Lecture / Ecriture
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Le Turquetto de Metin Arditi

Metin Arditi
  La fille des Louganis
  La pension Marguerite
  L'imprévisible
  Le Turquetto
  Prince d’orchestre
  Juliette dans son bain
  L'enfant qui mesurait le monde

Né en 1945 à Ankara, Metin Arditi a quitté la Turquie à l’âge de sept ans. Après onze années passées dans un internat suisse à Lausanne, il étudie à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, où il obtient un diplôme en physique et un diplôme de troisième cycle en Génie Atomique. Il poursuit ses études à l’Université de Stanford. Il habite Genève, où il est très engagé dans la vie culturelle et artistique, et enseigne à l’École polytechnique.

Le Turquetto - Metin Arditi

Un bon roman historique
Note :

   L’histoire que nous conte ici Metin Arditi s’organise en trois grandes périodes après une brève introduction qui nous fait remarquer que la signature du peintre au bas de "L’homme au gant" du Titien semble être faite de deux couleurs distinctes… deux mains… un faux. Qui donc aurait peint "L’homme au gant"? Et comment s’est-il trouvé ainsi signé? C’est ce qui va nous être raconté.
   
   Bond en arrière. Début du 16ème siècle. L’auteur nous présente Elie, un gamin juif vivant à Constantinople dont les parents (biologiques et adoptifs) survivent médiocrement en travaillant pour un marchand d’esclaves. Elie est indocile et il a un talent qu’il ne peut exploiter : il dessine, et fort bien. Faute de matériel, il dessine le plus souvent de façon imaginaire, traçant dans sa tête le tableau qu’il ferait s’il le pouvait. De cette façon, il s’entraine tout de même.
   Cette première partie est faite de très courts chapitres qui font une lecture rapide et créent un rythme vif. Mais ce rythme est artificiel et ne tient pas à l'histoire elle-même. Les très courts chapitres entrainent en fait plutôt une lecture saccadée, hachée. Cette impression est encore augmentée par l'introduction de nombreuses expressions en arabe avec note de bas de page pour la traduction. J'ai regretté ce procédé qui était loin d’être indispensable (ni même utile) (ni même souhaitable, en fait). Qu’on en juge :
    "Perdu dans ses pensées, il remonta la Divan Djaddesi* sans prêter attention au tintamarre des eskidji, des soudjou et des iskemledji** qui criaient le nom de leur métier pour annoncer leur passage. A la taverne la table de cuisine était couverte de tepsis***"… etc.
   Bon, ça fait couleur locale, mais à quel prix!
   
   Elie ne peut dessiner là où il vit puisqu'à l'époque, la religion juive, tout comme la musulmane interdit la représentation dessinée… Aussi, à l’adolescence s’enfuit-il pour Venise qui incarne pour lui la profusion de l’art, se fait-il passer pour chrétien et prend-il le nom de "Turquetto". Il étudiera de longues années auprès des maîtres et perfectionnera son art au plus haut point. Il connait la réussite, mais moi, je me suis un peu ennuyée en cette seconde partie pas assez puissante pour captiver. Pas de grande problématique suffisamment mise en œuvre, de sentiments vraiment forts – alors que la situation s’y prêtait ainsi que les personnages. Ce n’est pas déplaisant à lire et j’ai poursuivi sans difficulté, mais je n’étais pas non plus vraiment passionnée par ma lecture.
   
   C’est encore la troisième partie que j’ai le plus appréciée. Je ne veux pas vous raconter de quoi elle est faite car ce serait divulguer toute la fin et vous priver du plaisir de la découvrir, mais disons qu’à partir du moment où "l’homme au gant" a été peint, j’ai trouvé que cela devenait plus prenant. A noter cependant qu’il y a un petit problème de date au sujet de la réalisation de ce portrait puisque cette œuvre (réelle) a été faite entre 1520 et 1523 et que l’auteur place la naissance d’Elie aux environs de 1519. Ce n’est pas une erreur horriblement choquante, non, c’est plutôt une erreur étonnante. Comment a-t-elle pu passer?
   
   En conclusion pour moi, un bon roman historique très bien documenté, axé sur la peinture à Venise à la Renaissance et les situations respectives des trois religions monothéistes dans cette partie du monde méditerranéen. Lieux et époques dont Metin Arditi sait tout. "Bon roman", mais pas passionnant alors qu’il aurait pu l’être avec ce sujet en or! Il aurait l’être!
   
   
   * L’avenue du Divan
   ** vendeurs de vieilleries, d’eau, de chaises
   *** Grands plats en étain ou en cuivre
   
   
   Prix Jean Giono 2011 et prix Page des Libraires 2012
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critique par Sibylline




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Le Turquetto par le turquetto
Note :

   Né en Turquie, Metin Arditi habite aujourd’hui la Suisse où il enseigne à l’Ecole Polytechnique et préside l’Orchestre de la Suisse romande. Il a obtenu le Prix Page des libraires pour son roman "Le Turquetto".
   
   Dès qu’il le peut, le jeune Juif Elie fausse compagnie à son père, employé au marché aux esclaves, pour courir vers la rue des Fabricants-d’Encre pour y retrouver Djelal Baba, le calligraphe. Son secret, la composition de l’encre qu’il fabrique et qui rend les mots vivants longtemps, très longtemps, contrairement aux encres ordinaires qui s’effacent rapidement. Djelal l’initie à cet art qui passionne l’enfant. Observateur, curieux, intelligent, Elie est aussi un portraitiste remarquable malgré son jeune âge. Les rues de Constantinople en cette année 1531 lui offrent tout un monde de visages pour exercer son regard et son talent. Cette passion l’entraîne jusqu’à recopier les fresques de l’église orthodoxe! ce qui provoque la colère du Rabbin qui lui rappelle qu’il est interdit de représenter la figure divine. Elie ne voit qu’une issue à cette impasse : fuir, rejoindre Venise où un marin lui a raconté que dans les ateliers des grands peintres, sont employés des enfants de son âge.
   
   Quarante-trois ans plus tard, nous retrouvons Elie, devenu "Le Turquetto", reconnu et adulé au sein de la société vénitienne, au faîte de son art, dirigeant son atelier où les commandes affluent. Mais les jalousies, les ambitions de cette société pervertie, vont anéantir cette gloire, détruire une vie et une œuvre. Et ce sera le retour à Constantinople.
   
   En tableaux colorés, vivants, Metin Arditi nous emmène dans une Constantinople cosmopolite, encore féodale, où se côtoient juifs, Musulmans, Chrétiens soumis aux canons de leur foi, où les femmes sont des marchandises qui alimentent les harems, une faune de petits artisans, alors que, dans le même temps, dans la richissime Sérénissime, la Peinture acquiert ses lettres de noblesse grâce aux grands Maîtres que nous admirons aujourd’hui.

critique par Michelle




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