l’ingénieur débarque en force la civilisation moderne, celle qui chasse les ancêtres de leurs sépultures et fait rôder leurs âmes en peine. Avec elle, l’arrivée en masse de main d’œuvre, des constructions hideuses, le bruit et la foule.
   
   Bref, le village ne tarde pas à perdre son âme et sa tranquillité.
   
   Et puis, il y a ceux qui tentent l’aventure de l’expatriation et qui y laissent toujours leurs vies au bout du compte. Ils s’appellent tous “boulot” même si leurs destins divergent beaucoup entre l’intellectuel surdoué qui finit ministre et se fait assassiner ou le pauvre bougre que l’on retrouve gelé dans le train d’atterrissage à Roissy. Ils viennent tous du village et partagent une faim d’un autre monde qui se laisse refuser.
   
   Ces tranches de vie défilent paisiblement, malgré les chambardements, la violence, la soif du gain grâce à une succession de très courts chapitres de 1 à 3 pages en général qui nous donnent à voir les nombreux et pittoresques personnages de cette petite saga et la façon dont ils s’adaptent, ou non, à un monde bouleversé.
   
   Le tout fait penser à un conte, vif, alerte et rythmé, psalmodié et enrichi au gré de l’imagination et du talent du conteur.
   
   Paul Fournel en a beaucoup, ce qui fait de ce livre une véritable réussite.
    ↓

critique par Cetalir




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Chamboulé, je suis
Note :

   Sous couvert d’un roman-conte africain, Paul Fournel nous refait l’histoire lamentable des relations Occident (et France particulièrement)/Afrique noire. Il n’a pas l’air d’y toucher le gars Fournel mais pour toucher, il touche. Et juste.
   
   Les codes usuels du roman sont complètement explosés dans la mesure où une histoire commencée "normale", linéaire, se démultiplie à l’infini. Courts chapitres après courts chapitres, il peut faire jouer à un même personnage et pour une même situation plusieurs issues possibles. Par exemple, un des personnages principaux, Boulot, parti en France pour tenter d’échapper à la misère, peut dans un chapitre se retrouver "sapeur" à Paris, et dans le chapitre d’après atterrir congelé de son voyage dans le logement du train d’atterrissage de l’avion qui l’a amené en fraude d’Afrique. Et puis un peu plus loin, il va se retrouver étudiant à Sciences Po…
   
   Des ramifications se créent ainsi, qui multiplient les possibles, mais qui toutes amèneront à des dénouements aussi prévisibles que gris. Ou noirs même.
   
   Ca a du coup un aspect de roman choral, avec un chœur qui hésiterait à raconter la même histoire. Grosse impression de foisonnement, mais qui conserve une cohérence d’ensemble. Un peu l’art d’écrire 36 romans en un seul. Ca perturbe un moment, lorsque le premier chapitre qui fait doublon avec un précédent – doublon mais avec des variations importantes – apparait. Le lecteur est alors indéniablement déstabilisé, jusqu’à ce qu’il comprenne…
   
   Soit un village d’Afrique Noire ; "le Village Fondamental", avec Chef, cases, fauves qui viennent rôder au soir, soit un occidental (SAV) flairant les bonnes affaires avec ce qui se trouve dans le sous-sol (gemmes, pétrole, …) et qui vient amener une destructrice modernité, avec la corruption qui va avec, la déstructuration du mode de vie originel. Soit Boulot, un jeune africain du Village, aux capacités intellectuelles au-dessus de la norme, soit Kalou, celui sans scrupules qui vendra sa violence au plus offrant, et puis tous les autres. Tous, Paul Fournel les fait pirouetter devant nous pour nous exposer ce qui s’est passé entre France et Afrique. Il décortique le processus d’exploitation des Africains par les Occidentaux. Comment ceux-ci ont accaparé les richesses, comment ils ont créé les marionnettes fantoches qui les arrangent bien et qui font que… l’Afrique est mal partie !
   
   Et Chamboula me direz-vous ? Chamboula est un personnage essentiel ; la femme triomphante et qui traverse les épreuves avec dignité. Y a-t-il une thèse particulière s’agissant de Chamboula ? Peut-être. Ou alors l’amour et l’admiration pour les femmes ?

critique par Tistou




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